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- Regardez une carte du monde classique. Le Groenland vous paraît immense, presque aussi grand que l’Afrique. Pourtant, dans la réalité, l’Afrique est environ quatorze fois plus vaste. Et c’est précisément ce genre de déformation que la France a décidé de corriger.
Le 4 septembre 2026, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a annoncé qu’il abandonnait la célèbre projection de Mercator dans ses usages diplomatiques, au profit de représentations mieux adaptées et plus fidèles aux superficies réelles.
Mais pourquoi nos cartes déforment-elles ainsi le monde ?
Tout simplement parce qu’il est mathématiquement impossible de représenter parfaitement la surface d’une sphère sur une feuille plate. Imaginez que vous essayiez d’aplatir la peau d’une orange sans la déchirer ni l’étirer : c’est impossible. Les cartographes doivent donc choisir ce qu’ils préfèrent préserver : les formes, les angles, les distances ou les superficies.
La projection de Mercator a été mise au point au XVIᵉ siècle par le géographe flamand Gerardus Mercator. Et elle répondait à un besoin très précis : la navigation. Elle permet notamment aux marins de tracer sur une carte des routes correspondant à un cap constant.
Le problème est qu’elle agrandit progressivement les territoires à mesure qu’on se rapproche des pôles.
Résultat : le Groenland semble gigantesque. La Russie et le Canada paraissent également beaucoup plus grands qu’ils ne le sont relativement aux régions proches de l’équateur. À l’inverse, l’Afrique apparaît visuellement beaucoup plus petite qu’elle ne l’est réellement.
Le sujet est revenu sur le devant de la scène en 2026. L’Union africaine a officiellement soutenu l’initiative « Correct the Map » et adopté la projection dite « Equal Earth », conçue pour mieux respecter les superficies relatives.
Puis, le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté par 164 voix contre une une résolution encourageant gouvernements, écoles et entreprises technologiques à privilégier des projections représentant plus fidèlement la taille des continents.
Attention cependant : la France ne remplace pas toutes les cartes du pays par une carte unique. Le Quai d’Orsay explique vouloir utiliser différentes projections selon les besoins. Il propose notamment des cartes utilisant les projections de Robinson, Eckert IV ou Gall.
Car aucune carte plane n’est parfaitement fidèle.
Changer de projection ne rend donc pas la carte parfaite. Cela consiste simplement à choisir… quelle déformation on accepte.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Le verbe « forniquer » possède une origine particulièrement étonnante. Car étymologiquement, il n’a rien à voir avec le sexe. À l’origine, il désigne en quelque sorte… une voûte.
Pour le comprendre, il faut remonter à la Rome antique. En latin, le mot fornix désigne une arche, une voûte ou encore un passage couvert. Le terme est apparenté à fornax, qui signifie « four », probablement parce que les anciens fours présentaient eux aussi une forme voûtée.
Mais progressivement, le mot fornix va prendre un tout autre sens.
Dans les villes romaines, certaines prostituées exerçaient ou racolaient dans des endroits abrités : sous des arcades, dans des passages couverts ou dans de petites chambres voûtées. Par métonymie, c’est-à-dire en donnant au lieu le nom de l’activité qui s’y déroule, fornix finit donc par désigner un lieu de prostitution, voire un bordel. Les auteurs latins Horace et Juvénal utilisent déjà le mot dans ce sens.
C’est de là que naît toute une famille de mots.
Le latin tardif forme notamment le verbe fornicari. Mais l’évolution est intéressante : en latin classique, les mots issus de fornix pouvaient encore simplement évoquer la construction d’une voûte. Ce n’est que dans les premiers siècles du christianisme qu’ils prennent clairement une signification sexuelle. L’Académie française relève notamment cet usage au début du IIIe siècle chez l’écrivain chrétien Tertullien.
Le latin chrétien fornicari signifie alors se livrer à la débauche ou à des relations sexuelles considérées comme illicites. Le nom fornicatio donnera en français « fornication », attesté dès le Moyen Âge, tandis que « forniquer » apparaîtra ensuite avec le sens de commettre le péché de fornication.
Aujourd’hui, le sens religieux s’est largement effacé. « Forniquer » signifie familièrement avoir des relations sexuelles, avec une nuance souvent volontairement crue ou ironique.
Ainsi, derrière ce verbe plutôt explicite se cache un étonnant souvenir de l’architecture romaine.
Quand quelqu’un « fornique », étymologiquement, il nous ramène donc près de deux mille ans en arrière, sous les voûtes et les arcades de Rome, là où certaines prostituées attendaient autrefois leurs clients.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - L’expression paraît aujourd’hui tellement installée qu’on pourrait croire qu’elle vient directement de la pipe à tabac. En réalité, son histoire est plus tortueuse.
Le mot « pipe » est attesté dans l’argot sexuel français au début du XXe siècle. Un dictionnaire d’argot le relève dès 1927 avec le sens de fellation. À cette époque, on disait surtout « faire une pipe ». L’expression semble avoir circulé notamment dans le milieu de la prostitution, où elle remplaçait progressivement une autre formule aujourd’hui vieillie : « faire un pompier ».
Mais pourquoi « pipe » ? Une explication souvent reprise par le linguiste et écrivain Claude Duneton repose sur le monde du tabac. Au début du XXe siècle, beaucoup d’hommes roulaient eux-mêmes leurs cigarettes. Dans l’argot populaire, une cigarette pouvait être appelée une « pipe », et « se faire une pipe » signifiait alors se rouler une cigarette. Le geste consistait à manipuler le papier, le rouler entre les doigts puis l’humidifier avec la langue. L’analogie sexuelle aurait favorisé le glissement de sens. Cette origine est plausible, mais il faut rester prudent : elle relève davantage de la reconstruction étymologique que d’une certitude parfaitement documentée.
Reste le verbe « tailler ». Car à l’origine, on disait plutôt « faire une pipe ». « Tailler une pipe » serait apparu plus tard par croisement avec une autre expression argotique : « tailler une plume », déjà employée à la fin du XIXe siècle avec le même sens. Le Wiktionnaire comme plusieurs dictionnaires d’expressions décrivent ainsi « tailler une pipe » comme une contamination entre « faire une pipe » et « tailler une plume ».
Cette « plume » renverrait à la plume d’oie utilisée pour écrire. Avant de s’en servir, il fallait en préparer et en tailler l’extrémité, parfois après l’avoir humidifiée. Là encore, l’argot a transformé un geste banal en métaphore sexuelle.
L’expression que nous utilisons aujourd’hui serait donc le résultat de plusieurs couches d’argot : d’abord « tailler une plume », puis « faire une pipe », enfin le mélange des deux, « tailler une pipe ».
Un bon exemple de la manière dont la langue populaire recycle des gestes ordinaires, les détourne… et finit par faire oublier complètement leur sens d’origine. Et comme souvent avec l’argot, l’image survit mieux dans la langue que son histoire exacte.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Quand on parle de l’Union soviétique de Staline, on entend souvent dire qu’un opposant a été « envoyé dans un goulag ».
Historiquement, cette formulation est pourtant impropre.
Car à l’origine, le Goulag n’est pas un camp.
Le mot « Goulag » vient du russe GULAG, acronyme de Glavnoïe Oupravlenie Lagereï, que l’on peut traduire par « Direction générale des camps » ou « Administration principale des camps ».
Autrement dit, le Goulag était d’abord… une administration.
À partir du début des années 1930, cet organisme, placé sous le contrôle de la police politique soviétique, notamment le NKVD, dirige un immense réseau de camps et de colonies pénitentiaires répartis sur tout le territoire de l’Union soviétique.
On devrait donc, en toute rigueur, parler non pas « d’un goulag », mais d’un camp du Goulag.
La différence est un peu comparable à celle qui existe entre une administration pénitentiaire et une prison : on ne confond normalement pas l’organisme qui gère les établissements avec chacun des établissements eux-mêmes.
Ces camps accueillent aussi bien des condamnés de droit commun que des prisonniers politiques. Les détenus y sont soumis au travail forcé : extraction minière, exploitation forestière, construction de voies ferrées, de routes, de barrages ou encore de canaux.
Certains ensembles deviennent gigantesques et sont installés dans des régions particulièrement hostiles, notamment dans le Grand Nord ou en Sibérie.
Alors pourquoi parle-t-on aujourd’hui si facilement « d’un goulag » ?
Parce que le sens du mot s’est progressivement élargi.
Le Goulag étant devenu indissociable des camps qu’il administrait, son nom a fini par désigner l’ensemble du système soviétique de travail forcé, puis, par extension, chacun de ses camps.
Cette évolution linguistique s’est notamment renforcée en Occident après la publication, en 1973, de L’Archipel du Goulag, d’Alexandre Soljenitsyne. L’écrivain compare les milliers de lieux de détention soviétiques à des îles dispersées formant un immense archipel.
Aujourd’hui, dire « un goulag » pour parler d’un camp est donc parfaitement compréhensible et largement entré dans l’usage.
Mais si l’on veut être historiquement précis, mieux vaut dire :
un camp du Goulag.
Car le Goulag n’était pas, à l’origine, un lieu.
C’était l’organisation qui administrait les lieux.
Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations. - Lorsqu’un pilote rencontre une situation extrêmement grave, il peut lancer à la radio : « Mayday, Mayday, Mayday ! »
À première vue, ce mot semble parfaitement anglais. Pourtant, son origine est… française.
L’histoire commence au début des années 1920, aux débuts de l’aviation commerciale. À cette époque, l’un des principaux aéroports britanniques est celui de Croydon, près de Londres. De nombreux avions y assurent des liaisons avec l’aéroport du Bourget, près de Paris.
Or la radio commence justement à remplacer le télégraphe pour communiquer avec les avions.
Jusque-là, le célèbre signal SOS fonctionne parfaitement en morse : trois points, trois traits, trois points. Mais à l’oral, prononcer les lettres « S-O-S » dans une radio de mauvaise qualité n’est pas forcément idéal. Il faut donc trouver un mot de détresse court, reconnaissable immédiatement et compréhensible aussi bien par les Français que par les Britanniques.
En 1923, Frederick Stanley Mockford, responsable radio à l’aéroport de Croydon, est chargé de trouver cette expression.
Son choix se porte sur « Mayday ».
Pourquoi ?
Parce que sa prononciation ressemble fortement à l’expression française « m’aider », que l’on peut rapprocher de « venez m’aider ». Pour des oreilles anglophones, m’aider sonne approximativement comme mayday. Et puisque de nombreux vols relient alors Londres à Paris, cette origine française est particulièrement pratique.
Le terme est rapidement adopté par les autorités britanniques.
Puis, en 1927, il acquiert une dimension internationale lors de la Conférence radiotélégraphique de Washington. Le règlement officiel précise noir sur blanc qu’en radiotéléphonie, l’appel de détresse est l’expression MAYDAY, correspondant à la prononciation française de « m’aider ».
Aujourd’hui encore, le mot doit normalement être répété trois fois : « Mayday, Mayday, Mayday ». Cette répétition permet d’éviter qu’un simple mot mal entendu ou qu’une perturbation radio soit confondu avec un véritable appel de détresse.
Et il faut distinguer Mayday de Pan-Pan : Mayday signale un danger grave et imminent nécessitant une assistance immédiate, alors que Pan-Pan correspond à une situation urgente mais moins critique.
Ainsi, l’un des mots les plus universels de l’aviation et de la navigation semble anglais… mais il cache en réalité une petite phrase française : « m’aider ».
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