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- Près de 20 ans après avoir supprimé le service militaire, le gouvernement croate a réintroduit mi-mars la conscription pour toute une classe d’âge. Pour l’instant, seuls les garçons de 19 ans sont concernés par la mesure, soit 5 000 conscrits par an. Dans trois ans, ils devraient être 18 000. Pour ne pas effrayer la jeunesse, le service se limite à une durée de deux mois, payé très correctement : 1 100 euros par mois. Une prudence motivée par la faiblesse des infrastructures disponibles et par la crainte d'une mobilisation des jeunes antimilitaristes.
Un reportage à Pozega de notre envoyée spéciale à retrouver dans la longueur dans Accents d'Europe.
À lire aussiService militaire: obligatoire ou volontaire, tour d'Europe d'un retour en grâce - Malgré la destruction massive de la bande de Gaza par l'armée israélienne, le championnat des clubs de football reprend dans l'enclave après trois années de suspension. Ce sont 50 clubs de football gazaouis qui participent au tournoi et RFI a pu assister au premier match. Il s'est tenu à Deir el-Balah, dans le centre de l’enclave palestinienne.
De notre envoyé spécial à Deir el-Balah et de notre correspondante à Jérusalem,
Pour le match inaugural, ce sont les équipes de foot de Rafah qui s’affrontent : les bleus foncés contre les bleus ciel. Le public, attentif, est assis sur des chaises en plastique grises autour d’un terrain recouvert d’une pelouse synthétique fatiguée. « Ah, quel sentiment de joie immense ! Ces matchs nous donnent à nouveau espoir, force et volonté, se réjouit Moath qui n’aurait raté la reprise du championnat sous aucun prétexte. Le retour des activités sportives nous rappelle des souvenirs de la vie avant la guerre. On nous a privés de bien des choses pendant trois ans, notamment de regarder des matchs et de jouer au football. De nombreux talents sont morts pendant cette période. »
Un coup de sifflet sportif pour l’événement, mais c’est aussi l’occasion pour les Gazaouis de rendre hommage à ceux qui sont morts pendant la guerre : un millier de footballeurs et de supporters. « Je trouve que c’est un très beau moment. Nous reprenons les matchs mais nous pensons aussi aux familles qui sont endeuillées, souligne Abderhamane Saleh, qui a remis les crampons pour l’occasion. Je me sens vraiment bien de jouer à nouveau après plus de trois ans d’absence, nous aimons tellement le football, mais c’est vrai que la guerre nous a fatigués, épuisés. Mais ça va mieux grâce à Dieu. »
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« Le sport palestinien est confronté à une guerre existentielle menée par Israël »
Le responsable de la communication de la fédération, Mustafa Siam, délivre un message plus politique. « Plus de 240 clubs palestiniens participent à cette compétition. Nous voulons dire au monde entier : le peuple palestinien est victime d'un génocide, et le sport palestinien est confronté à une guerre existentielle menée par Israël. Par conséquent, chaque joueur qui tape dans le ballon à Gaza, en Cisjordanie, et dans la diaspora porte ce message et l’histoire d’une souffrance qui dure depuis plus de trois ans maintenant. »
La fédération espère que le club champion de la bande de Gaza pourra à l’avenir affronter celui de Cisjordanie, un espoir qui s'avère compliqué puisque les territoires palestiniens sont occupés et morcelés, la bande de Gaza, isolée. Khalil a bien joué pour le match d’ouverture mais il n’arrive pas à se réjouir complètement. Ses sentiments sont mitigés : « Je ne sais pas trop comment expliquer ce que je ressens… Est-ce que nous sommes heureux ? Ou tristes ? Pour les personnes qu'on a perdues, pour l'ampleur des dégâts de ces dernières années… Nous avons perdu beaucoup de jeunes, des amis sportifs, que ce soient des entraîneurs, des joueurs ou des supporters. Franchement, on a vraiment perdu beaucoup de monde. Mais le football, c’est toute notre vie. »
La compétition va se poursuivre au cours des prochaines semaines.
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04/09/2026La Corée du Sud est confrontée au fléau des « crimes sexuels en ligne » : des photos ou des vidéos à caractère sexuel, prises à l’insu de femmes, dans des espaces publics ou à domicile, qui finissent sur internet. Un phénomène amplifié par le boom de l'intelligence artificielle, qui facilite la création de deepfakes, des vidéos pornographiques réalisées par IA en incrustant le visage d'une victime bien réelle. Le gouvernement a créé, en 2018, un centre composé uniquement de femmes chargées de traquer et de supprimer ces contenus illicites en ligne.
Dans un petit bureau du centre-ville de Séoul arborant des banderoles de soutien aux victimes de violences sexuelles, travaillent les « nettoyeuses du Net ». Elles sont 23 femmes à supprimer ces vidéos à caractère sexuel à la demande des victimes. Kim Hyojung est à la tête de cette équipe : « La plupart des victimes viennent nous voir après qu'un proche leur a dit qu'une vidéo d'elles circulait en ligne. Nous avons un programme d'intelligence artificielle qui détecte les republications de cette même vidéo sur internet, ce qui permet d'effacer ces contenus aussi bien sur les réseaux sociaux que sur des sites pornographiques. »
Outre le retrait des contenus, le centre et ses 17 antennes régionales proposent un accompagnement psychologique et juridique aux victimes. Ces dernières sont de plus en plus nombreuses. Depuis son ouverture, le centre a déjà reçu 53 000 victimes et supprimé d'internet plus d'un million de contenus sexuels illicites. Des suppressions parfois difficiles, poursuit Kim Hyojung : « La majorité des vidéos sont hébergées sur des sites illégaux. L'hébergeur n'approuve donc pas notre demande de suppression. Dans ce cas, la police peut intervenir et faire fermer le site en question. Il y a aussi le problème des sites hébergés à l'étranger, mais, dans 80% des cas, ils le sont aux États-Unis et les autorités américaines collaborent avec nous pour supprimer ces contenus hébergés sur leur territoire. »
Un impact sur la santé psychologique
Ce sont des contenus pornographiques, parfois violents, parfois pédopornographiques, que les femmes du centre doivent consulter chaque jour pour les supprimer. Mme Park, qui doit garder l'anonymat pour effectuer son travail, nous explique l'impact que cela peut avoir sur sa santé : « Tout le monde est assez affecté émotionnellement et psychologiquement par ce travail. D'après l'expérience de collègues avec qui j'ai travaillé, certaines ont développé des insomnies, d'autres se sont mises à pleurer en voyant certains contenus filmés ou ont perdu l'appétit au point de sauter des repas. »
Pour aider les 23 femmes chargées de supprimer ces contenus, le centre a mis en place un accompagnement psychologique permanent, explique Mme Park : « Nous avons, à raison d'une ou deux fois par mois, des consultations individuelles avec un psychologue pour prévenir les burn-out. Ce qui nous pousse également à continuer, c'est le soutien des victimes. Quand nous recevons des messages de remerciement de la part des personnes concernées, disant que cela les a aidées à retrouver leur vie quotidienne, je ressens que, même modestement, j'ai pu contribuer à ce que ces personnes surmontent une épreuve aussi lourde dans leur vie. »
On estime que plus de la moitié des victimes de deepfakes pornographiques dans le monde seraient sud-coréennes. Cette tendance est en augmentation dans toutes les tranches d'âge.
À lire aussiCorée du Sud: la législation à la traîne face à un harcèlement sexuel en ligne massif contre les femmesÉlections régionales en Allemagne: le parti d'extrême droite AfD mobilise le passé est-allemand
04/09/2026C'est une élection régionale très attendue qui se tiendra, dimanche 6 septembre, en Allemagne. En Saxe-Anhalt, dans l'Est du pays, l'extrême droite pourrait arriver au pouvoir pour la première fois depuis la Seconde guerre mondiale. Une des raisons du succès de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne), créditée de plus de 40% dans les sondages, c'est le sentiment d'identité des Allemands de l'Est et les frustrations accumulées depuis la réunification, que le parti met en avant avec succès.
L'air est irrespirable. Des centaines de vieilles mobylettes et motos est-allemandes – Simson, Schwalbe et autres MZ – démarrent. À cette pollution d'un autre temps s'ajoutent celles des Trabant, les fameuses voitures pétaradantes aux moteurs à deux temps. La scène est impressionnante. En ce dimanche ensoleillé, l'AfD a rassemblé plusieurs milliers de personnes pour une grande kermesse populaire à Quedlinburg. Si la ville dans la région du Harz en Allemagne est un petit bijou architectural, avec ses maisons à colombage rénovées à la perfection, la vie n'y est pas trépidante. Avec l'Alternative pour l'Allemagne, enfin un dimanche où il se passe quelque chose. Mike a ressorti sa vieille Simson. Il précise : « C'est une histoire de famille. On a grandi avec. Mon père en avait une. C'est une affaire de sentiment et c'est culte. »
Des motos portent des autocollants « Ostdeutschland / Allemagne de l'Est ». Des Trabant arborent le drapeau est-allemand. On aperçoit même les couleurs russes. La tête de liste de l'AfD, Ulrich Siegmund, qui enthousiasme les foules, a compris comment utiliser cette nostalgie et l'identité est-allemande. « Oui, on était enfermé en RDA. Ça n'était pas parfait, bien sûr. Même cette culture Simson, elle symbolise la liberté de mouvement que nous avions. Elle symbolise une époque où nous étions solidaires. C'est cette communauté que je veux restaurer car nous sommes un peuple. Nous voulons regagner notre liberté », explique-t-il.
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Sur une Trabant flotte un drapeau de l'AfD. On peut y lire les mots « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple »). Le parti a récupéré le slogan de la révolution pacifique de l'automne 1989 qui a conduit à la chute du mur de Berlin et du régime communiste. Reprendre ce slogan, c'est établir un parallèle entre la dictature est-allemande et l'Allemagne d'aujourd'hui. C'est faire de l'AfD le parti de la liberté contre la nomenklatura des partis établis.
« L'Allemagne de l'Est est ma patrie », explique cette chanson jouée à Quedlinburg. Cette identité est très forte également chez les plus jeunes, alors que leurs parents ont d'abord dû s'intégrer dans l'Allemagne réunifiée. Steffen Mau est le sociologue qui explique l'Est : « Dans l'ex-RDA, six personnes sur dix affirment être des citoyens de seconde classe. Et quand on leur explique "vous êtes l'avant-garde de l'Allemagne", on retourne leur complexe d'infériorité. On redonne un espoir à un groupe qui se sent déclassé. »
Lors d'un meeting AfD cet été, un humoriste sur scène aux côtés de Ulrich Siegmund a chanté l'hymne de la RDA communiste. Surprenant au premier abord pour un parti d'extrême droite.
À lire aussiÉlections régionales en Allemagne : vers un retour de l'extrême droite au pouvoir ?- Au Népal, après les inondations meurtrières et les glissements de terrain du 26 août, le bilan s'établit, au 3 septembre, à 1 280 morts et 5 624 disparus. Pour leurs proches, l'attente est insoutenable. Et la plupart ont perdu espoir de retrouver les leurs vivants. Symbole du drame humain derrière cette catastrophe climatique : Barathpur, dans le district de Chitwan, située à près de 300 kilomètres en aval de l'origine des crues. Cette ville a vu affluer les cadavres. Environ cinq corps sont encore repêchés chaque jour et la police pense qu'il y en a encore plus dans le fond de la rivière. Pour tenter d'identifier les corps, déjà méconnaissables, la police et les autorités népalaises lancent des opérations de collecte d'ADN chez les survivants. Une course contre la montre douloureuse pour les familles.
Après plus d'une semaine sans nouvelle de son fils de 22 ans, parti travailler près de la frontière tibétaine, Kulmaya Tamang, une paysanne, se présente au centre d'information de Barathpur. Sous un barnum, elle remplit des formulaires, donne des photos, dépose ses empreintes et s'approche d'un homme en blouse blanche, pour une prise de sang.
« Serrez bien le poing (…) nous ne pouvons pas encore vous dire quand cela sera fait, mais tous ces dons vont être envoyés à Katmandou. Si votre ADN correspond à un corps, vous serez prévenue », lui annonce-t-il. Venir ici, c'est accepter l'idée que son fils est mort. Son mari Rajkumar a perdu espoir. « S'il était vivant, je pense qu'il nous aurait déjà contactés. Donc je pense qu'il n'a pas survécu », déclare-t-il.
D'autres familles, parfois venues de très loin, attendent aussi de savoir. Ajay Mandal a fait 11 heures de bus avec sa femme, Pratima, et son beau-père âgé. « Nous n'avons pu arriver qu'à 17 heures et on nous a dit de revenir que demain matin à 10 heures », déplore-t-il. « Le gouvernement devrait être plus rapide à retrouver les disparus. Cela nous soulagerait, nous sommes tous à bout et tellement stressés », ajoute sa femme.
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La famille cherche un fils et un frère ingénieur coincé dans l'un des tunnels du nord du pays. Elle veut croire que son corps a peut-être été repêché ici, près de Barathpur, dans la rivière. Là, avec des centaines de bénévoles, Fanendra, un entrepreneur local, raconte avoir participé aux recherches de la police : « Avec mon équipe, on a trouvé 50-70 cadavres. Ça brise le cœur, on aurait jamais imaginé ça. Tant de familles ont perdu leurs proches. »
L'hôpital gouvernemental de Barahtpur, seul habilité à faire des autopsies, s'est retrouvé débordé. Son responsable, Dr Bishwabandhu Bagale, témoigne : « En vingt ans de carrière, je n'ai jamais vu d'hôpital qui doive faire 350 autopsies en quelques jours. Avec ces conditions climatiques si chaudes, humides, la décomposition s'est accélérée. Tout le monde s'inquiétait de l'odeur. Donc le choix de faire des enterrements "temporaires" a été rapide. Mais on n'avait pas d'autres options. »
À Barathpur, les corps ont en effet été numérotés et entreposés sous une bâche, dans la terre rouge d'une forêt de la ville. Devant la grille de ce cimetière, des fleurs orange et des dizaines d'offrandes. Ce n'est qu'une solution temporaire, assure le gouvernement, en attendant de mettre un nom derrière chaque corps retrouvé. Même si pour l'instant, d'après la police, seules 12 familles ont pu identifier un proche à la morgue de Barathpur.
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