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- À Londres, les plaintes pour incidents à caractère islamophobe ont augmenté de 31 % sur l’année écoulée, et 2026 pourrait bien dépasser ces chiffres. À l’échelle du pays, l’islamophobie ne cesse d’augmenter depuis 2023, depuis le début de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza. Selon les dernières statistiques, une mosquée est attaquée tous les cinq jours au Royaume-Uni, rendant les musulmans inquiets pour leur avenir.
De notre correspondante à Londres,
La mosquée d’Ibrahim Syed, en banlieue de Liverpool, ressemble à un centre communautaire, en rez-de-chaussée, avec une immense salle centrale aux néons blafards. En un an, l’imam a subi trois attaques : « Quelqu’un a tiré sur les fenêtres avec une carabine, alors qu’il y avait des enfants à l’intérieur. Ils ont été choqués. On a aussi envoyé un DVD à caractère pornographique, pour essayer de nous énerver. Et enfin un drapeau britannique a été suspendu devant la mosquée. »
Ces 12 derniers mois, 70 incidents sur des mosquées britanniques ont été enregistrés : menaces en ligne, vandalisme, intimidation, etc. Très impliqué dans la vie locale, Ibrahim Syed tente de rester positif : « C’est dur ! Je suis né ici. Tout d’un coup, notre appartenance à ce pays est remise en cause. Mais je suis un optimiste : rien qu’hier, un voisin a réparé gratuitement nos fenêtres. »
Guerres au Moyen-Orient, montée de l’extrême droite xénophobe. L’association Tell Mama, qui recueille des appels de victimes, a recensé 6 000 incidents islamophobes en 2024, 7 000 en 2025. La directrice, Iman Atta, note une normalisation alarmante : « Nous n’avons pas encore analysé les données pour 2026, mais ce sera au moins aussi élevé que 2025. La rhétorique autour des musulmans, les agressions dans l’espace public, la sexualisation des femmes musulmanes. Nous voyons la haine en ligne se déplacer dans la vraie vie, et c’est très inquiétant. »
Un pays qui se divise
Sur son site, Tell Mama conseille les mosquées et lieux culturels pour garantir leur propre sécurité. Mais Iman Atta exige davantage du gouvernement : « La technologie évolue si vite, avec l’IA entre autres. Les autorités semblent ne pas pouvoir suivre. Le gouvernement devrait pénaliser les entreprises, qui monétisent la discrimination et l’extrémisme. »
Parmi cette communauté, certains préfèrent prendre les choses en main. Hijab beige sur un visage déterminé, Julie Siddiqi organise régulièrement des groupes interreligieux d’études des textes sacrés. À chaque Ramadan, elle organise de grands banquets à partager, pour la rupture du jeûne, avec les non-musulmans de son quartier : « Nous devons apprendre à ne pas être d’accord, sans fermer le débat. Notre pays se divise, en particulier depuis quelques années, nous devons continuer à construire des ponts. »
Outre l’islamophobie, ces trois dernières années les incidents antisémites et racistes sont également en forte hausse. - À Diohine et dans ses environs, les agriculteurs connaissent bien le Faidherbia albida. Cet arbre joue un rôle important dans les cultures. Ses feuilles et ses résidus contribuent à enrichir le sol en matière organique, tandis que son système racinaire participe au maintien de sa fertilité. Mais alors que le parc arboré de la zone se dégrade progressivement, cet arbre emblématique du bassin arachidier se fait de plus en plus rare. Toutefois, sa disparition pourrait fragiliser davantage les terres agricoles. Un reportage de Habib Diao.
De notre envoyé spécial à Diohine,
Avec sa hauteur pouvant atteindre 15 à 25 mètres et son écorce gris jaunâtre, le Faidherbia albida, communément appelé Kad en wolof, est facilement reconnaissable au milieu des champs du bassin arachidier sénégalais.
Sa présence n’est pas seulement une question de paysage. Pour Paul Ndiaye, agriculteur à Diohine, le kad est un véritable allié des cultures : « Le kad est l'arbre le plus important dans nos champs, car malgré l'infertilité du sol, si tu as au moins cinq arbres dans ton champ, tu auras une bonne récolte, car tout ce que tu cultives au-dessous de l'arbre sera fertile. Mais l'arbre commence vraiment à se faire rare dans la zone. »
Les experts de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) ont implanté au milieu des champs un site d’étude pour analyser les interactions entre cet arbre et les cultures. Cathy Clermont, ingénieure agronome à l’IRD, s’intéresse particulièrement aux effets du Faidherbia albida sur les sols et les cultures : « On est là sur un site qui s'appelle Faidherbia-Flux, et notre objectif, c'est justement de voir les relations de cet arbre qui est emblématique du Sénégal avec son environnement. Et beaucoup d'agriculteurs nous disent que cet arbre a des effets bénéfiques sur les cultures annuelles qui poussent à proximité. Nous avons quand même déjà des résultats qui permettent de dire : "Attention, planter du Faidherbia albida, c'est très intéressant. L'effet de l'arbre va jusqu'à une distance de 17 mètres autour du tronc." Et donc cette connaissance peut être utilisée pour mieux gérer les apports de fumier dans un contexte où il n'y en a pas beaucoup. »
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Conscientes des bienfaits de cet arbre pour les cultures, les populations font le maximum pour les préserver. Pour Aissatou Faye, représentante d’un mouvement féminin de Diohine, l’élagage des vieux Faidherbia pourrait contribuer à mieux préserver ces arbres. Toutefois, elle dénonce les difficultés rencontrées par les populations, notamment en raison des restrictions imposées par les agents des Eaux et Forêts :
« Les vieux kad qui ne sont pas élagués lèvent les terrasses. Le kad peut vivre des centaines d'années, mais s'il n'est pas élagué, il devient très lourd. À mon avis, ce que les agents des Eaux et Forêts devaient faire, c'est d'élaguer tous les Faidherbia qui sont trop lourds à partir du mois de mai. Si la pluie tombe, ça repousse. Mais ils ont fait en sorte que personne ne touche aux arbres. Donc tout ça, c'est le problème des Eaux et Forêts. »
Dans le bassin arachidier, la disparition progressive de cet arbre rappelle une nécessité : protéger le kad, c’est aussi protéger la terre et l'activité des agriculteurs qui en dépendent.
À lire aussiSénégal: à Diohine, la jachère permet de lutter contre la dégradation des sols Dans une Syrie encore marquée par la guerre, un cinéma itinérant pour les petits… et les plus grands
18/09/2026Des ruines antiques vieilles de 3 000 ans, un décor de cinéma balafré par plus d’une décennie de guerre et, au milieu des cicatrices, un écran de toile pour les enfants. C’est le pari d’Omar Malas, photographe et cinéaste syrien. Avec son cinéma itinérant, il sillonne les routes d’une Syrie encore marquée par la guerre pour ramener un peu de culture et de vie dans les villages. C'est le cas à Palmyre, où quelques milliers d’habitants seulement ont fait le choix de revenir vivre.
De notre envoyé spécial à Palmyre,
La nuit tombe sur Palmyre. Omar Malas installe son cinéma de fortune : un vidéoprojecteur, des enceintes et quelques chaises en plastique. Pas d’écran ce soir : les images sont projetées directement sur un vieux mur de pierre. Au début, ils ne sont que cinq enfants devant la projection. Puis, au fur et à mesure que le film commence, un deuxième rang de chaises se forme. Ils sont bientôt une dizaine.
Parmi les enfants installés devant le mur, Abdel, 12 ans, découvre pour la première fois ce type de cinéma en plein air. « J'étais en train de jouer avec mes amis et Omar est venu nous voir pour nous proposer de venir assister à une projection comme au cinéma et on n’a pas hésité une seconde, s'enthousiasme le garçon. Moi, c’est la première fois de ma vie que je vois un film sur grand écran. »
Pour Omar, ce n’est pas vraiment le film qui compte. Ce qu’il veut, c’est leur faire découvrir autre chose que la guerre, leur offrir un moment de culture et simplement passer du temps avec eux. « Les gens reviennent tout doucement ici, en famille, avec leurs enfants, après 15 ans de guerre. Les enfants qui ont aujourd’hui 10 ans n’ont rien connu d’autre que la guerre, regrette Omar. L’essentiel pour moi, c’est qu’ils oublient les traumatismes qu’ils ont vécus. »
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Quelques heures suspendues
Ce soir, Omar projette Tom et Jerry, des films de Charlie Chaplin et des séries syriennes. Des femmes sortent de chez elles et viennent s’installer sur des tapis, près de l’écran, certaines avec leur narguilé.
Dans cette ville encore largement silencieuse, la musique, les rires et les voix de l’écran créent pendant quelques heures une petite animation. Mais pour faire fonctionner ce cinéma itinérant, Omar doit aussi transporter sa propre source d’électricité. Et parfois, une simple batterie peut devenir indispensable. « Ça, c’est ma batterie externe pour avoir de l’électricité, montre-t-il. Même si ce soir on a tout ce qu’il faut, parfois cette batterie devient vitale car dans des villages, il n’y a aucun jus. »
À Palmyre, ces quelques heures de projection prennent une dimension particulière pour les familles qui viennent tout juste de revenir. Mohamed est venu ce soir avec les siens. Pour lui, pouvoir simplement les amener ici aurait été inimaginable il y a encore quelques années. « Pendant la guerre, c’était impossible qu’une telle initiative voie le jour à cause des milices iraniennes, ou du Hezbollah, souligne ce père de famille. Mais aujourd’hui, grâce à Dieu, on peut amener nos enfants pour qu’ils découvrent et se divertissent. »
La projection terminée, Omar replie son écran, range ses enceintes et reprend la route. Son cinéma itinérant continuera de sillonner la Syrie, village après village, à la rencontre de ceux qui tentent, eux aussi, de reprendre le chemin d’une vie normale.
À lire aussi«La Syrie reste notre pays»: le parcours des réfugiés, un an après la chute de Bachar el-Assad- Si l'été 2026 a été exceptionnel sur le plan de la chaleur et de la sécheresse, en Angleterre comme ailleurs, on se prépare à ce que ce soit la norme dans les prochaines années, en raison du réchauffement climatique causé par l’activité humaine. Dans le sud du pays, le jardin expérimental de la Société royale d’horticulture, à Wisley, tente de s’adapter à des étés de plus en plus chauds et de plus en plus secs, notamment en dupliquant ses collections.
De notre envoyée spéciale de retour de Wisley,
Les pelouses du jardin botanique de Wisley sont roussies par le soleil et la sécheresse. Les hortensias, d’ordinaire bleu pastel et rose fuchsia, craquent sous la brise. Les haies ont particulièrement souffert cette année. « Cet été a été stressant, avec la plus longue période sans pluie jamais enregistrée, alerte Edward Cooper, jardinier en charge des expérimentations. Nos haies se décolorent. Ce hêtre a pourtant 80 ans, il est idéal pour les haies sous notre climat, mais avec l’été qu’on a passé, même les plantes matures sont en stress hydrique. »
Ce jardin botanique possède près de 25 000 espèces de plantes. Mais après cet été inédit en chaleur et en sécheresse, certaines variétés risquent de cesser de pousser. « 20 à 25 % de nos espèces pourraient ne plus être adaptées au sud de l’Angleterre, explique le directeur du jardin, Tim Upson. Par exemple, les hortensias souffrent énormément. On va donc faire des boutures pour les transférer plus au nord, une sorte de police d’assurance. »
Les collections seront ainsi dupliquées dans les autres jardins plus tempérés de la Société royale d’horticulture. Le botaniste ne cache pas une certaine excitation face aux défis climatiques qui l’attendent. « Revenez dans 10, 15, 20 ans ! Nous pourrions bien avoir de nouvelles plantes que vous n’avez encore jamais vues, s'enthousiasme-t-il. Et nos observations pourront servir à l’adaptation au changement climatique, en recommandant des plantes qui filtrent la pollution ou qui soutiennent la biodiversité. »
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Trouver des plantes d'avenir
Ici, le maître mot est l’expérimentation : créer, évoluer, s’adapter. Edward Cooper a passé l’été à trouver les plantes les plus résistantes à la sécheresse. « On a par exemple des plantes qui étaient populaires il y a longtemps, comme les hélianthèmes, poursuit-il. Ils résistent bien à la sécheresse et pourraient être des plantes d’avenir pour les jardins. »
Assis près du grand plan d’eau du jardin botanique, Brian et Deborah sont venus glaner des conseils auprès des équipes d’Edward. « Nous allons devoir arrêter les plantes en pot, elles demandent trop d’eau », conclut Deborah. « Même nos parterres de fleurs ont souffert, nos impatientes, nos bégonias… On va devoir se rabattre sur des fleurs sauvages, plus hautes, pour moins arroser », ajoute Brian.
Après la sécheresse, le Royaume-Uni craint un automne et un hiver particulièrement pluvieux, qui pourraient aussi avoir un impact adverse sur les plantes et les jardins du pays.
À lire aussiÀ Paris, des balades dans les parcs pour identifier des plantes sauvages comestibles - Au Népal, trois semaines après des inondations dévastatrices qui ont fait plus de 1 403 morts et plus de 6 100 disparus, les besoins sont encore nombreux. Plusieurs milliers de rescapés ont tout perdu : des proches mais aussi leur maison, leur terrain, leur travail et leurs économies. Le gouvernement népalais a annoncé un programme de bourse pour garantir l'éducation des enfants orphelins ou déplacés à cause de la catastrophe. Des enfants qui, pour beaucoup, ont assisté aux crues meurtrières et nécessitent un soutien psychologique. Dans un centre d'accueil temporaire de Bidur, ville sinistrée du district de Nuwakot, à une cinquantaine de kilomètres de Katmandou, les professionnels essaient de soutenir les enfants.
De notre envoyée spéciale de retour de Bidur,
Assise sur un banc devant le gymnase de l’association de taekwondo de Bidur, Suchita, 36 ans, berce son neveu. « Il a 15 mois, il était allaité, il cherche encore le lait de sa mère », s'émeut-elle. La mère du garçon est morte dans les inondations, c’est la grand-mère qui a sauvé l’enfant. « Elle est encore très traumatisée d’avoir perdu ses deux belles-filles et deux petits-enfants », poursuit Suchita.
L’enfant et la grand-mère vivent désormais dans ce gymnase sur des tapis de sol avec 200 autres rescapés. Et Suchita peine à réconforter le petit garçon. « La première nuit, il n’a pas dormi, on avait peur de déranger les autres autour, témoigne-t-elle. Mon fils de 7 ans aussi, il pleure souvent, il me dit que ses cousins qui sont morts lui manquent beaucoup, ils étaient très proches. »
Dehors, une quinzaine d’enfants jouent sur un rectangle de gazon. Il y a un tourniquet, un toboggan. À côté, des tentes blanches dressées par l’ONG Save The Children et d’autres associations. Ces espaces sont réservés aux plus jeunes pour leur redonner une routine, des repères, dans un lieu sûr. On y trouve des coloriages, des imagiers, des jeux de société. « De ce que j’ai pu voir, ici c’est un peu mieux que dans d’autres centres, explique Achita Thieng, qui intervient au nom d'une association de psychologie transculturelle, TPO Nepal. Pour l’instant on se concentre sur les premiers secours psychologiques. »
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Soigner aussi dans le futur
Le but : écouter, observer, empêcher les traumatismes de s’ancrer à long terme. « Certains enfants restent très silencieux, ils semblent ne pas encore avoir compris ce qu’il s’était passé, poursuit Achita Thieng. Un autre enfant croit, à chaque fois qu’il voit passer un hélicoptère, que ses parents sont dedans et vont revenir, alors qu’il les a vus mourir sous ses yeux. »
Plusieurs associations, ONG et le ministère de la Santé ont déployé des psychiatres, psychologues, conseillers. Reste à bien répartir cette aide, surtout dans les zones sinistrées isolées. Et après l’urgence, il faudra prendre en charge d’éventuels troubles durables : dépression, anxiété, stress post-traumatique…, explique Achita Thieng. « Dans un, deux, trois mois, il faudra pouvoir proposer un suivi régulier », plaide-t-elle.
D’après l’Unicef, plus de 17 000 enfants ont un besoin urgent d’aide et de soutien psychologique après ces inondations dévastatrices survenues au Népal le 26 août, l'une des plus grandes catastrophes des dernières décennies dans le pays. Toujours d'après l'Unicef, 541 mineurs sont seuls et n'ont pas pu être réunis avec leurs proches. Plusieurs ONG comme Save The Children alertent : après un tel désastre et l'appauvrissement soudain de nombreuses familles, les risques de travail infantile, de mariages précoces et de traite d'enfants risquent d'augmenter.
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