La Syrie a accueilli hier soir la deuxième session du procès des hauts dignitaires du régime d’Assad. C’est une première historique pour juger les nombreux crimes de la dictature, et un véritable tournant dans le processus de justice transitionnelle. En parallèle, les autorités ont multiplié ces dernières semaines les opérations visant les rémanences du régime d’Assad. En mars dernier, l’échec d’une tentative de coup d’État près de la côte avait conduit à une répression sanglante et au massacre de centaines de civils alaouites, communauté dont est issu le clan Assad. Parmi les personnes arrêtées cette année : Amjad Youssef, accusé d’être à l’origine du massacre de Tadamon. Mais aussi trois hommes de la famille Shahin.
De notre correspondante à Damas,
Lundi 20 avril 2026, un homme a été tué par les autorités en Syrie. Il s’appelait Yemen Shahin, avait 45 ans et était, selon son père, un simple policier. Un simple policier, oui, mais du régime de Bachar el-Assad. C’est à l’abri des regards, sur le toit de sa maison, que le père de Shahin reçoit les condoléances du village.
« C’est arrivé à six heures du matin. Yemen a vu la police arriver près de sa maison, alors il a pris la fuite par l’arrière. Des hommes armés se trouvaient là, et il s’est retrouvé coincé », raconte le père. D’un sac, il sort des vêtements gorgés de sang. « Ça, c’est ce que nous avons retrouvé. Un pyjama et une veste. La veste portait des impacts de balles et du sang partout. Je ne comprends pas, il ne portait aucune arme sur lui. Ni un couteau, ni même un rasoir. Rien du tout », ajoute-t-il.
Contactées, les autorités syriennes ont, sur cette affaire, refusé de s’exprimer. De l’aveu même du père, il y a dans ce village plus d’une centaine d’officiers. La plupart, assure-t-il, ont engagé un processus de réconciliation avec les nouvelles autorités. Ali, qui fait partie de ces anciennes recrues de l’armée, exprime son inquiétude : « Cette régularisation ne change rien, elle nous met plus en danger encore. À n’importe quel moment, ils peuvent venir nous arrêter. »
Quelques jours plus tard, l’arrestation d’Amjad Youssef, présumé responsable du massacre de Tadamon, a suscité partout en Syrie des scènes de liesse. Dans la foulée, Miqdad Fatiha, ancien officier devenu chef d’un groupe insurgé, a menacé en ligne de lancer un soulèvement contre les autorités. « Nos hommes sont prêts », a-t-il déclaré, « remplis de colère. »
À Qadmous, village de la côte alaouite écrasé par le régime d’Assad, ces menaces inquiètent Mohamad Zeino, ancien révolutionnaire. « Il est réellement attendu qu’un mouvement se produise à tout moment dans la période à venir. On s’attend à ce que les soutiens d’Assad commencent à attaquer des barrages, à mener des assassinats ou encore des attentats à l’explosif », explique-t-il.
Les autorités syriennes affirment que ces arrestations constituent une avancée pour la justice transitionnelle. Rien qui ne soit suffisant, répond Mohamad Zeino, pour qui le processus demeure trop lent. « Nous, révolutionnaires de la ville de Qadmous, considérons que le régime d’Assad n’est pas tombé dans notre région. La distribution d’armes se poursuit quotidiennement. Il y a aussi des salaires versés chaque mois aux rémanences de ces groupes. Des financements qui proviennent du régime iranien, ou encore des milices chiites en Irak », précise-t-il.
Dimanche, s’est tenue en Syrie la deuxième session du procès des hauts dignitaires du régime déchu. Parmi eux, Bachar el-Assad et son frère, Maher, jugés par contumace après leur exil en Russie.
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