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    RDC: «Il faut changer de Constitution pour résoudre un certain nombre de problèmes»

    24/04/2026
    Le premier vice-président de l'Assemblée nationale congolaise Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu défend un changement de constitution et ne cache pas que cela permettrait aussi de faire sauter le verrou des deux mandats, afin que Félix Tshisekedi puisse se présenter à un troisième en décembre 2028. Mais comment compte-t-il changer de Constitution ? Est-il d'accord pour passer par un Dialogue national inclusif, comme le réclament l'opposition et l'Église catholique ? De passage à Paris, le premier vice-président de l'Assemblée nationale de la République démocratique du Congo répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Augustin Kabuya, le secrétaire général du parti au pouvoir, l'UDPS, a déclaré le mois dernier « Nous allons toucher à la Constitution ». Qu'est-ce que ça veut dire ?  
    Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu : Mais parce qu'il y a des problèmes qui cherchent des résolutions, des problèmes récurrents qui se posent, entre autres, les relations entre les provinces et l'État central, mais aussi les compétences des provinces, plus précisément l'élection des sénateurs, des gouverneurs. Ces problèmes ne peuvent pas faire l'objet de révision. S'il faut améliorer le fonctionnement, il faut changer la Constitution parce que ce sont des situations verrouillées par l'article 220 de la Constitution, qui refuse d'être modifié. Cette fois-là, si nous voulons parfaire le fonctionnement des institutions provinciales et des entités territoriales décentralisées, il faut donc changer la Constitution, parce qu’il n'y a pas possibilité de modifier.  
    Alors, il y a un autre point qu'on ne peut pas modifier par une simple révision, c'est la limitation du nombre de mandats présidentiels ? 
    Des mandats présidentiels, oui. 
    Est-ce que l'objectif est aussi d'offrir un troisième mandat à Félix Tshisekedi ?  
    Pas forcément. Si l'une des conséquences était par exemple que le président se représenterait, ça, ça ne peut être que le choix du peuple souverain qui déciderait de modifier ou de changer sa constitution. Ce n'est pas ça le leitmotiv. Donc il y a toutes ces choses-là qui veulent, par exemple, que nous ayons une nouvelle Constitution, parce que pour les améliorer, il n'y a pas moyen de modifier l'actuelle.  
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    Alors, dans le gouvernement actuel, il y a des ministres, comme Didier Budimbu, qui plaident ouvertement pour que Félix Tshisekedi ait le droit de briguer un troisième mandat en décembre 2028. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ?   
    Si c'est un vœu… Tant que la guerre n'est pas terminée, il est clairement notable que l'on ne peut pas aller à une élection dans les conditions d'une guerre qui a poussé 7 millions de nos compatriotes en dehors du pays. Donc, les obligeant ainsi à ne pas participer à l'expression libre de leur choix.  
    Donc, si la guerre n'est pas terminée en décembre 2028, il y aura un glissement ? 
    Ce n'est pas un glissement, c'est un principe normal que l'on ne tienne pas les élections dans des conditions de guerre. Et comment ça se justifierait ici en Europe ? Vous avez des exemples de cela ? L'Ukraine, c'est une démocratie qui n'arrive pas à tenir des élections parce qu'elle ne peut pas les tenir sous les armes.  
    Alors, de fait, Volodymyr Zelensky a terminé son dernier mandat il y a deux ans. On serait avec Félix Tshisekedi dans un scénario hors mandat, comme Volodymyr Zelensky ? 
    Chez nous, c'est constitutionnel. Ça ne sera même pas un scénario hors mandat parce que notre Constitution le prévoit assez bien qu'à la fin de son mandat, le président de la République, lui, il reste en fonction jusqu'à l'installation effective du nouveau président élu. Ce ne sera pas un glissement, ça sera un fonctionnement normal des institutions.  
    Alors, ce que disent les catholiques de la Cenco, c'est qu'on ne peut pas changer la Constitution sans d'abord obtenir un consensus national. Qu'est-ce que vous répondez ?  
    Est-ce qu’il faut un large consensus national pour changer la Constitution ? Oui, il faut un très large consensus qui doit éventuellement passer par la représentation nationale, donc le Parlement, c'est ce qui est prévu dans notre Constitution, trois cinquièmes des députés siégeant au Congrès, soit alors par la consultation directe du peuple souverain. C'est ça le large consensus national. Ce n'est pas un large consensus national qui se ferait avec les prêtres catholiques et les politiciens qui ont récolté 800 ou 600 voix aux dernières consultations.  
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    Pas de Dialogue national inclusif avant un éventuel changement de Constitution ? 
    Le dialogue, je ne le retrouve nulle part dans notre Constitution.  
    Ce débat sur un éventuel troisième mandat, il a déjà existé du temps de Joseph Kabila. Et finalement, après la mobilisation de l'opposition et de l'Église catholique, il y a renoncé, c'était en 2018. Est-ce que vous ne craignez pas qu'il y ait à nouveau un débat très vif dans votre pays, et que vous n'arriviez peut-être pas à imposer votre réforme ?  
    Mais c'est pourquoi je vous dis que, en 2018, vous dites, lorsque les gens ont tenté ce débat, c'était dans un contexte où rien n’empêchait la tenue des élections en 2016. Ils ont décidé de se cramponner au pouvoir sans aucune justification, et cela a fait que les institutions se sont retrouvées dans un glissement infondé et injustifié, et que les ténors du pouvoir de l'époque ont cherché à couvrir l'imposture. Ce n'est pas la même chose aujourd'hui, donc ce sont des réalités assez différentes.  
    Donc, vous pensez que ce que Joseph Kabila n'a pas réussi en 2018, Felix Tshisekedi va le réussir d'ici 2028 ?  
    Tout dépend aussi de la qualité, de la légitimité. Vous avez sûrement suivi, lorsque notre équipe nationale s’est qualifiée à la Coupe du monde de football et que le président Tshisekedi a réuni les joueurs congolais, vous avez vous même entendu combien dans les masses à Kinshasa, une ville connue pour son penchant vers l’opposition, on scandait et on réclamait auprès du président qu'il change la Constitution. 
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    Haïti: le déploiement des «Tchadiens est pour nous le signe qu'on n'a pas fait appel à des amateurs»

    23/04/2026
    Après le Kenya, le Tchad vient au secours des Haïtiens contre les gangs qui les terrorisent dans Port-au-Prince. Ndjamena va en effet déployer quelque 1 500 hommes en Haïti, dont 500 sont déjà sur place. Au total, la nouvelle Force de répression des gangs va compter 5 500 hommes venus de 18 pays. Pourquoi l'ONU et les États-Unis font-ils appel en priorité à des soldats tchadiens ? L'écrivain haïtien Jean-Marie Théodat est directeur du département de géographie à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et vient de publier Haïti mon amour ! chez Hémisphères Éditions Il est l’invité de Christophe Boisbouvier.
     
    RFI : Après la mission multinationale dirigée par le Kenya, voici la Force de répression des gangs menée notamment par le Tchad. Qu'est-ce que vous en pensez ?  
    Jean-Marie Théodat : Écoutez, vu l'embarras dans lequel Haïti est plongé depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse en 2021, ça ne peut être qu'une bonne nouvelle. En espérant que ce ne sera pas une mission de plus, parce que ce n'est pas la première fois que les Nations unies délèguent des forces. Donc, on espère que les leçons des précédentes expériences auront été retenues pour ne pas répéter les mêmes erreurs.  
    Alors, la mission multinationale dirigée par le Kenya, elle n'était constituée que d'environ 1 000 soldats. Et cette Force de répression des gangs pourrait atteindre quelque 5 500 hommes et avoir un mandat plus offensif. Est-ce que cela vous paraît une bonne chose ou pas ?  
    Alors il y a juste une petite correction à faire. Les 1 500 Kényans délégués en Haïti n'étaient pas des soldats mais des policiers. Donc avec des armes de maintien de l'ordre, c'est-à-dire des armes légères qui n'avaient aucun rapport avec l'urgence et l'énormité du défi qui était de faire face à plusieurs milliers de gangsters armés d'armes de guerre, etc. Donc aujourd'hui, on parle de 5 500 hommes, c'est-à-dire que c'est sensiblement plus important. Et puis cette fois avec un mandat clair, ça s'appelle une Force de répression des gangs. J'espère que la sémantique n'est pas trompeuse, mais s'il faut en juger par les intentions déclarées et puis surtout par l'importance des moyens qui ont été déployés, d’accord. Déjà, l'aéroport de Port-au-Prince a été transformé en une base aérienne pour accueillir un premier contingent de 500 Tchadiens. Donc, nous espérons que cette présence, et surtout les moyens qui ont été déployés, permettront de répondre efficacement aux défis posés par les gangsters.  
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    Alors des unités venues de l'autre côté de l'Atlantique et en l'occurrence du Tchad. Qu'est-ce que cela vous inspire ? 
    D'un point de vue symbolique, on peut dire que c'est une bonne nouvelle parce que Haïti n'est pas un pays totalement étranger aux Africains. Nous sommes, comme on dit souvent, la fille aînée de l'Afrique et le fait que des Africains volent au secours des afro-descendants que nous sommes, cela ne peut être que de bon augure. Pour dire qu'il y a dans cette Méditerranée atlantique des liens forts, des liens symboliques, historiques qui doivent se concrétiser avec un projet politique conscient. Maintenant, il faut voir que cette présence tchadienne n'est pas l'expression d'une volonté populaire du Tchad, de participer à ce qui se passe en Haïti, mais plutôt la délégation à un pays militairement aguerri de la part de l'Assemblée générale des Nations unies, qui n'a pas d'autre solution que de déléguer à d'autres nations la tâche de maintien de l'ordre dans ce qu'on appelle les périphéries du Sud, où ni des soldats américains, ni des soldats japonais, ni des soldats européens n'ont envie d'aller traîner leurs guêtres parce qu’on sait que ce sont toujours des opérations très périlleuses. Et puis parce que Haïti n'est pas non plus un pays du premier champ, avec un intérêt stratégique qui justifierait que les États-Unis ou que la France y envoie des troupes.  
    Pour préparer les Tchadiens aux combats urbains dans Port-au-Prince, les Américains d'Africom sont en train de leur dispenser une formation technique. Pourquoi les Américains tiennent-il tant à ce que des Kényans, des Tchadiens participent à la sécurisation de votre pays ?  
    Je pense qu'il y a une volonté évidente d'avoir en Haïti des forces qui ne donnent pas à la population le sentiment d'avoir été occupée par l'étranger. Vous savez, Haïti a une histoire nationale et un sentiment national très ombrageux qui fait qu'on ne tolérerait pas la présence d'une armée qui donnerait le sentiment que notre indépendance a été mise sous le boisseau. Tandis qu'avec des congénères, on va dire, presque africains, et la présence sur le terrain, disons vraiment photogéniques, cela passera toujours mieux d'avoir des soldats noirs, disons les choses carrément, avec une population qui est elle-même majoritairement noire et d’ascendance africaine. Et je pense que c'est probablement le sens de cette option africaine pour intervenir en Haïti.  
    Qu'est-ce que le Tchad peut attendre de la part des Américains en contrepartie de l'envoi de 1 500 soldats ?  
    Je pense que ces missions sont comme les missions précédentes, des missions tarifées. On ne peut pas dire que l'engagement du Tchad soit un engagement vénal, mais sans une compensation financière importante, je pense que personne n'a envie d'aller mourir pour Port-au-Prince. Donc, le Tchad doit certainement avoir une compensation financière. Mais je pense que le Tchad a aussi à s’attendre à un retour de faveur parce que, en intervenant en Haïti, les Tchadiens donnent aux États-Unis un gage de fidélité. En espérant sans doute qu'en retour, sur le terrain très spécifique de l'Afrique, ils pourront compter sur les Américains pour faire face notamment à la guérilla jihadiste qui mine l'unité du territoire, notamment dans la partie nord, à la frontière avec la Libye.  
    Et avec le Soudan.  
    Et avec le Soudan. Bien sûr, dans le Darfour.  
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    Pierre Bertinotti: «Nous souhaitons que les valeurs humanistes et universalistes puissent s'appliquer partout dans le monde»

    22/04/2026
    Quel est le poids des francs-maçons en Afrique ? La question se pose à Madagascar, où le grand maître du Grand Orient de France, Pierre Bertinotti, est en visite cette semaine, tout juste six mois après la révolution Gen Z qui a fait tomber le régime d'Andry Rajoelina. La Grande Île compte quelque 1 500 francs-maçons. Quelles sont les priorités de cette obédience maçonnique à Madagascar et sur le continent africain ? En ligne d'Antananarivo, le franc-maçon français Pierre Bertinotti répond aux questions de Christophe Boisbouvier. 
    RFI : Pierre Bertinotti, qu'est-ce que les francs-maçons du Grand Orient disent aux jeunes de la Gen Z qui ont fait tomber le régime d’Andry Rajoelina au mois d'octobre dernier ?
    Pierre Bertinotti : Il y a d'abord le Grand Orient de France. C'est la principale obédience maçonnique libérale au sens des libertés individuelles, libertés publiques dans le monde, et nos valeurs sont fondamentalement celles d'un humanisme et d'un universalisme. Donc, ce que je dis à la jeunesse : « Vous savez, le Grand Orient de France, ça a été un des grands soutiens de la République, un des grands soutiens de la démocratie. Et nous, nous souhaitons évidemment que ces valeurs humanistes et universalistes puissent s'appliquer partout dans le monde, à Madagascar mais en France aussi ».
    Du temps d’Andry Rajoelina, le grand maître du Grand Orient de France était reçu en audience au palais présidentiel. Mais avec le colonel Michael Randrianirina, ce n'est plus le cas. Est-ce qu'il y a un coup de froid avec les nouvelles autorités ?
    Lorsque le Grand Maître se déplace effectivement dans un pays ami, il est de tradition qu'une audience soit sollicitée. Mais cette audience n'est pas nécessairement accordée du fait souvent d'un emploi du temps chargé. Et je ne vois pas là une mauvaise manière.
    Le rapprochement des nouvelles autorités malgaches avec la Russie de Vladimir Poutine, qu'est-ce que cela vous inspire ?
    Alors, est-ce que cela m’inspire ? C'est que ces valeurs du Grand Orient de France, à propos de la vie d'une société à Madagascar, elles valent également pour les relations internationales. Quand je vous parlais du respect de l'autre et du dialogue, et bien dans le domaine international, c'est la même chose. C'est sûr que nous sommes à une époque où le multilatéralisme est remis en cause. La place et le rôle des Nations unies, pour prendre juste cet exemple, sont remis en cause. Je crois que le mot fondamental, c'est le mot dialogue. Et je voudrais prendre un exemple. Nous avons parmi nos anciens Léon Bourgeois. Léon Bourgeois a été un responsable politique français du début du 20ᵉ siècle, qui a notamment développé ce qu'on appelle le solidarisme, la mise en place de lois sociales. Mais cet homme également a été un des pères fondateurs de la Société des nations. Vous savez, l'ancêtre de l'ONU. Et en 1920, Léon Bourgeois a reçu le prix Nobel de la paix. Pour nous, Léon Bourgeois incarne parfaitement ce qu'est la Franc maçonnerie du Grand Orient de France, et notamment pour les relations internationales.
    Qu'elle est aujourd'hui en Afrique ce qui vous préoccupe le plus en tant que Grand maître du Grand Orient de France ?
    Alors il y a la question climatique, mais ce qui nous préoccupe, c'est l'arrêt ou la forte diminution de l'aide publique au développement. Je voyais le dernier rapport du comité d'aide au développement de l'OCDE, où on a une chute de 25% par rapport à 2024. Bien sûr, c'est du fait de l'effondrement des crédits américains et notamment de l'USAID. Or, en Afrique, on a des pays très pauvres qui ont besoin de l'aide publique au développement. Donc là, effectivement, la France devra reprendre son bâton de pèlerin, faire également des efforts budgétaires, parce que nous aussi, on a vu une diminution de l'aide publique au développement. Donc, la question du développement reste encore pleine et entière avec les défis climatiques et, bien sûr, la multiplication des conflits en Afrique de l'Ouest, dans la région des Grands Lacs. Nous avons tous intérêt à ce que le développement de l'Afrique puisse se faire dans les meilleures conditions économiques, sociales et politiques possibles.
    Et que répondez-vous à ceux qui disent que beaucoup de gens entrent dans la franc-maçonnerie pour élargir leur réseau, leur influence, et non pas pour porter des valeurs humanistes ?
    Alors effectivement, ça c'est la vision parfois négative de la franc-maçonnerie où on dit « bon, c'est un réseau, un réseau d'affaires, un réseau d'influence ». Je crois que cette image-là n'est pas exacte parce que le franc-maçon d'abord travaille sur lui-même. Et nous, au Grand Orient de France, comme on dit, nous marchons sur nos deux jambes. La première jambe, c'est la jambe initiatique, le travail personnel fait sur soi-même. Deuxième jambe, c'est la transformation de la société. C'est comment les valeurs que nous apprenons dans le travail initiatique à l'intérieur du temple, comment ces valeurs-là, nous les faisons vivre dans la société. Et donc notre rôle, qu'est-ce que c'est ? Lorsque, par exemple, je rencontre des responsables politiques, et bien je promeus auprès d'eux cette vision de la société. L'universalisme, c'est l'égalité de tous, c'est la lutte contre toutes les discriminations. Eh bien je promeus auprès des responsables publics la mise en place, par exemple, de politiques de lutte contre toutes les discriminations. Voilà, c'est ça fondamentalement le rôle des francs-maçons dans la société civile.
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    Futur secrétaire général de l'ONU: «Il ne faut pas exclure d'autres candidatures dans les semaines à venir»

    21/04/2026
    Qui va succéder à Antonio Guterres fin 2026 au poste de secrétaire général de l'ONU ? Aujourd'hui et demain, les quatre candidats sont auditionnés par l'Assemblée générale à New York. Sont en lice la Chilienne Michelle Bachelet, l'Argentin Rafael Grossi, la Costa-Ricaine Rebeca Grynspan et le Sénégalais Macky Sall. L'ancien chef d'État du Sénégal peut-il gagner ? Christophe Boisbouvier a posé la question à Francis Kpatindé, l'ancien porte-parole du HCR pour l'Afrique, qui enseigne aujourd'hui à Sciences Po Paris et qui n'exclut pas la victoire au finish d'un OVNI, à savoir Gianni Infantino, le patron de la FIFA.
    RFI : Francis Kpatindé, qui est favori selon vous pour succéder à Antonio Guterres ?
    Francis Kpatindé : Ils sont quatre candidats à passer le grand oral aujourd'hui et demain. Mais le sentiment général à New York, au siège de l'organisation, reste néanmoins que celle ou celui qui sera élu ne figure pas encore sur la liste actuelle, même si la date de dépôt des candidatures fixée au 1ᵉʳ avril est passée. Il ne faut donc pas exclure d'autres candidatures dans les semaines ou mois à venir. Un candidat peut donc surgir à la dernière minute et rafler la mise. Au siège de l'ONU, à New York toujours, certains évoquent déjà la candidature de l'actuel vice-secrétaire générale Amina J. Mohammed, qui est métisse, binationale du Nigeria et de la Grande-Bretagne. Et même, tenez-vous bien, celle du président en exercice de la FIFA, Gianni Infantino, connu pour sa proximité avec le président américain Donald Trump.
    Oui, donc c'est très ouvert. Mais si on en reste à ces quatre candidats actuels, quel est à votre avis le mieux placé ?
    Moi, je pense que ce sera un des candidats latino-américains.
    Donc soit l'ancienne présidente du Chili, Michelle Bachelet, soit l'actuel patron de l'Agence de l'énergie atomique, l'Argentin Rafael Grossi ?
    Oui, c'est ça. Et soit Madame Rebecca Grynspan aussi.
    Qui a été vice-présidente du Costa Rica ?
    Du Costa Rica. Voilà. La décision finale reviendra aux quinze membres du Conseil de sécurité, dont cinq ont le droit de veto. C'est à eux de donner le nom, de suggérer le nom à l'Assemblée générale des Nations unies.
    Et entre madame Bachelet, monsieur Grossi et madame Grynspan, qui a le meilleur profil pour plaire à la fois à l'Amérique, à la Chine et à la Russie ?
    Madame Bachelet est candidate. Elle a déjà travaillé aux Nations unies. Elle a même dirigé le Haut-Commissariat aux droits de l'homme des Nations Unies, tout comme ONU-Femmes. Et elle connaît le sérail. Mais comme elle est marquée à gauche, son pays, donc le Chili, lui a retiré sa couverture. Donc, à mon avis, elle aura quelques petites difficultés. Rafael Grossi semble être proche du gouvernement actuel, le gouvernement conservateur argentin et également, donc, il pourrait avoir les faveurs du président américain Donald Trump. Donc, je pense que Rafael Grossi pourrait emporter la mise parce que son profil correspond à l'air du temps.
    Et parce qu'il garde de bons rapports avec Vladimir Poutine et Xi Jinping ?
    Absolument. Il a de bons rapports aussi bien avec le président américain et le président de son pays qu'avec donc le président chinois et le président russe.
    Alors, parmi les quatre candidats, il y a donc l'ancien président du Sénégal, Macky Sall. Quelles sont ses chances alors ?
    Macky Sall joue une partie difficile. D'abord, l'Afrique a déjà occupé la fonction à deux reprises, donc a eu deux secrétaires généraux avec l'Egyptien Boutros Boutros-Ghali et le Ghanéen Kofi Annan. Sa candidature n'est pas portée par son pays d'origine ni par l'Union africaine. Pour faire bref, Macky Sall est le candidat du Burundi et de quelques autres chefs d'État africains, dont le Congolais Denis Sassou-Nguesso. Par ailleurs, la gouvernance politique et économique de Macky Sall fait l'objet de vifs débats depuis deux ans. Ses adversaires mettent en exergue la répression contre la jeunesse urbaine et des opposants, et le fait qu'il ait laissé derrière lui une dette cachée pour le moins colossale.
    Alors ce que disent les proches de l'ancien président sénégalais, c'est que s'il y avait eu un veto de l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, il n'aurait pas maintenu sa candidature.
    Mais le véto, vous savez, le veto jouera plus tard. À mon avis, on est au début d'un processus et la question du veto ne se pose pas pour l'instant.
    Mais Macky Sall ne joue-t-il pas sur le fait que pendant ses douze ans à la tête du Sénégal, il a noué de bons rapports, il a noué des rapports de confiance, à la fois avec Donald Trump, avec Xi Jinping, avec Vladimir Poutine. Il est allé essayer de faire une médiation entre Kiev et Moscou en 2022 ?
    Absolument. Macky Sall connaît tout ce monde pour avoir été président du Sénégal et président en exercice de l'Union africaine. Il faut le rappeler également. Mais vous savez, en face de lui, il y a des gens qui sont aguerris. Ce ne sont pas des bleus, il y a madame Bachelet qui a été présidente du Chili, qui a dirigé l'ONU-Femmes, qui a dirigé le Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme. Il y a Monsieur Grossi également, qui dirige une agence qui est capitale aujourd'hui dans l'évolution pour l'énergie atomique.
    Donc pour vous, Macky Sall, c'est un outsider ?
    Moi, je pense sincèrement, avec tout le respect qu'on lui doit, parce qu'il a été président du Sénégal pendant douze ans, je pense qu'il n'a vraiment pas de chance d'être le prochain secrétaire, le 10e secrétaire général des Nations unies.
    Ce serait une surprise ?
    Absolument. Ce serait une surprise, mais une grande surprise. Mais je ne pense pas qu'il remplisse les cases pour être le 10ᵉ secrétaire général des Nations unies.
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    Gilles Yabi: «Il faut que l'Afrique regarde la dynamique des rapports de force internationaux»

    20/04/2026
    Le 10ᵉ Forum International de Dakar sur la Paix et la Sécurité en Afrique débute ce lundi pour deux jours dans la capitale sénégalaise. L'occasion pour des chercheurs, des décideurs politiques, des journalistes, d'échanger sur les enjeux régionaux. Il sera beaucoup question de souveraineté : économique, militaire, numérique. Parmi les intervenants, notre invité Afrique ce matin, Gilles Yabi, fondateur et directeur exécutif du centre de réflexion citoyen Wathi. Il répond aux questions de François Mazet
    RFI : Gilles Yabi, le terme de souveraineté revient dans les titres des différents ateliers de ce forum de Dakar. Est-ce parce que la souveraineté des pays africains est particulièrement menacée à l'heure actuelle ?  
    Gilles Yabi : Je crois que, indépendamment des crises actuelles au niveau mondial, la souveraineté des pays africains a toujours été menacée. Les pays africains furent des colonies, notamment d'empires européens, et cela veut dire une dépossession de leur destinée. Et donc on a encore affaire à des États qui sont jeunes dans leurs frontières. Ce qui veut dire que la demande d'espace de souveraineté, même si généralement elle est formulée comme étant une demande absolue de souveraineté, elle est légitime de ce point de vue-là. Je pense que c'est un cheminement historique tout à fait naturel qui est aussi lié au changement générationnel dans les pays africains. Après, effectivement, il est renforcé par les différentes crises, la guerre en Iran, mais avant cela, la guerre de la Russie contre l'Ukraine. On avait déjà beaucoup parlé de la menace, notamment sur le plan économique. Mais aussi, il ne faut pas oublier la pandémie de la Covid-19, qui avait déjà amené au premier plan la question de la souveraineté en Afrique, et pas seulement en Afrique, puisque la question se posait un peu partout à ce moment-là.  
    Nous sommes dans une époque néo impériale, est-ce que les Africains ont le sentiment d'être particulièrement ciblés par les nouveaux appétits des grandes puissances ?  
    Oui, je crois qu'il y a ce sentiment-là, en tout cas lorsqu'on entend les discours sur le continent, y compris au niveau de ce qu'on peut appeler les élites intellectuelles du continent, il y a souvent ce sentiment. Alors, moi, je ne suis pas totalement convaincu que l'Afrique soit spécifiquement ciblée. Elle est ciblée parce qu'évidemment elle a des ressources naturelles. Elle n'est pas la seule à avoir des ressources naturelles, des ressources critiques. D'ailleurs, pour un certain nombre de pays, en particulier, tout ce qui est essentiel pour la transition énergétique, etc. Et, d'une certaine manière, il faut que les pays africains fassent un peu comme les grandes, les moyennes et les petites puissances qui ont cette capacité à identifier à nouveau leurs intérêts, leurs besoins, pas seulement à court terme, mais aussi à moyen et à long terme, à avoir une véritable stratégie.  
    Il y a une concurrence entre grandes puissances pour l'accès aux ressources africaines. Chacun met en avant ses forces. Mais est-ce qu'on peut dire que les pays africains choisissent une forme de multi alignement ?  
    Je crois que, pour la majorité des pays africains, oui, on est plutôt dans une tentative de multi alignement pour ne pas être dans une opposition frontale à une grande puissance. Les pays africains comprennent bien qu'ils peuvent aussi jouer justement des rivalités entre les grandes et les moyennes puissances. Il faut qu'en Afrique, on regarde aussi la dynamique des rapports de force internationaux et qu'on regarde la montée de l'Inde, des pays comme la Turquie. Sans doute, pour moi, le pays qui a fait le plus d'avancées dans sa présence sur le continent, dans son influence économique, mais aussi d'ailleurs militaire sur le continent au cours des dix ou quinze dernières années. Donc il ne faut pas regarder seulement les très grandes puissances, il faut regarder tout le monde. Tout ça est d'une très grande complexité. Et au fond, je pense que cela amène surtout la question essentielle d'avoir plus d'anticipation, de centres de recherche intégrés à certaines organisations régionales africaines. Ce sont des questions qui sont extrêmement complexes et qui demandent à ce qu'on ait un suivi permanent.  
    Sur les questions de sécurité qui sont au cœur des échanges à ce Forum de Dakar, c'est la 10ᵉ édition. Au fil des années, vous avez pu constater que la situation sous-régionale se dégrade ? 
    Au Sahel, on a quatre pays constamment parmi les dix les plus touchés par le terrorisme dans le monde depuis plusieurs années : vous avez le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Nigéria. Mais on a aussi des pays côtiers comme le Bénin, le Togo qui font leur apparition dans ces classements. Donc on a une extension des zones où nous avons des groupes armés, disons irréguliers, terroristes, mais pas seulement, puisque des milices s'installent aussi. Et cela appelle nécessairement à la poursuite d'une réflexion et d'une action collective. 
    Concrètement, qu'est-ce qui peut être fait aujourd'hui pour essayer de renverser cette tendance et cette situation assez sombre ?  
    D'abord, l'endiguement ou les tentatives d'endiguement, on ne peut pas y échapper. Il faut surveiller beaucoup plus attentivement les zones frontalières. C'est déjà le cas dans les pays côtiers qui sont les plus exposés. Mais il ne faut pas que ce soit seulement à nouveau une présence militaire. Il faut que ce soit aussi une présence de l'État dans ses fonctions économiques et sociales, parce que les groupes armés profitent toujours de tensions, de frustrations existantes pour s'implanter. Évidemment, la coopération entre les pays de la région est essentielle. Et là, évidemment, on a une grande difficulté parce qu’il faut que ce soit des deux côtés, notamment du côté des pays sahéliens. L'autre élément qu'il ne faut pas oublier, c'est que la logique des groupes armés a toujours intégré les frontières, et notamment l'économie de la violence et de l'insécurité, puisque l'économie informelle permet des échanges transfrontaliers et que les moyens de la violence viennent aussi de tous ces réseaux de criminalité qui ont toujours connecté l'Afrique de l'Ouest sahélienne à l'Afrique de l'Ouest côtière. Donc, depuis très longtemps, ce qu'on devait éviter, la fragmentation de la région, finalement. Malheureusement, les pays eux-mêmes et leurs dirigeants ont contribué à cette fragmentation. Et aujourd'hui, on fait face à un défi très important qui est celui de la coopération au moins sécuritaire, dans un contexte où les trois pays sahéliens ont quitté la Cédéao.  
     
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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