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  • Sophie Théodose, l'enlumineuse contemporaine aux matériaux ancestraux

    21/02/2026
    À la croisée de la tradition et de l’innovation, Sophie Théodose, enlumineuse contemporaine, revisite des techniques médiévales pour créer des œuvres modernes, durables et porteuses de sens. Sophie Théodose sort l’enluminure des livres. Tableaux, sculptures, panneaux décoratifs, vases et luminaires, chaque objet se prête à cet art, donnant vie à une enluminure nomade et en volumes.
    Nous l’avons rencontrée dans son atelier avant la présentation de ses œuvres au Petit Palais lors d’une exposition internationale d'envergure, The Art of Making, du 24 février au 1er mars, à Paris.
    Je ne sais pas à quoi peut correspondre une vie si on ne crée pas.
    Sophie Théodose, artiste et enlumineuse contemporaine
    « La création passe par tellement de vecteurs. Vous n'êtes pas obligé de dessiner pour créer un chef-d'œuvre, vous pouvez juste redonner une nouvelle ambiance à votre vitrine ou à ces choses-là.  C'est rare que j'aie la tête vide au point de ne rien pouvoir faire de toute une journée. »
    Née en Normandie, dans une famille d’agriculteurs, Sophie Théodose a grandi entourée par la nature, avec des valeurs de simplicité et le respect du travail bien fait. « Quand on travaille la terre et qu'on vit avec des animaux, on apprend à aller à l'essentiel et à ne pas gâcher. Et finalement, cela a toujours bercé mon travail. Donc, quand je suis venue à l'enluminure après d'autres études, j'ai découvert que l'on pouvait déjà travailler sur du parchemin, qui était une peau, donc une revalorisation d'un déchet, puisque sinon, cette peau animale aurait été jetée.
    Au Moyen Âge, il fallait absolument travailler avec ce qu'on avait sous la main. Qu'est-ce qu'on avait sous la main ? Des animaux, une basse-cour, des champs, et on allait à deux ou trois kilomètres à la ronde pour récupérer de la terre pour certains pigments, des végétaux pour d'autres pigments.
    Comme on ne connaissait pas le papier au Moyen Âge, en tout cas en Europe occidentale, c'est-à-dire en gros par chez nous, et qu'on avait beaucoup de mortalité animale, on récupérait la peau. L'animal n'était pas mangé s'il était mort de sa belle mort, ou mort d'une maladie quelconque, mais au moins, on récupérait tout ce qui pouvait l’être, y compris la peau, pour écrire et dessiner dessus. C'est mon métier. »
    Après son baccalauréat, Sophie Théodose intègre une école de mode et exerce plus de 15 ans dans le monde de la haute couture. Mais passionnée par l’histoire de l’art roman, elle découvre l’enluminure. En 2005, elle se lance, dans l’apprentissage de cette technique médiévale. « Je ne dis pas que j'avais fait le tour de la mode parce qu'on n'a jamais fini, mais c'était un moment pour moi où il fallait que je change. J'ai rencontré un autre professeur qui s'appelle Benoît Cazelles, spécialisé en enluminure. J'ai commencé à apprendre l'enluminure de manière assez intense. J'ai passé mon temps à regarder encore et encore, à analyser ce que j'avais, à observer et à copier l'enluminure que je venais d'étudier. Ce mécanisme du regard et de la pensée constitue une sorte de recette qui fait que, par la suite, vos mains savent où aller. Votre main, elle va tenir le crayon, mais elle va aussi dessiner en fonction de ce que vous avez dans la tête. Tout cela constitue une démarche très importante quand on pratique, je pense, n'importe quel métier manuel. Mais l'enluminure, c'était ça. »
    « Avant la Renaissance, il y avait le Moyen Âge, et les seules personnes qui peignaient, dessinaient et qui relataient une histoire, c'étaient les enlumineurs et éventuellement les calligraphes, qui peignaient sur une peau animale avec des pigments. En général, ils racontaient, expliquaient un texte, l'enluminaient, le mettaient en lumière. J'ai appris cette technique, mais je n'ai conservé que la technique, en enlevant délibérément le côté historique et médiéval pour donner un aspect beaucoup plus contemporain. Que vous soyez passionné d'histoire ou totalement néophyte, ou même que vous veniez d'un autre pays et que vous n'y connaissiez rien, ce n'est pas grave. Si vous ressentez une émotion en voyant ce que je fais et que cela vous plaît, alors j'ai gagné ! »
    L’expérimentation du volume : du plat au tridimensionnel
    Sophie Théodose maîtrise donc les connaissances ancestrales mais petit à petit, lassée de travailler sur du plat, elle y ajoute son imagination. 20 ans après, Sophie Théodose expérimente, encore, et repousse les limites de son art. « J'ai été tellement imprégnée par les encres, les plumes, la façon dont on prend le parchemin, comment on pose l'or. Je ne me posais plus vraiment de questions techniques. Je n'avais plus qu'à penser à ce que j'avais envie de transmettre ou, en tout cas, de raconter. Il y a un moment où j'ai été très frustrée, parce que le parchemin est un matériau qui, si on le considère comme une feuille de papier, est plat. Et moi, j'en avais ras-le-bol de travailler sur du plat, alors j'ai mis le parchemin de côté et je me suis mise à travailler un autre matériau qui s'appelle le papier mâché.
    J'ai donc travaillé le volume. Ah ! Quel bonheur ! Vous ne pouvez pas vous imaginer. Je faisais du rond, je faisais du plein, je créais du volume, je faisais du 3D, c'était génial ! J'étais très envieuse des céramistes qui réalisent des formes merveilleuses. Je regardais leur travail et tout à coup, je me suis dit qu'avec le parchemin, je pouvais peut-être m'approcher de la céramique.
    Aussi curieux que cela puisse paraître, parce qu'il y avait déjà cette couleur un peu blanchâtre, assez pure, à partir du moment où j'ai commencé à faire des tests : tremper dans l'eau, former, coller, etc., c'est venu tout doucement, j'ai découvert que je pouvais aussi travailler le volume avec le parchemin. »
    Sortir l’enluminure des livres
    En travaillant sur divers supports en plus du parchemin, comme le papier mâché ou le bronze, Sophie Théodose a su sortir l’enluminure des livres, en créant des objets en volume comme des luminaires. « Quand c'est venu, je travaillais sur un thème qui m'est très cher : le thème de l'eau, de la mer. L'idée de base, c'était de travailler les rouleaux, les rouleaux de la mer, et avant que le parchemin ne soit relié en codex, au Moyen Âge, on le mettait en rouleau. Je suis reparti sur l'idée d'enrouler mon parchemin et de le présenter en rouleau collé, puis de travailler les entrelacs et les mouvements de la mer sur ces rouleaux.
    Et puis, plus ça va, plus j'explore : je coupe, je troue, je dore à chaud. J'adore ce concept de rouleau qui devient un abat-jour. Il n'y a pas de carcasse. C'est juste un parchemin enroulé. Mais c'est très intéressant de travailler la lumière : le point chaud qui va éclairer la matière et révéler le grain de la peau.
    Ma lumière, c’est celle de ma peinture ou de mon or. Normalement, en peinture moderne, le blanc n'existe pas alors qu’au Moyen Âge, ça existait. Et s'il n'y en avait pas, c'était que ce n'était pas fini. Moi, j'adore cette idée de mettre du blanc justement pour accrocher la lumière et mettre l'accent sur un point.
    Quand je fais des luminaires, il faut que je fasse très attention à mon point d'allumage de l'ampoule, à ma lumière sur le parchemin, et que cela reste beau, éteint ou allumé. »
    Sophie Théodose aime sortir des sentiers battus en créant des objets décoratifs mêlant volume, lumière et textures. Lors du dernier Salon du patrimoine culturel, à Paris, elle a présenté un paravent sans pareil. « C'est un paravent, évidemment, en parchemin, mais j'ai également travaillé avec la maison Rennotte, qui est une maison d’artisan bronzier d’art. Nous avons créé ensemble. Les motifs floraux sont autant en parchemin qu'en bronze. Vous vous attendez à ce que la maison Rennotte ne fasse que des choses droites ? Ce n'est pas vrai. Et vous pensez que, moi, connaissant mon parchemin, il serait dans tous les sens ? Eh bien non. Exceptionnellement, cette fois-ci, mon parchemin a des rayures bien droites. Cela a été une expérience très intéressante. Ce sont les rencontres de la vie. J'ai de la chance. »
    Un processus créatif basé sur l’écoute et l’émotion
    Le processus créatif de cette enlumineuse contemporaine repose sur une écoute attentive. Elle imagine, teste, ajuste avec patience et passion. Mais tout commence par prêter attention aux demandes. « J'écoute la personne jusqu'à ce que j’aie une image dans la tête, très sûre de mon coup, il faut qu'il y ait une sorte d'étincelle qui crée une idée et puis, c'est parti. Après, il faut que j'aille vite. J'ai horreur de commencer un projet et d'être obligée de l'arrêter parce que je ne sais pas quoi et puis de le reprendre parce qu'on a un élan. Quand on a commencé un projet, si on l'arrête, c'est un peu comme un gâteau, vous ne pouvez pas le cuire en deux fois, enfin c'est très rare ! Bon là, c'est un peu cela. Vous avez cette énergie qui est là, une certaine énergie pour une certaine ambiance, pour une certaine personne. Peut-être que ceux qui jouent au théâtre ou au cinéma ont ce genre de sensation. Ils ne vont pas rester le personnage qu’ils jouent toute leur vie, mais pendant ce moment-là, ils sont ce personnage. Je suis dans cette énergie à fond. »
    En 2013, Sophie Théodose a ouvert son atelier, à Saint-Germain-en-Laye, en région parisienne. Elle y reçoit des étudiants ou de jeunes artistes, partage ses savoir-faire, ses astuces. « Avec la Fondation Michelangelo, nous avons effectivement la possibilité de travailler avec quelqu’un afin de transmettre son savoir-faire. Cela me tient beaucoup à cœur. Je n’ai pas encore trouvé la personne idéale. C’est une démarche très personnelle. Jusqu’où peut-on aller dans la transmission ? Parce que la transmission technique, oui, c’est automatique, c’est essentiel. Certains ne restent que trois semaines, d’autres, comme Lisa, sont restés un an. C’était toujours enrichissant de travailler avec eux. Les étudiants en architecture, au départ, viennent découvrir les métiers d’art. Ils s’imaginent qu’en quinze jours, ils appuieront sur un bouton et découvriront tout. Finalement, à leur sortie, la seule chose qu’ils ont apprise, c’est qu’on ne sait pas grand-chose, mais ils ont quand même découvert un matériau. Quant à moi, j’ai énormément appris d’eux, car ils possèdent beaucoup de connaissances que je n’ai pas. Il y a donc eu un véritable échange. »
    « ​​​​​​​J’aime beaucoup travailler avec des étudiants de tous horizons. Ce que j’aimerais transmettre, c’est l’envie de continuer dans ma voie, tout en permettant à la personne formée de suivre la sienne, en s’appuyant sur ce qu’elle a appris à l’atelier, et de poursuivre son chemin. Je souhaite que ceux qui viennent travailler avec moi aient envie de continuer à explorer ce matériau et de lui donner de nombreuses possibilités. »
    La livraison : un moment d’émotion et de transmission
    Pour Sophie Théodose, la livraison de ses pièces est un moment à part, émouvant. Qu’il s’agisse d’un luminaire évoquant la mer, d’un paravent en parchemin et bronze ou d’une pièce unique, elle souhaite que ses œuvres ne soient pas seulement belles, mais qu’elles racontent leur histoire et transmettent des émotions. «​​​​​​​ ​​​​​​​Il y a un moment qui me plaît le plus : c’est quand je livre la pièce. Non pas que je sois débarrassée, mais parce qu’elle continue son chemin. Moi, je suis allée jusque là où je devais aller, et après, elle continue son trajet. En fait, cette transmission-là, elle me plaît énormément. Je ne fais pas des pièces pour les garder avec moi, je ne fais pas des pièces mécaniquement, sans âme, à la chaîne. Je ne suis pas une photocopieuse. Mais quand je fais une livraison, oh là là ! »
     
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  • Hamza Titraoui, le dialogue entre l’âme et la main, dans la mode

    14/02/2026
    Hamza Titraoui réinvente la mode en y mêlant art, culture japonaise et engagement écologique. Autodidacte passionné, il transforme les chutes de tissus en pièces uniques, sobres et raffinées. À travers sa maison Titraoui, il défend une mode éthique, inclusive, et très personnelle où chaque vêtement est inimitable. Avec sa maison, Hamza Titraoui ambitionne de faire évoluer la mode vers plus d’éthique, tout en conservant une esthétique raffinée et intemporelle.
    La création, c’est une démarche quotidienne. C’est ma façon d’être.
    Hamza Titraoui, fondateur de la Maison Titraoui
    « Je pense qu’il faut être touché par la grâce de la couture, car c’est une discipline extrêmement exigeante et complexe. Ce n’est pas seulement une question de moyens, c’est aussi une démarche qui implique de mettre son âme dans chaque vêtement. On travaille avec ses sens et chaque journée d’observation ou d’expérimentation nous enrichit. »
    Né à Gennevilliers, en région parisienne, Hamza Titraoui baigne dès son plus jeune âge dans l’univers des tissus avec un grand-père tapissier et une mère couturière. À cinq ans, il rêve déjà de transformer un simple morceau de tissu. « C’était une façon de vivre. Déjà à l’époque, j’étais fasciné par ma mère : avec un morceau de tissu ou un coupon, elle pouvait créer une robe magnifique. Elle passait plus de temps à la finition qu’à l’imaginer. C’était tous les détails qui m’attiraient. J’ai toujours voulu transmettre ces valeurs, celles que j’ai apprises au fil des rencontres et des expériences. J’ai travaillé dans la couture en tant que préparateur de commandes et d’autres métiers mais toujours avec du tissu en main. »
    Cet amoureux des étoffes fonde sa marque en 2022 : Maison Titraoui. Il récupère les chutes de tissus, des coupons ou stocks dormants, pour en faire des pièces uniques. Engagé, il refuse la mode jetable. « La récupération est au cœur de mon travail. Je récupère des chutes de tissus, parfois très petites, que je transforme en pièces de luxe. Je peux travailler avec 50 cm ou avec plusieurs mètres, selon la pièce envisagée. Par exemple, des coupons venus du Japon ou inspirés de Gustav Klimt. J’ai toujours voulu créer un défilé en hommage à des œuvres d’art, comme celles de Picasso ou Klimt. La matière, sa texture, ses motifs, m’inspirent beaucoup. Je garde souvent les chutes pour des détails ou des rappels dans d’autres créations, en mélangeant différentes textures, tout en travaillant avec amour, pour que chaque pièce soit cohérente. »
    Chaque création d’Hamza Titraoui est pensée : précision des lignes et simplicité des formes. Sur-mesure ou vêtement unique, c’est une étape dans l’apprentissage selon Hamza Titraoui. « C’est une alchimie entre rigueur et imagination. Je cherche toujours à aller plus loin, à perfectionner chaque détail. Je me projette dans la conception, en imaginant la proportion idéale, l’équilibre entre l’encolure, l’emmanchure, la silhouette. Je me fie à mon toucher, à mes repères, pour ajuster chaque étape. Les erreurs font partie du processus : elles m’incitent à revenir demain matin, même à 5 ou 6 heures, car la réflexion ne s’arrête jamais. Ces erreurs m’aident à progresser et à devenir plus précis. »
    La minutie, la recherche de l’excellence, l’attention aux détails, c’est ce qui définit Hamza Titraoui. Il n’aime pas les compromis. Pour lui, chaque couture, chaque pli est porté par une intention. Mais il y a des pièces qu’il préfère concevoir. « J’aime beaucoup réaliser des vestes, car elles peuvent s’adapter à toutes les occasions. On peut les porter chic ou décontracté, pour sortir ou pour une journée sous la pluie. La veste, c’est une pièce forte, sobre, souvent inspirée du style japonais : col châle, ajusté, discret, laissant la place à ce qui se porte en dessous, comme un top ou une chemise. On peut la marier avec un tailleur ou une jupe crayon, pour créer un style parisien moderne. »
    Une mode éthique, mais jamais austère, qui réduit l’impact environnemental sans sacrifier l’esthétique. Hamza Titraoui sublime les matières oubliées et aime travailler aussi en équipe. « J'ai toujours voulu fonder une maison, avoir des personnes qui travaillent avec du cœur. Pour moi, c'est très important des personnes qui travaillent avec le cœur, qui aiment faire ce qu'ils font. Je voulais une mode responsable, sans pour autant sacrifier l’esthétique. J’aime sublimer des matières oubliées et travailler en équipe avec des artisans passionnés. Par exemple, j’ai collaboré avec une créatrice de boutons en porcelaine ou en verre, ou encore avec des artisans qui façonnent des accessoires en pierres précieuses, comme le jade. L’idée est de valoriser ces détails, qui apportent une touche unique à chaque pièce. »
    Originaire d’Algérie, amoureux du Japon, la mode est pour Hamza Titraoui un langage. A travers ses créations, il fait parvenir des messages. « Le premier message que j'aimerais faire passer : aller jusqu'au bout de ses idées. Lors d’un défilé, j’aime observer les réactions du public, écouter les échanges, même quand ils sont critiques. C’est enrichissant. Mon message principal : il faut croire en soi, se valoriser. Une création n’est pas qu’un vêtement, c’est une expression de soi, qui ne se limite pas à son prix. »
    Ce jeune créateur de mode expérimente, joue avec les textures, les volumes, les techniques. Dans son processus créatif, il repousse les limites. « ​​​​​​​Je ne pourrais pas faire deux fois la même chose, parce que je trouve que c'est triste de produire en série ou de faire toujours la même chose, toujours le même geste. La mode en série m’ennuie ; je préfère expérimenter, jouer avec les textures, les volumes, les techniques. Après une veste, je peux imaginer une jupe, un pantalon, un boléro, ou encore mixer différentes matières et formes. Mon processus créatif est une évolution constante, une idée qui germe dans mon esprit, puis qui doit prendre vie dans la réalité. »
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    À lire aussiCécile Degos, la scénographe qui façonne l'espace pour révéler l’art
  • Cécile Degos, la scénographe qui façonne l'espace pour révéler l’art

    07/02/2026
    Cécile Degos est scénographe, c'est-à-dire une professionnelle spécialisée dans la conception et la mise en scène d'espaces pour des événements ou des expositions. Ce métier, encore assez méconnu, joue pourtant un rôle essentiel. Cécile Degos a notamment imaginé la scénographie de l'exposition George Condo au Musée d'art moderne de Paris, qui se tient jusqu'au 15 février. Elle conçoit des espaces qui invitent à la découverte en guidant le regard sans contraintes.
    « Toute la journée, je regarde des images, que ce soit dans les livres, la rue. Je prends des photos assez souvent et même dans un magazine, je peux prendre un détail et me dire : ''Tiens, cela servira pour un morceau de mur''. C'est comme ça. Je prends en photo des détails et mon cerveau devient une banque d'images à proprement parler. C'est complètement inconscient », explique Cécile Degos. La scénographe insiste :
    « Il faut avoir fait une école d'art ou une école d'architecture, c'est donc de la géométrie dans l'espace, les couleurs, la lumière. Il y a aussi du graphisme qui interfère pour pouvoir donner les informations. C'est de l'esthétique. Il faut être très motivé, avoir un œil et être intéressé par l'esthétique. »
    Née à Paris, Cécile Degos aurait pu suivre une voie en économie. Mais sa passion pour le dessin, la sculpture et la photographie l'a conduite à passer le concours des Arts décoratifs en même temps que son baccalauréat. En 1997, elle intègre l'école et la spécialisation en scénographie pour théâtre et opéra : « La scénographie était la seule matière qui me permettait de garder l'ensemble des cours, c'est-à-dire peinture, sculpture, dessin, photo, sérigraphie, tout ce qui est offert aux arts déco. Mais je ne connaissais absolument pas la scénographie avant, et donc, ça a été un pur hasard. Je suis rentrée en section scénographie et j'ai commencé par le décor de théâtre et d'opéra, puisque les cours de scénographie d'exposition n'existaient pas à ce moment-là. Il y avait scénographie pour le cinéma ou scénographie pour le théâtre et l'opéra. »
    Après avoir acquis une expertise unique dans la conception d'espaces, Cécile Degos, comme tous les scénographes, doit répondre à des appels d'offres pour être retenue sur un projet. « On nous donne une liste d'œuvres, un espace et un budget. En tant que scénographe, on doit proposer une esquisse, ça veut dire proposer un parcours, des volumes pour ensuite créer une exposition. On passe tout de suite au dessin. Il y a dix ans, je faisais vraiment des maquettes physiques parce que j'adorais ce côté manuel. Aujourd'hui, c'est beaucoup plus rapide parce que les clients veulent des rendus très rapidement, donc on passe par la 3D. J'adore les maquettes, mais je suis obligée maintenant de passer par la 3D. Tout de suite, il faut visualiser une exposition dans un espace qu'on vous donne. Souvent, quand je regarde la liste d'œuvres et l'espace, il y a des idées comme ça qui viennent et il faut les dessiner et trouver les meilleures solutions pour le parcours », détaille-t-elle.
    Cécile Degos cherche la surprise et l'émotion. Elle souhaite que chaque visiteur redécouvre une œuvre sous un nouveau jour. Pour cela, elle joue avec l'espace, la lumière, la couleur et la mise en scène, créant ainsi une scénographie discrète qui accompagne sans imposer : « Mon métier, c'est de provoquer des émotions aux visiteurs, mais c'est un métier qui ne se voit pas. On est vraiment en invisible. Par contre, si une scénographie n'est pas bien dessinée, que c'est anguleux et que vous ne vous sentez pas bien, ça peut détruire un propos scientifique. Il y a donc une certaine importance à ce que la scénographie soit réussie, pour qu'un grand nombre de visiteurs apprécient le discours qu'on a envie de donner. Les petits espaces, par exemple, les stands de foires, c'est ce qu'il y a de plus difficile. C'est très compliqué quand il y a 30m2 et avec un certain nombre d'artistes qui font partie d'une même galerie, mais qui ne sont pas forcément là pour aller ensemble. Dans un musée, je peux dire aux commissaires ou aux directeurs "Attention, là, il y a beaucoup trop d'œuvres, les gens ne vont rien voir. Moi, j'en enlèverai trois ou quatre", et ils choisissent. Ça, c'est quand il y a un dialogue très fluide. Sinon, quand il y a trop d'espace, on peut trouver des astuces pour le combler. Mais tous les espaces sont différents. Cela peut être une exposition à étage. Il faut aussi inciter le visiteur à monter les étages. Le visiteur devient un acteur de notre projet. Il faut qu'il y participe. »
    Depuis plus de vingt ans, Cécile Degos joue avec la scénographie. Elle organise, équilibre, harmonise l'espace pour donner vie à ses idées. Elle maîtrise donc le dessin, la modélisation 3D, la réalisation de maquettes, la gestion de la lumière, la sécurité, l'ergonomie mais aussi le choix des matériaux et des couleurs : « Aussi bien le moment où je dessine l'exposition sur un papier et après sur mon logiciel. Je commence par le dessin, les volumes, les proportions, le rythme, les perspectives que je peux créer entre les différentes salles pour apporter des renvois d'œuvres. Ensuite, la couleur vient, à moins qu'il y ait une idée qui parte de la couleur, ça peut arriver ; mais on va dire que la majorité des fois, c'est par le dessin et les proportions. Puis, il y a un moment qui est absolument magique : c'est quand les caisses arrivent, que je vois pour la première fois les œuvres, puisque jusqu'à maintenant, j'avais une liste. Accrocher les œuvres avec un artiste vivant ou avec des commissaires, c'est toujours passionnant, parce que j'ai les anecdotes aussi qui arrivent. Parce qu'eux, ça fait soit deux ou quatre ans, quelquefois six ans, qu'ils travaillent sur l'exposition. Ils transmettent aussi des informations qu'on n'aurait jamais eu. D'un point de vue scénographique, c'est de montrer l'œuvre autrement et de trouver des astuces qui différencient, mais ne nuisent pas à l'œuvre, qui mettent en valeur différemment. »
    La pratique de Cécile Degos intègre l'héritage architectural du lieu, la vision de l'artiste tout en suivant le fil conducteur du ou des commissaires de l'exposition : « En Chine, je suis sortie complètement de ma zone de confort. Il y avait peut-être 10 000m2, c'est énorme. J'ai fait ma proposition et tout a été accepté. Mais le travail entre une équipe chinoise et moi, c'est très différent. Il y a la barrière du langage. Quand on est à distance, il y a les traducteurs, mais une fois sur site, il n'y a plus les traducteurs et c'est très différent. Il faut comprendre. Je suis sur les détails de construction et sur tout ce qui est sécurité des œuvres. Ce sont des sujets très précis et il faut se comprendre. Le dessin, à ce moment-là, est un troisième langage qui m'aide à aussi à communiquer. Pour le musée d'Orsay, ce n'était que des œuvres 2D, je devais avoir cinq ou six sculptures, et là en l'occurrence, ce ne sont que des objets de petite taille. La directrice de la Chine m'a dit ''Il va falloir trouver une astuce pour que mes galeries aient l'air d'être remplies'', parce que c'est des petits bols, des petites choses vraiment toutes petites. C'est là où ça rejoint un peu le décor de théâtre et d'opéra. J'ai entièrement rhabillé les sections avec des décors où viennent se poser tous les objets. Et s'il y a trois objets sur quinze mètres, ils sont tellement mis en majesté dans un espace avec une architecture que l'objet, même s'il n'est pas grand, prend de l'importance. »
    Cécile Degos sait s'adapter à des projets très différents en France, Chine, ou Norvège. Chaque nouvelle aventure comporte ses contraintes, ses enjeux culturels et techniques : « Je n'ai pas du tout de routine. Chaque projet est vraiment un projet à part entière. Tous les projets sont intéressants et moi, je ne souhaite pas me spécialiser comme d'autres scénographes, ni dans la mode ou le contemporain ou old master, maître ancien (en histoire de l'art, le terme ''old master'' désigne un artiste peintre européen ayant travaillé avant 1800) . Ce qui m'intéresse, c'est tous ces ponts. Le ''old master'' peut me servir pour l'art contemporain et à l'inverse, l'art contemporain me sert aussi pour exposer des pièces anciennes, et donc apporter un regard différent. Quand ce sont des tableaux anciens, on a peut-être moins d'œuvres. Par exemple, sur l'exposition Ribera au Petit Palais, je suis arrivée sur le projet un an/un an et demi avant l'ouverture. En tant que scénographe, vous devez récupérer le maximum d'informations de la part des commissaires, rentrer dans leur tête – si vous y arrivez – et traduire leur propos scientifique en espace. Cela dépend des commissaires. Il y en a qui sont très généreux et qui vous expliquent tout, d'autres moins. C'est à vous de contourner et d'arriver au mieux. Un autre exemple : George Condo, c'est pareil, on est un an avant, et là en l'occurrence, c'est aussi le travail avec des commissaires et un artiste vivant. C'est très différent. Chaque expérience est différente, ça dépend de l'institution, du commissaire aussi, si il ou elle a anticipé ses prêts. Et quelque fois, le scénographe vient vraiment longtemps à l'avance pour vérifier avec le propos du commissaire, si toutes les œuvres rentrent dans le budget ou s'il y a certains prêts qu'on va écarter à cause de l'espace, du budget. »
    En tant que scénographe, Cécile Degos privilégie la réutilisation des matériaux ainsi que la conception de murs démontables pour limiter l'impact environnemental : « On est tous sensibilisés du côté RSE (Responsabilité sociétale des entreprises), donc on prend le plan de l'exposition précédente et on voit comment réutiliser tout ou partie des murs. Je dessine des murs qui sont démontables ou déplaçables pour le suivant. Ça permet aussi d'économiser toutes les constructions. Ce n'est pas toujours facile parce qu'il faut faire aussi attention aux œuvres avec des valeurs d'assurance. Il faut faire attention entre la récupération et le côté dangereux pour les œuvres. Récupérer un maximum de murs, voir si j'en coupe à un mètre, comment je peux transformer l'espace pour se différencier de l'exposition précédente... Avant, on partait vraiment d'un espace vide. Depuis qu'on est tous dans la même logique avec ce côté écoresponsable, on s'interroge tous sur la meilleure façon de construire les murs, de jouer avec et de pouvoir faire que le suivant aussi puisse jouer avec. Il y a deux choses : l'écoresponsabilité, et puis, il y a les budgets qui diminuent. L'un aide l'autre. Il y a dix ans, nous n'étions pas du tout tous dans la même mouvance. Il y en avait très peu qui commençaient à penser, à réutiliser les choses. Mais maintenant, on est tous vraiment dans cette logique-là. »
    Scénographe, c'est un métier de terrain. Cécile Degos travaille en équipe, dialogue avec les artistes, commissaires et artisans, et pour elle, c'est ce qui rend chaque projet unique et enrichissant : « Un artiste vivant peut faire peur, mais moi, j'aime beaucoup le dialogue, et nous avons à peu près le même langage : la couleur, le volume, l'espace. Il y a des scénographes qui sont architectes, donc c'est pas du tout la même vision, et peut être que le dialogue sera différent. Je pense que mon parcours, en étant passée par les arts décoratifs, aide beaucoup à tout cet échange humain avec un artiste. C'est un métier où il faut parler à toutes sortes de personnes. Dans la même journée, sur mon chantier, je peux parler à toute mon équipe et aux plus grands collectionneurs. Tout le monde a sa place et sans un des maillons, vous ne faites pas l'expo, donc c'est vraiment un métier où vous avez besoin de l'ensemble des personnes qui travaillent sur une exposition. Vous avez les commissaires, la Régie des œuvres, ceux qui s'occupent de faire arriver les œuvres. Il y a les éclairagistes, graphistes, toutes les personnes qui construisent ma scénographie, les menuisiers, les peintres, il y a les électriciens, il y a le socleur, celui qui va venir aussi sécuriser des sculptures, faire en sorte que l'œuvre flotte dans votre vitrine, etc. Ensuite, il y a tous les agents de sécurité qui sont là. Quand nous faisons un montage d'exposition, on est beaucoup, et chacun a son rôle. Et dès qu'il y a une personne qui manque, ça bloque. Nous sommes obligés de tous marcher dans le même sens. »
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  • Une icône de toujours: Rose Torrente et la place des femmes grands couturiers

    31/01/2026
    La France, berceau de la haute couture, a vu naître des maisons emblématiques telles que Chanel, Dior, Givenchy, Yves Saint Laurent ou Torrente. Aujourd'hui, nous accueillons Rose Torrente, sœur du légendaire Ted Lapidus, tous deux grands noms de la haute couture française. La fondatrice de la maison Torrente sort un nouveau livre intitulé Mon siècle de mode, où elle témoigne de son parcours, sa passion et son combat pour faire reconnaître sa contribution à la haute couture française.
    « Mon premier modèle, c'est ma robe de mariée. C'est le premier modèle que j'ai dessiné dans ma vie. Je n'avais jamais fait de robe avant de faire la mienne. Je l'ai dessinée. Je ne l'ai pas cousue. Je ne sais pas coudre, pas du tout, mais je sais créer », se souvient Rose Mett.
    Grand couturier et fondatrice de la maison de haute couture Torrente, elle explique son changement de nom : « Je ne pouvais pas m'appeler Mett, je ne pouvais pas m'appeler Lapidus. C'était la mode italienne. Avec une bande d'amis, on chantait les chansons italiennes. Et puis d'un seul coup, ''Torrente'' est venu tout seul et j'ai dit: "C'est un joli nom". D'abord parce qu'il y a des ''R'', et le ''R'' porte chance. Et puis, dans ''Torrente'', il y a ''or'' et il y a ''rente''. Ce fut un bon présage. »
    Rose Mett est née Lapidus, dans une famille où la mode prend toute la place : un père tailleur, un frère grand couturier ayant habillé Brigitte Bardot, Alain Delon ou encore John Lennon... Elle a passé une décennie aux côtés de son frère comme assistante : « Je suis la sœur de Ted Lapidus et j'ai été son assistante pendant dix ans. Une assistante, c'est celle qui fait tout, du commencement jusqu'à la fin. Pendant dix ans, il a fait ses créations sur moi, et pendant qu'il créait, il me donnait l'envie de créer. Lui, il avait une mode militaire comme la saharienne, il voulait toutes les femmes en uniforme chic. Il voulait qu'elles soient dans la rue et puissante. Telle était sa vision de la mode. Moi, pendant ce temps, j'imaginais des femmes tout en douceur, avec des robes de rêve qui faisaient briller le regard des hommes. Ce côté artistique, que je ne soupçonnais pas, s'est développé. Je ne pouvais pas imaginer qu'un jour je serai une créatrice. »
    Autodidacte, en 1969, Rose Torrente ouvre sa première boutique. Elle habille avec simplicité en valorisant la féminité naturelle : « Du jour au lendemain, j'ai acquis ma liberté. J'étais tout chez Ted, mais je ne faisais que ce qu'il voulait que je fasse. D'un seul coup, j'ai dit : "Je vais m'exprimer". C'est extraordinaire, la liberté ! Du jour au lendemain, j'ai engagé à la chambre syndicale quatre stagiaires. Je leur ai dit : "Voilà, on va créer des nouvelles robes, on va créer une nouvelle mode". À l'époque, il existait le prêt à porter, les trois hirondelles, une mode un peu luxueuse, la couturière ou le couturier. Ce que j'ai créé n'existait pas. J'ai été la première à créer une haute boutique où, tous les mois, toutes ces jeunes femmes qui avaient envie de s'amuser sont venues les unes et les autres. Au bout d'un an, j'avais neuf vendeuses et elles attendaient leur tour pour acheter un Torrente. »
    C'est en 1971 que Rose Torrente inscrit son nom dans le cercle très fermé et très masculin de la haute couture parisienne : « Au moment où je me suis inscrite à la chambre syndicale, personne n'entrait jamais à la chambre syndicale. Il y avait des boules noires. J'avais fait le dossier de mon frère, je connaissais tous les écueils, et quand j'ai présenté ma candidature, je savais que je n'aurais pas de boule noire. Je connaissais le dossier par cœur, je l'avais fait. Mais personne n'est rentré après moi. Personne ne rentrait jamais. Il fallait avoir 20 ouvrières à temps plein, défiler trois fois par semaine dans nos salons privés, avec sept mannequins à demeure. En plus, il fallait présenter 50 modèles. C'était tellement lourd ! Et il fallait des équipes pour avoir ces 50 modèles. On nous a imposé l'infaisable. Tout cela par une chambre syndicale snob, repliée sur elle-même. Chaque jour, il y avait de nouvelles contraintes qui faisaient que quatre grands couturiers ont été rachetés, et tous ont déposé le bilan parmi des gens comme Lacroix, Scherrer, Ungaro. Les meilleurs, des grands de grands. »
    Dans son livre intitulé Mon siècle de mode, la fondatrice de la maison Torrente partage son histoire familiale, sa vision de la mode et son œuvre qui dépasse les frontières françaises. Reconnue à l'étranger, elle déplore que son travail soit invisibilisé, encore aujourd'hui, en France :
    « Les gens courent les musées pour voir des expositions. C'est la différence avec mon époque où personne n'allait au musée. Je ne suis sur aucun livre, aucune exposition, comme si je n'avais jamais existé. Comment peut-on écarter quelqu'un qui, toute sa vie, a fait carrière, et une carrière à l'international ? Quelqu'un de très connue avec 80 boutiques au Japon, deux en Chine, deux à Singapour, deux à New-York... J'étais partout ! Et en France, aujourd'hui, quand on écrit un livre sur la mode, on oublie que Torrente a existé. C'est insupportable ! Un soir, un peu dans la pénombre, j'ai entendu après nos collections, "il faut se débarrasser d'elle, elle est trop commerciale". Qu'est-ce que ça veut dire, trop commerciale ? Ça veut dire que quand je passais au 20h et que les femmes voyaient mes collections, elles aimaient ! "C'est ça que je veux pour me marier. Je marie ma fille, c'est cette robe là que je veux", voilà ! Elles arrivaient le lendemain à la boutique, et ça, aucun de mes confrères ne le supportait. On disait : "Elle est commerciale". Parce que j'ai refusé de faire une mode qui soit une mode de spectacle. Le spectacle, c'est autre chose, mais une mode où vous travaillez 300 heures sur une robe, vous voulez qu'elle plaise, vous voulez que les femmes en aient envie. Ma différence a été là. Mon rêve, c'était d'habiller et j'y suis arrivée. »
    Pour Rose Torrente, la mode doit être un langage de liberté et non pas une prison de conventions : « Si la haute couture, la chambre syndicale ne se réveille pas, elle sera morte. Morte ! On ne peut pas tourner autour de quatre maisons. Il y a des jeunes, mais ils ne sont pas suffisamment aidés. On ne parle pas assez d'eux. On invite tous les pays étrangers en se glorifiant. Mais pourquoi recevoir les autres si ce n'est pas pour nous défendre nous-même ? On a tout pour le faire. On a des talents qui sont dans des coins qui ne sont même pas réveillés. On a tout. Occupons-nous d'un rayonnement français qui devrait perdurer. C'est ce que je souhaite. C'est pourquoi j'ai écrit ce livre. Je souhaite que ça perdure. Quand je suis allé à l'Institut français de la mode (IFM) et qu'ils m'ont montré tout ce qu'ils font, c'est formidable parce que ce sont des gens qui sortent des grandes écoles, de Sciences-Po, d'HEC pour se former, pour le devenir de la mode française. Mais ce qui est une erreur, c'est de continuer à leur dire "Faites quelque chose qui se remarque". Mais faites plutôt quelque chose qui se porte ! C'est ça, la vérité. Les Italiens l'ont compris. Ils arrivent avec une mode dont on a envie. Pourquoi on devrait faire des choses qu'on ne porterait pas ? C'est une erreur monumentale. Et quand j'ai vu ça, j'ai dit : "Quelle erreur de rester dans cette erreur". Le spectacle peut être une mode belle, qui dépasse et qui surpasse la mode des autres parce qu'on a les gens pour le faire, les talents pour le faire. Et ces talents-là, il faut leur donner le plus de chances possible. »
    Consciente de l'importance de transmettre, elle a créé l'Institut français de la mode, afin de former les jeunes générations et préserver l'excellence française : « J'ai créé l'IFM. Je l'ai créé, toute seule, la plus grande école de mode presque du monde, parce que je savais que si on ne transmettait pas, il n'y aurait plus rien. J'ai demandé à Madame Mitterrand, que j'habillais : "Je ne vous demanderai jamais rien pour moi, mais aidez-moi à créer un troisième cycle. Qu'on apprenne aux jeunes la pérennité". J'ai été reçu par Monsieur Fabius, Monsieur Chevènement, Monsieur Rocard avec un sourire, un café et un verre d'eau, et ils m'ont dit : "Oui, vous avez raison, mais pas tout de suite, on fera ça plus tard". Et puis, la Bunka de Tokyo a décidé d'ouvrir en France, et là, on lui avait donné la permission. Quand je l'ai su, à la dernière minute, deux jours avant que ça n'ouvre, je suis allé voir Edith Cresson, que j'habillais, et je lui ai dit : "Écoutez, on va ouvrir une école japonaise et nous, on n'a rien". Elle m'a dit : "Qu'est-ce que c'est cette histoire ? Bien sûr que je donne l'argent tout de suite". Elle a appelé Jack Lang en disant : "Tu es à la culture. Tu vas participer avec moi et on ouvre un troisième cycle". Jack Lang a appelé Pierre Bergé en disant : "On va ouvrir la plus grande école de mode du monde et tu seras président". Ils m'ont volé, ça s'appelle voler. Peu importe. J'ai été vice-présidente pendant 25 ans. Mais voir écrire que Pierre Bergé a dit : "J'ai toujours voulu ça", alors que je l'ai emmené à l'Élysée et que derrière la porte, il m'a dit : "Ces gens-là, il faut leur prendre leur pognon". Ce sont ses mots ! J'ai supporté parce que je voulais tellement cet institut. »
    Malgré ses succès, Rose Torrente éprouve de la tristesse face à l'oubli de sa Maison et de ses engagements pour la mode en France : « Je suis une créatrice cachée. Dans toutes les revues françaises, tous ces journaux, on oublie Torrente ! Mais pourquoi ? Alors que ma mode a été belle, internationale... Aujourd'hui, elle est encore dans le temps présent. Pourquoi est-ce qu'on a voulu me chasser et m'oublier en France ? Seulement en France ! Dans tous les pays étrangers, en presse étrangère, c'est une ovation. Pourquoi pas chez nous ? Pourquoi me faire ça ? Ce livre, au départ, je voulais l'écrire pour ma famille, parce que j'ai eu une jeunesse très, très difficile. Je suis pupille de la nation. J'ai connu la guerre, j'ai traversé l'époque de la guerre. J'ai perdu mon père qui a toujours été présent dans ma vie malgré qu'il ne soit plus là. Mais quelque part, je me dis qu'avoir eu tous ces moments difficiles m'a donné la force que j'ai eu ensuite. Et malgré tout ce qui m'est arrivé, j'ai écrit ce livre pour raconter. Parce que l'injustice, on doit la faire connaître. Pour moi, ce qui m'est arrivé avec la presse française, c'est une très grande injustice. J'ai écrit pour dire : "J'existe !". Je suis la seule qui suis encore en vie. Mes confrères sont tous morts. Alors, je ne veux pas parler des absents, sauf pour en dire du bien. À part Pierre Bergé, vraiment, ce n'est pas possible. Mais honnêtement, la chance d'être la seule à être encore là et dont on ne parle pas... Alors, pourquoi ? Pourquoi ? »
    En dépit de cet oubli, Rose Torrente encourage la jeunesse à exprimer ses talents : « Pourquoi j'ai écrit "Un siècle de mode" ? C'est la différence qui existe entre l'ancien siècle et aujourd'hui. Vous avez de la chance parce que tout est à portée de main. Et celui ou celle qui veut se réaliser a des chances. Il faut le vouloir. Je suis maître de conférence. J'ai une retraite d'HEC alors que je suis autodidacte. Quand je vois tous ces jeunes, il y a quelques années, au moment où j'enseignais, qui avaient des projets... Je les ai vus se construire. Et aujourd'hui, ces projets se sont réalisés. C'est le plus grand bonheur. C'est ce que je souhaite à toute la jeunesse française et que ce rayonnement perdure vraiment. Je suis une acharnée de ce que nous avons la chance de posséder et que nous pouvons transmettre. »
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  • Elie Kuame, engagement et créativité pour la mode et la CAN 2025

    24/01/2026
    Rendez-vous avec Elie Kuame, une figure emblématique de la mode en Côte d'Ivoire, styliste et directeur artistique de la Maison Elie Kuame. Ce créateur de mode ivoiro-libanais habille des célébrités et il a, également, imaginé les tenues pour l'équipe nationale ivoirienne lors de la CAN au Maroc, renforçant ainsi l'image de la Côte d'Ivoire à l’international. Il sait conjuguer héritage, créativité et engagement pour faire rayonner l’Afrique à travers ses collections et ses projets. 
    Mon métier exige de moi, tout mon temps, toutes mes émotions, toute ma personne. Cela exige que je me  remette continuellement en question afin d'ouvrir mes sens à l'humilité, celle de reconnaitre que tout existe déjà. 
    Elie Kuame, fondateur et directeur artistique de la maison de couture éponyme.
    Né à Bruxelles, en Belgique, Elie Kuame a grandi en Côte d'Ivoire, dans un environnement familial riche en artisanat et en culture. Sa mère lui transmet dès son enfance l’amour du tissu, des couleurs et du travail manuel. Afin de poursuivre ses études en sciences économiques, il rejoint ses parents à Paris, mais il s’oriente très rapidement vers la mode, un domaine qui le passionne profondément. « J'ai choisi la filière des métiers de la mode tout de suite parce que petit, ma mère avait un atelier de couture en Côte d'Ivoire, donc ma mère gérait déjà des dames qui venaient, des couturiers. Et donc quand on m'a fait différentes propositions, j'ai tout de suite opté pour les métiers de la mode. »
    Elie Kuame décide alors de se former en France, au Mans, puis à Paris, où il apprend les métiers du sur-mesure. Pendant ses années d'études, il explore différentes techniques. Dès ses 19 ans, il exerce dans des maisons prestigieuses comme celle de Clarisse Hieraix. « J'ai eu une proposition pour intégrer tout de suite la Maison de couture de madame Clarisse Hieraix, et j'ai accepté de rejoindre ses ateliers pour travailler avec elle. Au départ, j'étais apprenti et très vite, elle m'a donné la gestion du showroom avec toutes les clientes internationales, les recevoir, faire les essayages. Elle m'a formé aux métiers de la mode, à la gestion d'un atelier de couture, de ce qui le crédibilise — c'est-à-dire les clientes couture, le sur-mesure, le prêt-à-couture, la vente à distance. J’ai réussi à comprendre tout de suite ce qu'était le milieu professionnel. Comment on travaille dans un atelier de couture, comment on le gère, c'est quoi passer de la théorie à la pratique ? Même si j'ai fait beaucoup de théorie à l'école, passer de la théorie à la pratique, cela a été bénéfique pour moi. »
    Attaché à l’Afrique, ses racines, ses tissus et son artisanat, Elie Kuame fait un choix audacieux : il revient sur le continent. « J'avais déjà pour ambition de rentrer en Côte d'Ivoire et, en 2013, j'ai eu une conversation avec moi-même. On me présentait partout sur le continent comme un créateur, un prodige africain, mais je vivais en France avec beaucoup de facilités. Je pouvais m'acheter des tissus qui étaient déjà beaux, il n'y avait pas de défi et, donc, par rapport à ma situation intrinsèque, émotionnelle, j'ai décidé de rentrer en Côte d'Ivoire puis de bâtir ici une maison de couture avec de vraies lettres de noblesse. J'ai voulu vraiment rentrer en Côte d'Ivoire et ouvrir les portes à la couture, à l'exigence, changer la donne, rendre les choses possibles, accessibles, mais avec un grade de qualité bien précis, comme me l'ont appris mes professeurs en maison de couture. »
    Elie Kuame construit un style moderne, luxueux et accessible tout en valorisant le patrimoine culturel ivoirien, notamment à travers le tissu traditionnel.  Il développe un label d’excellence, un symbole d’exigence, de qualité et de fierté africaine. « J'ai créé il y a quatre ans un label que j'ai appelé le Born in Africa. Ce label a comme code de valeurs l'exigence au niveau de l'atelier de couture, un minimum de cinq personnes au sein de cet atelier. On va demander à la maison de commencer d'ores et déjà à penser en maison de couture et non en petite entité. Vous avez aussi l'exigence au niveau des matériaux utilisés. Nous allons demander à nos camarades d'avoir un minimum de 30 % des matériaux tissés sur le continent ou en Côte d'Ivoire, de travailler avec ce que nous avons comme patrimoine, comme héritage et de le présenter de la plus belle des façons. Il est impératif pour nous, créateurs sur le continent africain, de créer un label qui va justifier de nos exigences, qui va justifier de nos codes, de notre héritage et qui va nous permettre, à nous aussi, créateurs issus du continent, donc acteurs actifs du monde textile, mode et design, de pouvoir répondre à une demande à l'international. Dans le Born in Africa, vous avez toutes les personnes qui désirent mettre en avant le travail issu du continent. Vous pouvez habiter à Paris, à New York, à Milan, si vous travaillez avec des artisans africains et que nous le labellisons, le validons, vous pouvez prétendre au Born in Africa. »
    Pour la création et conception de ses collections, Elie Kuame a organisé sa maison de couture en plusieurs départements. « Nous avons le sur-mesure, la robe de mariée, le prêt-à-couture, qui est un prêt-à-porter haut de gamme, qui est fait, en général, pour mes "reines" qui sélectionnent les pièces dans la collection d'une année avec de beaux matériaux, avec de beaux tissages. Donc nous avons ces différents départements-là. Et aujourd'hui, je crois beaucoup en la petite main, donc j'octroie des formations aux dames désireuses — pour l'instant, nous n'avons pas eu d'hommes — de venir se former. Une fois qu'on les a formées en à peu près huit mois, on leur donne un poste si ça les intéresse. Mais vous savez, on a une grande chance en Côte d'Ivoire, c'est qu’ici, on a des lignées de tisserands. Ça ne s'arrête pas. Je travaille avec une maman qui a une quarantaine de personnes formées qui tissent. Ici, en Côte d'Ivoire, vous avez différents tissages qui sont très beaux, d'autres qui sont plus serrés, d'autres qui sont plus lâches, d'autres avec douze fils de chaîne, d’autres avec 24, d'autres avec moins de fils de trame. Cela donne un vrai éventail de possibilités. Maintenant, au-delà de ça, nous avons vraiment cette ambition de partager les compétences, les savoir-faire et puis les développer parce que cela complète le Born in Africa. »
    Créateur de mode engagé, Elie Kuame va plus loin, il organise la Fashion Week d’Abidjan. Un événement majeur, qui sert de plateforme afin de promouvoir la mode ivoirienne et africaine. « La mode génère énormément d'argent, énormément de métiers. Ce que nous nous avons voulu faire, c'est présenter ces multiples possibilités-là dans un secteur mode, textile et design. La Fashion Week ne travaille pas à mettre en évidence la haute couture. La Fashion Week travaille à mettre en évidence des acteurs du secteur mode, textile et design, travaille à mettre en évidence les artisans qui sont sur le continent afin de créer des synergies avec les différents marchés, avec les autres industries. Nous avons aussi l’ambition de développer notre savoir-faire, notre industrie parce que nous avons un beau savoir-faire. Au sein de la Fashion Week, nous avons le concours Marie-Thérèse Houphouët-Boigny qui, encore une fois permet de partager les savoir-faire, mais donne aussi la possibilité à des jeunes talents d'émerger et de devenir des maisons. Et ce fonds-là va maintenant travailler à impulser de la force dans des nouvelles maisons, de nouveaux artisans, de nouvelles entreprises, avec de nouveaux entrepreneurs. C'est vraiment constituer, valoriser, développer la chaîne de valeur. »
    La mode pour Elie Kuame, c’est aussi un vecteur de dignité et de rayonnement. Il habille des figures internationales, comme Olivia Yacé de Miss Univers, ou récemment les sportifs lors de la CAN au Maroc. « Lorsque j'ai fini l'entretien avec Monsieur Eric Adigo et son équipe et puis Monsieur Idriss Diallo de la Fédération ivoirienne de football, j'ai eu un cahier des charges. Dans ce cahier des charges, je devais mettre en évidence le patrimoine ivoirien, la beauté de l'héritage ivoirien. Je devais présenter une ligne élégante pour les Éléphants, donc travailler avec un matériau typique de chez nous, c'était une évidence. Choisir un pagne qui, en son sein, a plusieurs symboles qui mettent en évidence la royauté, c'était une évidence. Choisir du blanc et du doré, ça m'a surpris parce que j'ai été interpellé par le pagne, parce qu'il était beau, parce qu'il y avait des symboles, parce qu'avec beaucoup d'humilité et de silence, on pouvait présenter sa dignité, sa noblesse, l'opulence de sa culture. Et c'est ce que vous retrouvez dans ce matériau-là, dans le Kita qui a été choisi pour les Éléphants, l'or, le blanc, pour la pureté, pour la paix. Il faut savoir qu’aujourd’hui, en Côte d'Ivoire, on parle de la réconciliation nationale. Il était évident de présenter une Côte d'Ivoire unie, une Côte d'Ivoire riche. Il y a eu un désir ardent de parler à tout le monde, mais avec la beauté, l'élégance, le raffinement, la délicatesse. »
    La mode est pour Elie Kuame plus qu’un langage universel, elle est porteuse d’identité, de responsabilité et d’espoir. « C'est ma responsabilité de le faire. L'industrie est là. Le pouvoir d'achat est là, le marché est vaste, on ne peut pas lésiner sur les efforts. Je suis persuadé que tout est bon quand il est partagé et que le savoir, quand il ne se partage pas, prend la poussière. Donc, moi, je suis partisan de cela. Madame Clarissa Yerkes m'a appris beaucoup de choses. Les dames que j'ai rencontrées, qui m'ont permis de peaufiner mon savoir-faire, m'ont beaucoup aidé. Aujourd'hui, il est de rigueur que, moi, je travaille à mettre en évidence quelque chose pour justement la pérennisation de ces métiers-là qui sont l'avenir. On ne peut pas se cacher, il y a l'IA qui arrive, Internet qui prend le lead, mais personne ne pourra créer une robe avec un ordinateur. Nous, aujourd'hui, nous avons la mission de partager. Il faut continuellement léguer, donner, échanger, apprendre, ne pas avoir peur d'apprendre, même des plus petits que soi, se battre pour se faire entendre quand on connaît quelque chose, pour que nous soyons plusieurs à avoir un grade de qualité au lieu d'être seuls à avoir un grade de qualité impeccable. »
     
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Acerca de 100 % création

Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles. 
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