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Le grand invité Afrique

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    La visite de Felipe VI à Ceuta «permet de réaffirmer l'unité territoriale au-delà des clivages politiques»

    13/10/2026
    Le Roi d'Espagne Felipe VI débute ce mardi une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla, située au Nord du Maroc, un peu plus de deux mois après la crise migratoire où des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière. Quels sont les enjeux de cette visite historique, la première depuis 2007 ? Qu'en est-il des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid ? Sara Benjelloun, docteure en sciences politiques et expertes des questions migratoires, répond aux questions de Sophiane Amazian.
    RFI : Sarah Benjelloun, le roi d'Espagne Felipe VI entame ce 13 octobre 2026 une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla. Deux mois après la crise migratoire qui a vu près de 70 000 personnes, pour la plupart marocaines, franchir la frontière, pourquoi le roi d'Espagne décide de se déplacer maintenant ?
    Sarah Benjelloun : Nous sommes face à une visite qui a été initialement conçue comme un déplacement institutionnel, mais à laquelle la crise migratoire, le différend autour de la souveraineté sur les territoires de Ceuta et Melilla avec le Maroc et le contexte électoral espagnol, confèrent aujourd'hui une signification beaucoup plus politique. Elle permet de réaffirmer une forme de continuité institutionnelle et d'unité nationale sur la question territoriale, au-delà des clivages politiques.
    Depuis la crise migratoire de fin juillet dernier, le débat sur la souveraineté de Ceuta et Melilla semble s'être réouvert. Est-ce que cette visite royale doit être vue comme une réponse claire ?
    La crise migratoire de juillet a contribué à remettre cette question au premier plan du débat politique. En août, le ministre marocain de la Justice a réaffirmé les droits historiques et géographiques revendiqués par le Maroc sur les deux villes. À ce moment-là, la réaction espagnole a été particulièrement ferme. Dans ce contexte, la visite du couple royal permet à Madrid de répondre à la réaffirmation des revendications marocaines, non pas nécessairement par une nouvelle déclaration automatique, mais par un acte institutionnel particulièrement fort et symbolique : la présence du chef de l'État espagnol dans les deux villes.
    Est-ce que cette revendication de la souveraineté est une priorité dans les relations entre le Maroc et l’Espagne ?
    Il s'agit d'une priorité, effectivement, mais je pense que la réponse du côté du Maroc, comme la réponse espagnole, sera plus mesurée pour préserver l'état des relations bilatérales.
    Il y a de bonnes relations, vous le disiez, aussi depuis quelques années, et la reconnaissance du plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental ?
    Il y a eu un précédent. Le précédent, c'était en mai 2021. C'était une crise migratoire qui avait vu l'arrivée massive de migrants à Ceuta, qui s'était produite dans un contexte de crise diplomatique qui avait été déclenchée par l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario pour des raisons médicales. Cette crise avait précédé le rapprochement de 2022 qui s'est construit autour d'un compromis stratégique : le soutien espagnol au plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental, en contrepartie d'une relance de la coopération marocaine notamment et principalement dans le domaine migratoire.
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    Dans son discours au Parlement, le roi Mohammed VI a évoqué la question migratoire et a pointé les limites du modèle actuel de coopération. Est-ce une manière de mettre la pression sur Madrid, avant cette visite ?
    On peut voir dans ce discours un message diplomatique adressé à Madrid. Le roi Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays a enregistré des avancées importantes, notamment dans la lutte contre l'immigration irrégulière. Il considère néanmoins que le modèle actuel a atteint ses limites, comme le démontre, selon lui, les récentes crises migratoires. Le roi a surtout rappelé que la coopération avec Madrid constitue un choix souverain et volontaire du Maroc, qui ne peut être soumis à des pressions, à des menaces ou à un quelconque chantage.
    Et que souhaite concrètement Rabat ? Deux mois après les événements de Ceuta, on imagine, vous le disiez, plus de considération. S'agit-il de revoir la coopération au niveau migratoire, avec plus de moyens de l'Espagne et de l'Union européenne, par exemple ?
    Dans son discours, le souverain, notamment, pointait les difficultés liées à certaines dispositions juridiques et décisions judiciaires espagnoles, qu'il considère comme déconnectées des réalités du terrain et qui compliquerait le rapatriement des migrants, particulièrement celui des personnes mineures. Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays rencontre des limites et qu'il faudrait la repenser, probablement avec plus de moyens financiers et matériels et une coopération migratoire plus étroite.
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    Madagascar: «On ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027»

    12/10/2026
    À Madagascar, voilà un an que les militaires ont pris le pouvoir à la suite d'une vague de manifestations du mouvement Gen Z. Où en est aujourd'hui la transition politique ? Est-ce que les élections générales auront vraiment lieu d'ici un an, comme promis ? Et jusqu'où le nouveau régime s'est rapproché de la Russie de Vladimir Poutine ? Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), répond aux questions de RFI.
    RFI : Où en est la transition politique, un an après l'arrivée au pouvoir des militaires ?
    Thierry Vircoulon : La transition politique à Madagascar s'est assez largement enlisée puisque le calendrier qui avait été émis par les autorités de transition prévoyait une transition en trois étapes. Une concertation nationale, première étape, un référendum constitutionnel, deuxième étape, et puis les élections générales à la fin. Et on voit qu'en fait, le calendrier a glissé puisque normalement la concertation nationale aurait déjà dû être terminée. Or, elle semble à peine commencée depuis la fin du mois de septembre, et encore, on n'en est pas très sûr, et on voit que le colonel Michael Randrianirina a promis des élections à la fin de 2027 et que, évidemment, ces élections sont conditionnées par l'accomplissement de la concertation nationale et d'un référendum constitutionnel. Et donc on ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027 vu le retard considérable qui a été pris dans ce calendrier. 
    L'un des changements les plus visibles depuis un an, c'est le rapprochement de Madagascar avec la Russie. Est-ce à dire que la Grande île est tombée dans l'orbite de Moscou ?
    Non, ce serait excessif de dire ça. Mais ce qu'on peut dire, c'est que Moscou déploie tout son écosystème d'influence à Madagascar dans la mesure où, depuis le mois de décembre 2025, la Russie a envoyé des instructeurs militaires, elle a déployé du monde dans le secteur sécuritaire, dans le secteur aussi économique et puis dans les secteurs culturels, avec la création d'une maison russe à Antananarivo, avec le développement des partenariats entre des médias russes et des médias malgaches, et puis même l'autorisation de l'implantation de l'Église orthodoxe à Madagascar. Donc, on voit l'écosystème d'influence habituelle de Moscou se mettre en place dans la Grande île. 
    Est-ce que le principal avantage offert par Moscou, ce n'est pas tout simplement le fait que le colonel Michael Randrianirina bénéficie à présent d'une escorte de paramilitaires russes d'Africa Corps, qui assure sa sécurité personnelle ?
    Ça a été en effet le point d'entrée de la Russie, c'est-à-dire la sécurisation du régime. Et on sait que c'est le point d'entrée de la Russie dans la plupart des régimes africains. Ils proposent un partenariat sur la sécurité. Donc le colonel, en effet, est en partie sécurisé par des éléments russes. Mais au-delà, on voit que Moscou ne se contente pas du secteur de la sécurité et que la Russie essaie de se développer aussi dans le champ économique, avec beaucoup de Russes qui prospectent divers secteurs économiques dans la Grande île.
    Et la France, quels sont les atouts qui lui restent dans la Grande Ile ?
    La France essaie de maintenir ses positions depuis que la Russie s'est rapprochée du régime. Elle essaye d'intensifier sa coopération aussi dans le secteur sécuritaire, avec en effet des formations et puis des exercices militaires conjoints entre forces françaises et forces malgaches. Et dans le domaine économique aussi, où un certain nombre de projets prioritaires ont été identifiés. Il y a notamment des échanges entre le secteur privé français et le secteur privé malgache pour soutenir ses positions.
    À la suite d'une visite éclair de la ministre française de la Défense à Antananarivo il y a quelques jours, la France s'engage à livrer plusieurs dizaines de drones de surveillance pour lutter contre la pêche illégale. Est-ce une façon de rester présent sur le terrain sécuritaire ?
    Oui, les drones étant devenus le gadget le plus à la mode de tout arsenal militaire, il y a l'idée de les employer pour la pêche illégale. Ça peut être aussi employé pour surveiller les problèmes de vol de bétail dans le sud du pays. Enfin, il y a plusieurs problèmes de sécurité qui peuvent nécessiter des drones. Le drone, c'est surtout un produit d'appel et ce n'est pas la solution des problèmes sécuritaires.
    Alors, dans un an, officiellement, les élections doivent clôturer la transition. Or, en avril dernier, lors d'une rencontre à Moscou, la présidente de la Commission électorale de la Russie a offert ses services au président de la Commission électorale de Madagascar. Que faut-il en penser ?
    Le problème pour le moment, c'est, je le disais tout à l'heure, le caractère irréaliste du calendrier. Entre toutes les opérations de préparation électorale qu'il faut faire et des élections à la fin 2027, on voit bien que ça ne colle pas. Ça risque d'ailleurs de donner lieu à un moment à une tension politique avec les organisations de la société civile et aussi des partis politiques. Parce que la question de la vérification du fichier électoral, la question d'une nouvelle loi électorale, la question de la réforme de la Commission électorale, tout ça, pour le moment, n'a pas été abordé. Et ça, c'est les sujets durs du processus électoral. Et donc la visite du président de la Commission électorale malgache en Russie a suscité un peu d'émoi dans la société civile. Mais le principal problème, c'est quand même le caractère irréaliste du calendrier électoral jusqu'en 2027.
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    Agnès Callamard: avec Navi Pillay, «le comité Nobel n'aurait pas pu choisir quelqu'un de plus important»

    10/10/2026
    Le prix Nobel de la paix a été attribué hier, vendredi 9 octobre, à la Sud-Africaine Navanethem « Navi » Pillay, juge passée par les plus grandes institutions internationales, dont le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Dans un contexte de fortes tensions autour de la justice internationale qui est de plus en plus contestée, que vient récompenser ce Nobel et quel signal envoie-t-il ? Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, était avec Navi Pillay à Nuremberg, en Allemagne, au moment de l’annonce. Elle répond aux questions de Clothilde Hazard.
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    Rupture entre Sonko et Diomaye Faye au Sénégal: «Le pouvoir présidentiel ne se partage pas»

    09/10/2026
    Au Sénégal, un bras de fer oppose toujours le président Bassirou Diomaye Faye et l'ex-Premier ministre Ousmane Sonko. Arrivés au pouvoir ensemble en avril 2024, ils ont rompu le 22 mai dernier. Est-ce seulement le choc des ambitions ou y aura-t-il un gagnant à la fin ? Maurice Soudieck Dione, professeur de science politique à l’université Gaston Berger de Saint-Louis du Sénégal, répond aux questions de RFI. 
    RFI : Au mois de mai dernier, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se sont accusés mutuellement d'être responsables de la rupture. Quel est le plus responsable des deux aux yeux de l'opinion sénégalaise ?
    Maurice Soudieck Dione : Je crois que les avis peuvent être partagés. Pour certains, c'est Ousmane Sonko qui est victime de trahison parce qu’il a participé à l'élection du président Bassirou Diomaye Faye. Il a soutenu sa candidature et appelé à voter pour lui. Alors que pour d'autres, le pouvoir présidentiel ne se partage pas, ce n'est pas un canapé, c'est un fauteuil, et que notre charte fondamentale donne l'essentiel des pouvoirs au président de la République. Donc celui-là ne peut pas avoir de chef. Autre chose également, c'est que face à la réalité de la crise économique et face à la réalité politique de l'impossible bicéphalisme, le président a été obligé de prendre cette décision, c'est-à-dire acter la rupture. 
    Alors au début de cette année, les deux hommes s'opposaient notamment sur la façon de résorber la dette colossale du Sénégal. Car Ousmane Sonko ne voulait pas entendre parler d'un accord de financement avec le FMI. Maintenant que Bassirou Diomaye Faye a signé un tel accord, est-ce que les Sénégalais ne vont pas subir un gel des dépenses sociales, ce qui va coûter des voix au président ?
    C'est vrai que cela pourrait profiter à Ousmane Sonko, dans la mesure où certains estiment que, lorsqu'il était aux affaires, le coût des denrées avait été maîtrisé et le coût du carburant et de l'électricité également. Mais cela ne résiste pas à une analyse plus profonde, parce qu'en réalité, c'est la dégradation de la situation économique qui exige que l'on puisse aboutir à ces mesures-là.
    Depuis quelques semaines, les coupures d'électricité se multiplient à Dakar. Alors à qui les Sénégalais vont-ils reprocher la mauvaise gestion de la société Senelec ? Plutôt à Bassirou Diomaye Faye ou plutôt à Ousmane Sonko ?
    Je pense que c'est une situation qui résulte de responsabilités partagées, parce que le Premier ministre Ousmane Sonko a eu à gérer la Primature pendant deux ans. Donc il ne peut pas être totalement absous par rapport au bilan pendant de ces deux ans là. Et on est dans la continuité un peu de ce qui a été fait jusque-là.
    Alors, depuis la rupture entre les deux hommes, les partisans de Bassirou Diomaye Faye ont créé un nouveau parti, Kiiraay. Mais le Pastef d’Ousmane Sonko s'efforce de garder intacte sa force militante. De quel côté est la plus forte dynamique à l'heure actuelle ?
    Il est difficile d'apporter une réponse précise parce qu'en réalité, les partisans d'Ousmane Sonko sont en train de se remobiliser à travers la vente des cartes du Pastef, mais également le président Bassirou Diomaye Faye, à travers Kiiraay, est en train de ratisser large pour capter beaucoup de forces politiques et sociales, et son parti semble de plus en plus attractif. Mais quoi qu'il en soit, ce sont les élections qui vont permettre de saisir ce que pèse chacun d'entre eux.
    Et est-ce que le nouveau parti Kiiraay arrive à débaucher des militants au sein du Pastef ou pas ?
    Kiiraay a eu à prendre beaucoup de responsables et de militants du Pastef. Mais il reste aussi que Pastef a beaucoup résisté face à cette vague de départs. Mais surtout, le Kiiraay est en train de s'ouvrir à d'autres forces politiques, notamment les maires et les présidents de conseil départemental, qui jusque-là étaient de la coalition de l’ancien président Macky Sall, c'est-à-dire la coalition Benno Bokk Yakaar. 
    Et bien sûr, tout le monde pense déjà à la présidentielle de 2029. Le 19 septembre dernier, lors de la pose d'une première pierre en Casamance, Ousmane Sonko s'est retrouvé aux côtés de la star Sadio Mané et lui a lancé, sur le ton de l'humour « Le football, c'est toi, mais la politique, c'est moi ». Est-ce à dire que Ousmane Sonko annonce déjà sa candidature pour 2029 ?
    Oui, c'est très clair. D'ailleurs, ses partisans estiment qu'il est déjà candidat. Il est positionné pour cette échéance électorale. Et cela montre aussi que ses divergences avec le président de la République sont basées sur cette contradiction de leurs ambitions politiques.
    Car Bassirou Diomaye Faye, d'après l'opinion sénégalaise, sera aussi candidat en 2029 ?
    Tout porte à le croire, parce que ses partisans estiment que ce qu'il a entamé avec le premier mandat, il doit le poursuivre avec un second mandat.
    Et pour conclure, qu'est-ce qui oppose véritablement les deux anciens camarades du Pastef, sinon leurs ambitions personnelles respectives ?
    Il faut aussi dire qu'il y a des conceptions différentes de la souveraineté et nous avons avec le président Diomaye Faye une souveraineté qui s'adapte aux réalités, alors que, avec l'ex Premier ministre Ousmane Sonko, il faut que l'idéologie puisse transformer la réalité avec cette perspective absolutiste de la souveraineté. Et aujourd'hui, le président Diomaye Faye semble s'inscrire dans une perspective de relativiser cette forme de souveraineté pour construire des partenariats gagnant-gagnant sans discrimination.
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    Finale de la CAN 2025: «Si vous avez accepté de jouer, vous devrez accepter le résultat qui en découle»

    08/10/2026
    Maroc ou Sénégal, qui va être déclaré vainqueur de la dernière Coupe d'Afrique des nations de football qui s'est jouée en janvier dernier ? C'est tout l'enjeu de la réunion à huis clos du Tribunal arbitral du sport (TAS), ce jeudi 8 octobre à Lausanne, en Suisse. Aucune décision ne sera rendue dès aujourd'hui, mais les deux pays vont plaider devant le tribunal. Joseph-Antoine Bell a été un grand international camerounais. Il est aujourd'hui consultant pour RFI et expert auprès de la Confédération africaine de football (CAF).
    RFI: Joseph-Antoine Bell, au vu de la passion qui entoure cette affaire, est-ce que le tribunal arbitral du sport est en mesure de rendre une décision impartiale ?
    Joseph-Antoine Bell: Elle devrait l’être. En théorie, le Tribunal arbitral du sport a été créé pour éviter que les affaires du sport n’aillent dans les tribunaux ordinaires. Et donc, le tribunal est censé rendre la justice eu égard aux textes que chacun devrait connaître, même si on ne les connaît pas toujours.
    Le 18 janvier, le Sénégal a battu le Maroc (1-0 a.p) en finale de la CAN 2027. Deux mois plus tard, le 17 mars, le jury d’appel de la CAF, la Confédération africaine de football, a inversé le résultat et a donc déclaré que le Maroc avait battu le Sénégal par forfait (3-0). Comment expliquez-vous ce coup de théâtre ?
    Ce qui s’est passé, c’est que le Maroc a porté plainte, a porté l’affaire devant les instances que tous les gens du foot, joueurs ou encadreurs et administrateurs, connaissent. Tout le monde sait qu’on a la possibilité d’écrire pour réclamer quelque chose quand on croit qu’on a été victime d’une injustice eu égard au règlement.
    Donc cette affaire est particulière parce qu’il s’agit de la finale, mais des résultats de foot qui ont été inversés dans un bureau, ça existe, et ça existe dans les fédérations elles-mêmes, dont aucune ne pourrait dire que ce qui arrive n’arrive pas dans son propre championnat.
    Le principal argument des Marocains, c’est de dire que comme la plupart des joueurs sénégalais ont quitté le terrain pendant une douzaine de minutes, cela vaut abandon et leur équipe doit donc être considérée comme perdante et éliminée de la compétition. Qu’en pensez-vous ?
    À mon avis, on a un problème de morale en général : l’esprit chevaleresque du sport et du foot, puis on a la légalité. Maintenant, au vu de la réglementation, oui, les dirigeants marocains ont forcément raison d’aller de porter une réserve.
    Mais au regard de l’esprit du jeu, si vous avez accepté de jouer, vous devriez accepter le résultat qui en découle.
    Le principal argument des Sénégalais, c’est de dire que, l’arbitre congolais du match n’a jamais constaté un abandon ni un arrêt définitif du match et qu’au contraire il a autorisé la reprise du jeu, ce que les Marocains ont accepté. Est-ce que cet argument vous paraît valable ou pas ?
    Christophe, je suis embêté parce qu’on ne porte réserve que sur des erreurs commises par l’arbitre. Et donc, si vous entérinez ce que l’arbitre a fait, ça veut dire que vous ne porterez jamais de réserves.
    C’est précisément parce que l’arbitre est autorisé à se tromper, mais à être corrigé par les instances, que les Marocains ont raison d’aller écrire par la suite. Sur le coup, l’arbitre a commis une faute, mais il faudrait expliquer à tout le monde que, dans l’esprit, il n’était possible à aucun homme – je dis bien à aucun homme – d’arrêter le match à ce moment-là, parce que tous ceux qui sont dans le stade veulent voir le dénouement du match et tous ceux qui sont chez eux devant la télé veulent voir la fin du match.
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    Donc il n’est pas possible qu’humainement l’arbitre prenne sur lui pour dire que, comme vous êtes sortis et que je vous ai attendus, on arrête et puis vous avez perdu le match. Dire ça au public aurait causé encore plus de dégâts qu’il y en a eu ce jour-là. On a un exemple, c’est le Heysel (NDLR : drame survenu le 29 mai 1985 au stade du Heysel de Bruxelles (Belgique), où une bagarre généralisée et un mouvement de foule avaient entrainé la mort de 39 personnes) il y a très longtemps.
    Donc l’arbitre a autorisé le match à reprendre. Aujourd’hui, il n’est pas possible de nier que le Sénégal est sorti du terrain, et on peut reprocher aux dirigeants marocains, aux administratifs marocains, de vouloir gagner un trophée sur tapis vert.
    Le 19 janvier, au lendemain de la finale, le président de la Fifa a dit par communiqué qu’il condamnait fermement le comportement de quelques joueurs sénégalais et des membres de leur staff technique, et qu’il invitait les instances disciplinaires de la CAF à prendre les mesures appropriées. Est-ce que, par ce communiqué, Gianni Infantino n’est pas sorti de sa neutralité et n’a pas fait pression sur la CAF pour qu’elle inverse le résultat du match ?
    Je ne suis pas sûr qu’il pensait forcément au résultat du match. Et puis évidemment, je connais la rengaine : on est Africain, puis après on est subsaharien, puis après on est noir.
    Non, ce qui s’est passé ce jour-là n’était pas à la hauteur, non pas par la faute de l’arbitre, mais par la faute d’un entraîneur (NDLR : Pape Thiaw) qui a été impulsif. Pour ceux qui ont écouté RFI, je le disais en direct, ce n’était absolument pas l’attitude à avoir. On ne peut pas, quand on est encadreur, ne pas savoir que sortir du terrain vous fait perdre le match et qu’il ne faut pas le faire.
    Et ce jour-là, après le match, je suis content de savoir que l’entraîneur sénégalais, une fois la finale terminée, la première des choses qu’il a faite en conférence de presse, c’est de présenter ses excuses.
    Joseph-Antoine Bell, merci.
    Merci.
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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