Pendant des mois, vous utilisez ChatGPT tous les jours. Pour écrire, résumer, chercher des idées, reformuler. C’est fluide, agréable, presque magique. Mais une question commence à inquiéter les chercheurs : que devient notre cerveau quand une partie de notre effort intellectuel est systématiquement “externalisée” vers une IA ?
Une étude récente menée au MIT Media Lab, dirigée par la chercheuse Nataliya Kosmyna, a justement tenté d’observer ce phénomène. Le protocole est simple : 54 participants doivent rédiger des essais de type SAT dans trois conditions différentes : avec ChatGPT, avec Google, ou sans outil. Pendant l’exercice, les chercheurs mesurent l’activité cérébrale via EEG (et analyses de connectivité). Les résultats soulèvent un point troublant : les participants qui écrivent avec ChatGPT montrent le niveau d’engagement cérébral le plus faible, notamment dans des zones liées à l’attention, la planification et la mémoire.
Mais le plus intéressant n’est pas qu’ils “travaillent moins”. Le plus inquiétant, c’est ce qui se passe avec le temps. Au fil des sessions, les chercheurs observent ce que certains appellent une forme de “dette cognitive” : plus l’outil réfléchit à votre place, plus votre cerveau s’habitue à ne pas activer certains circuits. Résultat : le raisonnement devient moins approfondi, le texte plus standardisé, et l’effort mental diminue.
Autre signal d’alerte : la mémoire. Dans l’étude, les utilisateurs de ChatGPT ont davantage de mal à se souvenir de ce qu’ils viennent d’écrire, parfois même quelques minutes après. En clair, l’IA produit un contenu… mais le cerveau l’encode moins bien, comme si l’information avait glissé sur lui sans s’imprimer.
Alors, qu’arrive-t-il au cerveau après des mois avec ChatGPT ? Probablement pas une “baisse de QI” brutale. Mais plutôt un changement d’habitude : moins d’effort, moins de consolidation en mémoire, moins de créativité personnelle. Un cerveau qui, au lieu de muscler ses propres chemins, emprunte systématiquement un raccourci.
Et pourtant, tout n’est pas noir. La leçon n’est pas “interdire ChatGPT”. La leçon, c’est d’apprendre à l’utiliser comme un coach plutôt qu’un pilote automatique : demander des questions plutôt que des réponses, des contradictions plutôt que des résumés, des pistes plutôt que des textes prêts à livrer. Parce que si l’IA pense toujours pour vous, votre cerveau, lui… finit par se taire.
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