L’idée que l’humain puisse modifier le climat n’est pas née au XXe siècle. Des réflexions existent dès la Grèce antique : certains observateurs se demandaient déjà si la déforestation ou l’assèchement des marais pouvaient influencer les pluies. Mais ces intuitions restaient locales, empiriques, et sans base quantitative.
Le véritable tournant survient en 1896. Cette année-là, Arrhenius publie un article fondateur dans lequel il propose, pour la première fois, une théorie globale du réchauffement climatique d’origine humaine. Son raisonnement repose sur un phénomène physique bien connu aujourd’hui : l’effet de serre. Certains gaz présents dans l’atmosphère, notamment le dioxyde de carbone (CO₂), absorbent une partie du rayonnement infrarouge émis par la Terre, empêchant la chaleur de s’échapper vers l’espace.
Arrhenius va plus loin : il tente de quantifier cet effet. À partir de calculs longs et minutieux — réalisés sans ordinateur — il estime que doubler la concentration de CO₂ dans l’atmosphère pourrait entraîner une hausse significative de la température globale, de plusieurs degrés. À l’inverse, une diminution du CO₂ pourrait provoquer un refroidissement, voire favoriser des périodes glaciaires.
Ce qui rend son travail remarquable, c’est qu’il identifie déjà le rôle des activités humaines. À la fin du XIXe siècle, l’industrialisation bat son plein, et la combustion du charbon libère d’importantes quantités de CO₂. Arrhenius comprend que ces émissions pourraient, à long terme, modifier l’équilibre thermique de la planète.
Pourtant, ses travaux restent longtemps marginalisés. Pourquoi ? D’abord parce que ses contemporains jugent les effets trop lents pour être perceptibles. Ensuite parce que le climat est encore perçu comme un système immense, stable, presque immuable face aux activités humaines. Enfin, ses calculs, bien que visionnaires, restent approximatifs selon les standards modernes.
Il faudra attendre le milieu du XXe siècle, avec l’amélioration des mesures atmosphériques et des modèles climatiques, pour que ses intuitions soient confirmées et prises au sérieux.
Aujourd’hui, les estimations d’Arrhenius se révèlent étonnamment proches des résultats actuels. Il avait, en quelque sorte, anticipé dès 1896 le cœur du problème climatique contemporain.
En résumé, Svante Arrhenius est qualifié de “prophète oublié” car il fut le premier à formuler, de manière scientifique et globale, l’idée que l’humanité pouvait réchauffer la planète. Une intuition visionnaire… longtemps ignorée, mais aujourd’hui au centre des préoccupations mondiales.
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