Podcasts100 % création

100 % création

100 % création
Último episodio

59 episodios

  • Elie Kuame, engagement et créativité pour la mode et la CAN 2026

    24/1/2026
    Rendez-vous avec Elie Kuame, une figure emblématique de la mode en Côte d'Ivoire, styliste et directeur artistique de la Maison Elie Kuame. Ce créateur de mode ivoiro-libanais habille des célébrités et il a, également, imaginé les tenues pour l'équipe nationale ivoirienne lors de la CAN au Maroc, renforçant ainsi l'image de la Côte d'Ivoire à l’international. Il sait conjuguer héritage, créativité et engagement pour faire rayonner l’Afrique à travers ses collections et ses projets. 
    Mon métier exige tout mon temps, toute ma personne, toutes mes émotions, que je sois continuellement en train de me remettre en question pour pouvoir découvrir, connaître, apprendre ce qui se fait de mieux et accepter avec humilité ce qui s’est déjà fait et que je n'ai pas inventé l'eau qui bout.
    Elie Kuame, fondateur et directeur artistique de la maison de couture éponyme.
    Né à Bruxelles, en Belgique, Elie Kuame a grandi en Côte d'Ivoire, dans un environnement familial riche en artisanat et en culture. Sa mère lui transmet dès son enfance l’amour du tissu, des couleurs et du travail manuel. Afin de poursuivre ses études en sciences économiques, il rejoint ses parents à Paris, mais il s’oriente très rapidement vers la mode, un domaine qui le passionne profondément. « J'ai choisi la filière des métiers de la mode tout de suite parce que petit, ma mère avait un atelier de couture en Côte d'Ivoire, donc ma mère gérait déjà des dames qui venaient, des couturiers. Et donc quand on m'a fait différentes propositions, j'ai tout de suite opté pour les métiers de la mode. »
    Elie Kuame décide alors de se former en France, au Mans, puis à Paris, où il apprend les métiers du sur-mesure. Pendant ses années d'études, il explore différentes techniques. Dès ses 19 ans, il exerce dans des maisons prestigieuses comme celle de Clarissa Yerkes. « J'ai eu une proposition pour intégrer tout de suite la Maison de couture de madame Clarissa Yerkes, et j'ai accepté de rejoindre ses ateliers pour travailler avec elle. Au départ, j'étais apprenti et très vite, elle m'a donné la gestion du showroom avec toutes les clientes internationales, les recevoir, faire les essayages. Elle m'a formé aux métiers de la mode, à la gestion d'un atelier de couture, de ce qui le crédibilise — c'est-à-dire les clientes couture, le sur-mesure, le prêt-à-couture, la vente à distance. J’ai réussi à comprendre tout de suite ce qu'était le milieu professionnel. Comment on travaille dans un atelier de couture, comment on le gère, c'est quoi passer de la théorie à la pratique ? Même si j'ai fait beaucoup de théorie à l'école, passer de la théorie à la pratique, cela a été bénéfique pour moi. »
    Attaché à l’Afrique, ses racines, ses tissus et son artisanat, Elie Kuame fait un choix audacieux : il revient sur le continent. « J'avais déjà pour ambition de rentrer en Côte d'Ivoire et, en 2013, j'ai eu une conversation avec moi-même. On me présentait partout sur le continent comme un créateur, un prodige africain, mais je vivais en France avec beaucoup de facilités. Je pouvais m'acheter des tissus qui étaient déjà beaux, il n'y avait pas de défi et, donc, par rapport à ma situation intrinsèque, émotionnelle, j'ai décidé de rentrer en Côte d'Ivoire puis de bâtir ici une maison de couture avec de vraies lettres de noblesse. J'ai voulu vraiment rentrer en Côte d'Ivoire et ouvrir les portes à la couture, à l'exigence, changer la donne, rendre les choses possibles, accessibles, mais avec un grade de qualité bien précis, comme me l'ont appris mes professeurs en maison de couture. »
    Elie Kuame construit un style moderne, luxueux et accessible tout en valorisant le patrimoine culturel ivoirien, notamment à travers le tissu traditionnel.  Il développe un label d’excellence, un symbole d’exigence, de qualité et de fierté africaine. « J'ai créé il y a quatre ans un label que j'ai appelé le Born in Africa. Ce label a comme code de valeurs l'exigence au niveau de l'atelier de couture, un minimum de cinq personnes au sein de cet atelier. On va demander à la maison de commencer d'ores et déjà à penser en maison de couture et non en petite entité. Vous avez aussi l'exigence au niveau des matériaux utilisés. Nous allons demander à nos camarades d'avoir un minimum de 30 % des matériaux tissés sur le continent ou en Côte d'Ivoire, de travailler avec ce que nous avons comme patrimoine, comme héritage et de le présenter de la plus belle des façons. Il est impératif pour nous, créateurs sur le continent africain, de créer un label qui va justifier de nos exigences, qui va justifier de nos codes, de notre héritage et qui va nous permettre, à nous aussi, créateurs issus du continent, donc acteurs actifs du monde textile, mode et design, de pouvoir répondre à une demande à l'international. Dans le Born in Africa, vous avez toutes les personnes qui désirent mettre en avant le travail issu du continent. Vous pouvez habiter à Paris, à New York, à Milan, si vous travaillez avec des artisans africains et que nous le labellisons, le validons, vous pouvez prétendre au Born in Africa. »
    Pour la création et conception de ses collections, Elie Kuame a organisé sa maison de couture en plusieurs départements. « Nous avons le sur-mesure, la robe de mariée, le prêt-à-couture, qui est un prêt-à-porter haut de gamme, qui est fait, en général, pour mes "reines" qui sélectionnent les pièces dans la collection d'une année avec de beaux matériaux, avec de beaux tissages. Donc nous avons ces différents départements-là. Et aujourd'hui, je crois beaucoup en la petite main, donc j'octroie des formations aux dames désireuses — pour l'instant, nous n'avons pas eu d'hommes — de venir se former. Une fois qu'on les a formées en à peu près huit mois, on leur donne un poste si ça les intéresse. Mais vous savez, on a une grande chance en Côte d'Ivoire, c'est qu’ici, on a des lignées de tisserands. Ça ne s'arrête pas. Je travaille avec une maman qui a une quarantaine de personnes formées qui tissent. Ici, en Côte d'Ivoire, vous avez différents tissages qui sont très beaux, d'autres qui sont plus serrés, d'autres qui sont plus lâches, d'autres avec douze fils de chaîne, d’autres avec 24, d'autres avec moins de fils de trame. Cela donne un vrai éventail de possibilités. Maintenant, au-delà de ça, nous avons vraiment cette ambition de partager les compétences, les savoir-faire et puis les développer parce que cela complète le Born in Africa. »
    Créateur de mode engagé, Elie Kuame va plus loin, il organise la Fashion Week d’Abidjan. Un événement majeur, qui sert de plateforme afin de promouvoir la mode ivoirienne et africaine. « La mode génère énormément d'argent, énormément de métiers. Ce que nous nous avons voulu faire, c'est présenter ces multiples possibilités-là dans un secteur mode, textile et design. La Fashion Week ne travaille pas à mettre en évidence la haute couture. La Fashion Week travaille à mettre en évidence des acteurs du secteur mode, textile et design, travaille à mettre en évidence les artisans qui sont sur le continent afin de créer des synergies avec les différents marchés, avec les autres industries. Nous avons aussi l’ambition de développer notre savoir-faire, notre industrie parce que nous avons un beau savoir-faire. Au sein de la Fashion Week, nous avons le concours Marie-Thérèse Houphouët-Boigny qui, encore une fois permet de partager les savoir-faire, mais donne aussi la possibilité à des jeunes talents d'émerger et de devenir des maisons. Et ce fonds-là va maintenant travailler à impulser de la force dans des nouvelles maisons, de nouveaux artisans, de nouvelles entreprises, avec de nouveaux entrepreneurs. C'est vraiment constituer, valoriser, développer la chaîne de valeur. »
    La mode pour Elie Kuame, c’est aussi un vecteur de dignité et de rayonnement. Il habille des figures internationales, comme Olivia Yacé de Miss Univers, ou récemment les sportifs lors de la CAN au Maroc. « Lorsque j'ai fini l'entretien avec Monsieur Eric Adigo et son équipe et puis Monsieur Idriss Diallo de la Fédération ivoirienne de football, j'ai eu un cahier des charges. Dans ce cahier des charges, je devais mettre en évidence le patrimoine ivoirien, la beauté de l'héritage ivoirien. Je devais présenter une ligne élégante pour les Éléphants, donc travailler avec un matériau typique de chez nous, c'était une évidence. Choisir un pagne qui, en son sein, a plusieurs symboles qui mettent en évidence la royauté, c'était une évidence. Choisir du blanc et du doré, ça m'a surpris parce que j'ai été interpellé par le pagne, parce qu'il était beau, parce qu'il y avait des symboles, parce qu'avec beaucoup d'humilité et de silence, on pouvait présenter sa dignité, sa noblesse, l'opulence de sa culture. Et c'est ce que vous retrouvez dans ce matériau-là, dans le Kita qui a été choisi pour les Éléphants, l'or, le blanc, pour la pureté, pour la paix. Il faut savoir qu’aujourd’hui, en Côte d'Ivoire, on parle de la réconciliation nationale. Il était évident de présenter une Côte d'Ivoire unie, une Côte d'Ivoire riche. Il y a eu un désir ardent de parler à tout le monde, mais avec la beauté, l'élégance, le raffinement, la délicatesse. »
    La mode est pour Elie Kuame plus qu’un langage universel, elle est porteuse d’identité, de responsabilité et d’espoir. « C'est ma responsabilité de le faire. L'industrie est là. Le pouvoir d'achat est là, le marché est vaste, on ne peut pas lésiner sur les efforts. Je suis persuadé que tout est bon quand il est partagé et que le savoir, quand il ne se partage pas, prend la poussière. Donc, moi, je suis partisan de cela. Madame Clarissa Yerkes m'a appris beaucoup de choses. Les dames que j'ai rencontrées, qui m'ont permis de peaufiner mon savoir-faire, m'ont beaucoup aidé. Aujourd'hui, il est de rigueur que, moi, je travaille à mettre en évidence quelque chose pour justement la pérennisation de ces métiers-là qui sont l'avenir. On ne peut pas se cacher, il y a l'IA qui arrive, Internet qui prend le lead, mais personne ne pourra créer une robe avec un ordinateur. Nous, aujourd'hui, nous avons la mission de partager. Il faut continuellement léguer, donner, échanger, apprendre, ne pas avoir peur d'apprendre, même des plus petits que soi, se battre pour se faire entendre quand on connaît quelque chose, pour que nous soyons plusieurs à avoir un grade de qualité au lieu d'être seuls à avoir un grade de qualité impeccable. »
     
    Abonnez-vous à 100% création"-
     100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.  
     
    Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté.
     
    Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI
  • Sénégal: Néné Yaya, la marque de maroquinerie de luxe imaginée par les sœurs Gaye

    17/1/2026
    Nous vous emmenons à la découverte de deux sœurs : Marième et Néné Gaye, cofondatrices de la marque Néné Yaya. Une marque de maroquinerie de luxe sénégalaise qui propose des produits alliant artisanat traditionnel et design contemporain. Marième Gaye, co-fondatrice de Néné Yaya, veut changer la perception de la maroquinerie africaine et promouvoir le « Made in Sénégal » sur la scène internationale. Néné Yaya incarne le savoir-faire, la créativité et la fierté du continent africain.
    « C'est ma grande sœur, ma partenaire, ma meilleure amie. On partage tout. Même pour mes frères, quand ils veulent parler de Néné ou de Marième. Néné, vous êtes la même personne. »
    Marième Gaye, co-fondatrice de Néné Yaya.
    « Néné Yaya. Néné, c'est le nom de ma sœur, et Yaya, son petit surnom, c'est court, c'est facile à retenir. »
    Née à Dakar, Marième Gaye a parcouru le monde. Après des études aux États-Unis, un passage à Toronto où elle a travaillé dans le secteur du e-business, elle décide de revenir au Sénégal, motivée par une envie profonde de valoriser l’artisanat local avec sa sœur aînée, grande passionnée de maroquinerie de luxe depuis toujours. Comme sa grande sœur ne trouvait plus de sacs qui lui plaisaient, elles ont l’idée de fabriquer leurs créations au Sénégal. « Alors elle m'a dit : "Marième, je vais dessiner deux sacs que tu vas faire faire au Sénégal. Quand tu viens en vacances, tu les ramènes." Ce que j'ai fait. En déballant les sacs à Toronto, on a vu le potentiel instantanément. C'est là, je crois, qu'on s’est dit en même temps : "Je crois qu'il est temps qu'on fasse notre marque de maroquinerie de luxe". »
    Les deux sœurs fondent en 2012 la marque Néne Yaya. Leur processus créatif débute par des dessins, des idées qu’elles partagent lors de réunions avec des artisans sénégalais. Leur atelier, aujourd’hui propriété de la marque, rassemble une soixantaine d’artisans. « Avec les artisans, il faut de la patience. Au début, c'était difficile parce qu’ils avaient l'habitude de travailler juste pour la dépense quotidienne. Ils prenaient ton avance et tu ne livrais pas les sacs. Ils ne faisaient pas ce que tu voulais. Mais moi, ce que je dis à mes artisans, même en ce moment, même les plus renommés de Dakar, quand ils viennent à l'atelier : "Vous avez six mois, prenez le temps, je ne veux pas d'articles vite fait, je veux quelque chose fait avec qualité. Vous prenez le temps de bien faire les choses." C’est comme cela que je les sélectionne. Je prends mon temps avec eux. Je leur donne six mois parce qu’ils ont tous un savoir-faire. C’est inné chez eux parce qu’ils apprennent dès le bas âge. Ils grandissent tous dans l'atelier de leurs parents, de leur père. Il faut savoir que la famille des artisans sénégalais est une grande famille. Ce sont les Houdé. Dans mon atelier, ils sont une soixantaine et pourtant ils sont tous de la même famille. »
    Sacs, chaussures, ceintures, bracelets, bagagerie ou petite maroquinerie, la gamme Néné Yaya incarne la philosophie de la marque : intemporelle, moderne et pratique. Marième Gaye et sa sœur veillent à chaque étape. « C'est ma grande sœur. On travaille bien ensemble comme cela. Elle décide des lignes, mais après, elle me demande ce que l’on doit ajouter ou faire comme rectifications. Elle s'occupe de la direction artistique, mais c'est moi qui dirige les artisans et tout ce qui est choix des matériaux. Il y a beaucoup de couleurs, de matières dans chacune de nos pièces, on utilise au moins trois ou quatre matières. C'est moi qui choisis les matières, donc je dois être à l'atelier au moins trois fois par semaine. Je reste là-bas jusqu'à 20 heures parce qu'il faut que je gère cela. Je suis rarement à la boutique d'ailleurs, parce que je suis plus à l'atelier en train de gérer la sélection. »
    Le choix du cuir est aussi important que la façon de produire localement.  « Nous n'utilisons que du cuir. Nous avons aussi une collection en raphia pour l'été. Notre toute première collection, c'était seulement du cuir exotique et c'est excessivement cher. Notre vision était de faire de la maroquinerie de luxe depuis toujours, étant donné que le cuir était trop cher. Maintenant, on fait cela parallèlement sur commande, mais on utilise le cuir de veau, de mouton, sur presque tous nos sacs. Le cuir d’iguane, c'est notre petite signature. Pour le cuir exotique, on prend cela au Sénégal, dans la sous-région, en Afrique du Sud. Le cuir de veau et mouton vient d'Italie et de Turquie parce qu’en ce moment, on n'a pas de tannerie qui peut nous faire ce qu'on veut. On est en train d'y travailler. »
    Marième Gaye et sa sœur s’appuient sur les réseaux sociaux mais aussi sur des ambassadeurs de prestige afin d’accroître leur visibilité à l’internationale. « Ce sont surtout les réseaux sociaux, de nos jours, par le biais des influenceurs. Il faut dire que nos deux premières dames – parce que notre président a deux femmes – mettent nos sacs en valeur, quelquefois même pour donner en cadeau. Ce sont nos ambassadrices. Ce sont des personnes comme cela qui amènent la marque au-delà de nos frontières, sans demander quoi que ce soit. Ce ne sont même pas vraiment les femmes sénégalaises qui ont été les premières à aider, c’étaient les Togolaises, les Congolaises et d'autres nationalités africaines. On se concentre sur l'Afrique et après je me dis que le monde va suivre. Il faut qu'on se valorise d'abord et puis les gens vont venir. Par exemple, la première dame ne met pas de marques occidentales, mais une marque sénégalaise. Elle montre qu'elle est fière de mettre cela. C'est ainsi que les autres premières dames découvrent et développent de l'intérêt aussi. Elles commandent. Elles aiment. Je dis : "Africa to the world", c'est nous et puis le reste du monde va venir vers nous. »
    Les co-fondatrices de Néné Yaya produisent et valorisent le « made in Sénégal » (« fabriqué au Sénégal », en français), avec passion, détermination et sens du détail. « Les Africains en général ne savaient pas qu'on pouvait faire de la maroquinerie de luxe. Les Africains aiment les bonnes choses bien faites. Ils venaient tout le temps en me disant qu'ils voulaient mettre de la maroquinerie de luxe faite au Sénégal ou en Afrique, mais qu'ils ne trouvaient pas de bons produits. Maintenant que cela se développe de plus en plus, on fait attention aux détails. Les créations sont belles et les gens ont beaucoup de fierté à mettre les produits. Cela veut dire que leurs mentalités sont en train de changer et qu'ils adhèrent à nos produits "made in Sénégal, made in Africa". »
    Les projets pour Néné Yaya sont nombreux, notamment l’ouverture d’une école de formation afin de préserver le savoir-faire traditionnel de maroquinerie africaine. « Nous sommes en train d'ouvrir une école de formation parce qu’il y a tellement de jeunes qui viennent vers nous, qui veulent se former. Non seulement les jeunes femmes, mais aussi des jeunes hommes. Au Sénégal, il n’y a pas beaucoup de maroquiniers. On se plaint, mais tous les jours, il y a un maroquinier qui m'appelle, qui me demande de rejoindre l'équipe, qui demande la formation. Ils ont besoin de cette école pour se former. Après, on peut les mettre dans l'atelier, ou bien ils ouvrent leur propre atelier, leur propre marque. Quoi qu'on dise, il y a beaucoup de demande de maroquinier du Sénégal dans les autres pays d'Afrique. Au Nigeria, ils prennent nos maroquiniers. Ils viennent au Sénégal de Guinée ou du Mali parce que nous avons les meilleurs maroquiniers d'Afrique. On veut aussi s'installer dans différents pays d'Afrique pour y avoir notre propre boutique, au Rwanda ou au Congo. Mes meilleurs clients sont du Congo, ils aiment s'habiller, ils aiment la sape et tout ce qui va avec. Ou à Abidjan, parce qu'on a beaucoup de demande et aussi Abuja parce que je suis Nigériane de cœur. » 
    Abonnez-vous à 100% création :
    100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO , Apple Podcast , Castbox , Deezer , Google Podcast , Podcast Addict , Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.  
    Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc plus écouté.
    Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
  • Infinity, le sac à main connecté imaginé par Richard Peuty

    10/1/2026
    Le Consumer Electronic Show (CES) 2026 de Las Vegas, qui vient de refermer ses portes, réunit tous les ans les plus grandes marques et les plus grands innovateurs du secteur technologique. Richard Peuty y était l’un des représentants de la France cette année. Autodidacte qui aspire à transformer la mode en un secteur où la technologie et l’artisanat se conjuguent pour répondre aux attentes des consommateurs du XXIe siècle, celui-ci y a présenté son sac Infinity, un accessoire de mode innovant et connecté.
    Infinity est, selon Richard Peuty, l’un des symboles de la créativité française tournée vers l’avenir.
    La création a toujours été présente. Depuis mon jeune âge, j'adore innover, créer. C'est un stimulant. C'est à dire qu’aujourd’hui, sans créer, sans innover, je pense que je n'aurais pas ma place dans un métier standard, j'ai besoin d'avoir cette excitation. Et les entrepreneurs ont cette excitation là quand ils sont en mode projet.
    Originaire de Nogent-sur-Marne, en région parisienne, Richard Peuty se passionne dès l'adolescence pour le codage, l’auto-apprentissage et l’innovation. Après des études en économie, il décide de suivre sa véritable vocation : créer des produits qui mêlent technologie et design. Son expérience dans le secteur du prêt-à-porter lui donne l’idée de concevoir un costume évolutif, puis de transposer cette idée dans la maroquinerie. « Je devais avoir 20 ou 21 ans. Je faisais un stage dans une enseigne de prêt-à-porter et j'achetais énormément de costumes. Je me suis dit : "Pourquoi ne pas avoir un costume avec une couleur unique ? Et je pourrais lui envoyer des motifs Prince de Galles, des motifs velours". À partir de là, j’ai pensé que cela pourrait être intéressant d'avoir un vêtement évolutif. En revanche, à l'époque, j'étais limité par la technologie. Le problème, c’était de travailler l'image. J’ai voulu l'intégrer dans un objet du quotidien. Et quel est l'accessoire de mode ultime ? C'est le sac à main. Il y avait un besoin qui n'est pas encore comblé dans la mode, c'est le besoin d'immédiateté, notamment sur les accessoires. Les habitudes des consommateurs vont de plus en plus vers la personnalisation, même vers l'ultra-personnalisation. Ce sac à main connecté, ultra-personnalisable et instantané, répond à ce type de besoin dans la mode. Le sac à main, c'est également un accessoire qui est très vendu. En plus, l'image de la France à l'international est très forte sur le sac à main. Mais c'est surtout un accessoire où l'on peut facilement intégrer des écrans, que ce soient des écrans rigides ou flexibles.»
    Baptisé Infinity, le sac à main connecté imaginé par Richard Peuty est capable de changer de couleurs et de motifs instantanément. Un accessoire personnalisé, innovant, et surtout, capable de faire sensation. Pour réaliser ce projet, Richard Peuty s’est entouré d’artisans de maroquinerie. « Je ne suis absolument pas maroquinier, je n'y connais rien du tout. D'ailleurs, niveau mode, j'ai encore des choses à apprendre. Néanmoins, je sais trouver des compétences que je n'ai pas. J'ai participé en 2024 au concours international Lépine. J'y ai remporté la médaille d'argent sur la partie objets connectés. Ensuite, j'ai eu un atelier de luxe à Châteauroux qui s'appelle Échanges Métiers d'Art, EMA. Cet atelier m'a contacté en me disant: "J'ai adoré ce projet, il faudrait qu'on travaille ensemble". Nous avons noué un partenariat. Ils s'occupent de la fabrication du sac à main, y compris du prototype. Cela va être la combinaison de multiples compétences en technologie et maroquinerie. »
    Qui dit nouvelles technologies et innovation dit aussi produit breveté. « Avant de lancer le projet, il fallait savoir s'il pouvait être breveté. Pour cela, il y a l'INPI, l'institution qui va faire des recherches d'antériorité pour savoir s'il existe une technologie similaire. Certaines choses ont été testées sur le marché, mais pas aussi bien développées. Nous avons pu déposer un brevet. Ce sac à main est donc breveté. Cela va être de l'assemblage de technologies qui existent déjà. Néanmoins, ça va être la manière de faire l'assemblage. »
    L’un des objectifs des sacs Infinity est, selon Richard Peuty, de sortir l’art des galeries avec une collection signature. « Nous avons une bibliothèque de textures, de motifs, en libre accès. Ensuite, les utilisatrices peuvent prendre par exemple une photo d'un joli paysage, l'envoyer directement sur le sac. C'est une personnalisation, intime pratiquement. Ce qui me tient à cœur, c'est la collection "Signature", un partenariat avec des artistes. Ils proposent leurs œuvres au sein de l'application. Nous allons sortir l'art des galeries, cela fait partie de notre vision. Nous allons laisser le choix à l'utilisatrice de faire la promotion d'un artiste. Le premier vivier d'artistes est venu nous voir après le concours Lépine. Ils ont pu observer à travers ce sac un nouveau véhicule pour promouvoir leur art. Ils m'ont contacté directement et ils m'ont dit: "Richard, où est-ce que tu en es par rapport à ton projet ? Qu'est-ce qu'on pourrait faire ensemble ? C'est quoi ta vision ?". Et quand ils ont compris que ma vision était de sortir l'art des galeries, ça a matché. Le monde de l'art, c'est un milieu assez large. Il y a différents artistes mais le bouche à oreille, entre artistes, cela peut aller très vite. »
    À l’avenir, Richard Peuty prévoit d’élargir sa gamme d’accessoires connectés, haut de gamme et personnalisables. « Après ce premier sac iconique Infinity, le premier sac à main qui change de couleur et de motifs instantanément, nous réfléchissons à différentes gammes de sacs à main avec des pochettes flexibles. Mais aussi aux ceintures ou aux chaussures, pourquoi pas, sur lesquelles il pourrait y avoir une partie qui change de couleur et de motifs. Néanmoins, il y a des contraintes techniques : la batterie, sa durée, son poids, etc. Mais ce n'est que de la recherche, du développement et du financement, bien évidemment. »
     
    Abonnez-vous à 100% création
    100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox, Deezer , Google Podcast, Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.  
    Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté.
    Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram et Facebook
  • Comment Mathias Ouvrard réinterprète et modernise les techniques du vêtement traditionnel breton

    03/1/2026
    Aujourd’hui, nous vous emmenons à la rencontre d'un artiste textile et plasticien, Mathias Ouvrard. Inspiré par le domaine du textile et les techniques vestimentaires traditionnelles bretonnes, il les réinterprète, créant ainsi des œuvres contemporaines qui portent en elles l’histoire de la Bretagne. Son parcours, ses techniques et son imagination racontent son lien avec le patrimoine et l’art. Derrière chaque fil, chaque motif, se cache la mémoire d’une tradition incarnée et modernisée.
    « La création, c'est un peu le quotidien, parce que même si je ne suis pas dans l'atelier, le petit panier dans lequel je mets des idées est toujours ouvert. Si je vois des choses qui m'intéressent ou m'interpellent, je vais pouvoir les mettre de côté et y repenser plus tard. »
    Mathias Ouvrard, artiste textile et plasticien.
    « La création, c'est un vrai plaisir et une vraie frustration parce que j'ai beaucoup plus d'idées que de choses terminées dans l'atelier. Je suis obligé de choisir. »
    Originaire de Quimper, Mathias Ouvrard a grandi entre la Bretagne et les Antilles. Très tôt, il a été sensibilisé à l’importance du travail manuel et des traditions bretonnes qui occupent une place essentielle dans sa vie. Il fait des études de design, suivies d’un diplôme supérieur des Arts appliqués en Broderie. Passionné par cette technique, il la découvre en s’intéressant au costume traditionnel breton, notamment lors de ses activités de danse. « On ne brodait pas dans ma famille. Ma grand-mère tricotait, mais elle ne brodait pas. J'ai découvert la broderie via le costume ancien, le costume traditionnel qui est chargé de broderie. En tous cas, les pièces conservées. J'ai découvert la broderie sur le costume. Puis comme je dansais, je faisais partie d'un groupe de danses bretonnes. Assez rapidement, je me suis mis à la technique, notamment pour du costume de scène. Je me suis fait la main via le traditionnel. Assez vite, j'ai "customisé" mes affaires : le sac à dos, les vestes, les chaussures. Comme la passion a duré et comme cela me plaisait de plus en plus, j'ai poursuivi là-dedans », raconte-t-il.
    Après ses études, Mathias Ouvrard, en 2015, participe à un concours de costumes en lien avec le patrimoine textile breton. Il fait alors dialoguer le passé avec le présent, réinterprète des motifs anciens, créant ainsi des œuvres contemporaines qui portent en elles l’histoire de la Bretagne. « La Confédération Kenleur, qui regroupe toutes les associations qui s'intéressent à la matière bretonne, lance un concours qui enjoint ses adhérents à se poser la question d’une version contemporaine de notre patrimoine vestimentaire. C'est exactement ce que j'attendais. Dans une main, j'avais le traditionnel, dans l'autre main, le contemporain et je n’attendais qu'une chose : l'opportunité de mêler les deux. J'ai adoré. J'ai fait une recherche un peu plus poussée sur une forme qui me plaisait, en vêtements anciens, couplée à une réflexion créative autour de toutes ces matières-là. J'ai gagné le premier prix de ce concours de costumes, après c'était parti. Une fois que j'avais mis le pied dedans, j'avais envie d'en faire d'autres. J’ai donc réalisé une collection sur ce même thème avec un ami couturier, Thomas Jan, puis une deuxième avec beaucoup de broderies, tout ce qu'on connaissait, tout ce qu'on savait déjà faire. On a pu l'exploiter sur un vêtement contemporain, donc c'était super intéressant », se remémore-t-il.
    Mathias Ouvrard veut préserver un savoir-faire précieux, en passe d’être oublié comme la technique du velours piqué. Une technique ancienne utilisée pour décorer les costumes bretons : « Dans le vêtement traditionnel, il y a la broderie bien évidemment, la plupart des ornements traditionnels sont des broderies. Mais il s'est aussi développé certaines techniques endémiques du territoire, qui sont des techniques textiles ou de manipulations textiles, notamment dans la région de Quimper, ce qu'on appelle le velours piqué. On l'entend aussi sous le terme de plissé piqué. C'est une technique qui me passionne parce qu'on arrive très bien à reconstruire son histoire et son apparition. De par la manière de décorer le vêtement à partir des années 1850, les tailleurs vont ganser certaines pièces de petits rubans de soie. Quand le velours arrive, de petits rubans de velours et ces petits rubans de velours vont s'agrandir au fur et à mesure des époques et des modes. Ils vont grandir, grandir, grandir. Comme ils sont posés sur des parties qui sont arrondies, il faut trouver une technique pour les poser proprement. Pour cela, ils vont avoir l'idée de froncer toute la surface du velours et de l'arrondir en épousant les formes du vêtement. Ce plissé de velours, ils vont entièrement le piquer sur la surface pour enlever tous les fils de fronces, et ça devient une matière à part entière, pleine de petites stries, un peu comme un velours côtelé, mais posé sur des arrondis. Cette technique, ils l'ont développée à partir des années 1850 jusqu'à la fin du port du costume, là où c'est devenu une technique qui recouvre entièrement tout le costume. C'est colossal puisque à chaque point de fil de fronces est requis un point qui vient fixer le velours à la base. Ce sont des milliers de points qui recouvrent entièrement le vêtement. Finalement, c'est une bande de velours qui est froncée et posée. Une bande de velours, ce n'est pas lourd, mais par contre cela se rigidifie. Piquer et fusionner toutes les matières entre elles, parce qu'elles sont vraiment cousues dans toute l'épaisseur et cousues ensemble, cela rigidifie le vêtement. Cette technique, que j'ai découverte pendant mes études à Paris sur des pièces anciennes, j'en suis vraiment tombé amoureux et je l'exploite dès que j'en ai l'occasion. »
    En mêlant techniques anciennes et inspirations modernes, Mathias Ouvrard, avec son processus créatif d’assemblage, crée des pièces qui incarnent la tradition au présent. « Quand je réfléchis à d'éventuelles nouvelles pièces, ça peut être une technique que j'ai envie de mettre en avant. Cela peut aussi être une couleur que j'aurais repérée dans une pièce ancienne et que j'aurais pour le coup envie de travailler. Ça peut être des formes que j'ai pu voir dans des défilés contemporains ou même dans du vêtement ancien, une forme de vêtement qui me plaît et que j'ai envie d'explorer. Parfois, c'est même plusieurs choses en même temps. C'est par association d'idées. C'est des associations d'idées qui viennent spontanément à mon cerveau et dans lesquelles je vais faire le tri dans ce que j'aurais envie de faire en premier. Je dessine très rarement, je dessine quand je vais avoir besoin de faire comprendre mon idée. Comme je travaille régulièrement tout seul, j’ai l'idée dans la tête et je la garde de côté jusqu'à ce que je puisse l'explorer. Mais le croquis, c'est assez rare », confie-t-il.
    L’acquisition et la maîtrise de la plupart des techniques bretonnes par Mathias Ouvrard le sont par la réalisation d’ouvrages textiles. « Les techniques qui m'intéressent, je m'y intéresse depuis très longtemps. Les techniques traditionnelles locales, je les connais, je sais les faire, probablement pas toutes, mais une bonne partie. Si la pièce contemporaine à laquelle je pense requiert ces techniques-là, je n'ai pas besoin de me renseigner. Cependant, si une technique ou une esthétique en particulier me manque, là effectivement je vais pouvoir faire appel à des musées :  le musée breton à Quimper ou le musée Bigouden de Pont-l'Abbé qui collectionnent des pièces remarquables. Je vais aller me renseigner, aller regarder comment c'est fait, décortiquer visuellement les pièces anciennes et puis répondre aux éventuelles questions que je peux avoir. Mais comme c'est un sujet qui me passionne depuis longtemps et comme j'ai pu aussi refaire des vêtements traditionnels, c'est une part importante de la manière dont j'ai acquis certains savoir-faire. Être obligé de le refaire à l'identique ou en tout cas au plus proche. Je suis obligé de me poser les questions qui sont nécessaires pour obtenir le même résultat. Ensuite, je peux utiliser ces techniques sur du contemporain », détaille-t-il.
    Engagé dans la valorisation des savoir-faire bretons, Mathias Ouvrard cherche à comprendre, préserver et moderniser ces techniques mais ses créations textiles sont très personnelles. « Je dirais même que ces créations-là, je les fais pour moi. Je les fais pour moi et pour un public qui s'intéresse aux vêtements anciens et qui voudrait voir des nouveautés avec. Dans un premier temps, je le fais surtout pour que ça me plaise. C'est pour ça que je développe d'autres pistes artistiques, pour pouvoir avoir des rentrées d'argent. Le vêtement, ça reste mon petit bonus, c'est mon plaisir et une volonté de ressortir un petit peu tout ce qu'on a oublié. Nous avons oublié tellement de choses. Ce que je recherche en premier dans une pièce ? Je veux trouver ça beau. Ça ne s’explique pas. Le message, il n'y en a pas, si ce n'est que c'est une loupe qui est mise sur les savoirs faire qu'on a pu développer ici, ce que les anciens ont fait sur le territoire. L'intérêt premier pour moi dans une pièce, c'est que ce soit beau », explique-t-il.
    Mathias Ouvrard explore d’autres médiums pour exprimer sa créativité. Il travaille également le papier et la décoration murale : « À côté de ces productions, je vais utiliser les techniques que je développe sur d'autres médias, par exemple du tableau. Cela peut aussi être dans le cas du décor en papier. Un univers qui est complètement différent, qui s'inspire beaucoup plus de la nature, des insectes, du végétal, des petits animaux, où je vais pouvoir mettre en valeur différents univers. C'est pour de l'événementiel, donc une piste tout à fait différente. Le papier, c'est une part importante de mon travail, qui me plaît aussi, mais différemment, qui ne dit pas les mêmes choses. Le papier, le décor mural répondent à un besoin de beauté, mais très différent du besoin de remettre en valeur les savoir-faire anciens. »
    Abonnez-vous à 100% création :
    100% création est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO , Apple Podcast , Castbox , Deezer , Google Podcast , Podcast Addict , Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.  
    Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc plus écouté.
    Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram / Facebook
  • Sared Ramirez: 100 ans après, la CIUP inspire toujours l’art et la photographie

    27/12/2025
    La Cité internationale universitaire de Paris, créée en 1925, est un campus unique au monde. Elle accueille, chaque année, 12 000 étudiants, chercheurs et artistes de 150 nationalités. Pour célébrer son centenaire : arts numériques, expositions, conférences, projections et visites guidées, concerts sont ouverts au public. À l’occasion de la programmation off du centenaire de la Cité internationale, nous recevons Sared Ramirez, ancienne résidente.
    Cette artiste investit l’intimité des chambres étudiantes du campus avec une exposition intitulée « Nos chambres ». Pour cette cinéaste-photographe mexicaine, installée à Paris, la Cité est un véritable creuset de créativité, d’échanges et d’inspiration. Un espace catalyseur de projets artistiques et de rencontres humaines.
    Je pense que la création est une pratique essentielle pour moi. Je l'ai confirmé ici.
    Sared Ramirez, cinéaste-photographe.
    J’avais vraiment besoin de faire autre chose à côté. Je faisais des études théoriques, j’avais besoin, pour survivre, de faire quelque chose, même si c’était du dessin ou de la photographie. Pour moi, la création, c’est une chose dont j’ai besoin pour vivre, car c’est le canal par lequel je peux déposer mes émotions et me libérer.
    Sared Ramirez est née dans une petite ville près de Guadalajara au Mexique. Après ses études en communication et arts audiovisuels, elle travaille dans la publicité et la postproduction, tout en explorant la création cinématographique à travers des courts métrages. Elle décide de venir en France pour approfondir ses connaissances théoriques du cinéma. « Je suis venue en France pour faire mon master. En tant que créatrice, cela a été difficile d’arriver dans un contexte académique, c’était à la Sorbonne Nouvelle, donc la Cité était un espace où je pouvais revenir chez moi, entourée de personnes qui m’inspiraient beaucoup. Parce qu’en fait, cela, c’est un autre aspect de la Cité : les gens que l’on peut y rencontrer, les profils variés, qui excellent dans leur domaine, qui inspirent. Pour moi, partager les Maisons avec des personnes qui, peut-être, n’étaient pas liées à ma discipline, était enrichissant. J’ai parlé avec des gens qui étaient dans la science, l’architecture, le droit, mais qui, d’une manière ou d’une autre, pouvaient m’apporter une vision plus riche de la vie et ainsi influencer mon travail aussi, en tant que créatrice. Je pense que cela donne à la création un aspect complètement différent, parce que tu sors de ta vision initiale, que ce soit à l’université ou avec tes amis, qui font du cinéma ou de la photographie, et tu deviens plus sensible et plus empathique envers les autres. »
    Pour Sared Ramirez, la Cité est un lieu chargé d’histoire, où ont vécu des étudiants devenus des personnalités. « Dès mon arrivée, j’ai été étonnée par le nombre de personnes célèbres qui sont passées ici, à la Cité. Un des photographes que je connais bien, comme Sebastião Salgado, habitait la Maison du Brésil. Il a commencé à faire de la photo à la Cité, et il est venu pour étudier l’économie, il a réalisé ses projets photo. Ensuite, il a changé de voie. Des écrivains comme Julio Cortázar ont aussi résidé ici, à la Maison d’Argentine, tout comme Jean-Paul Sartre. Beaucoup d’architectes sont aussi passés par la Cité. »
    La richesse des rencontres avec des personnes de différentes nationalités, disciplines et cultures a permis à Sared Ramirez de développer encore plus sa fibre artistique. « J’étais à la Maison du Mexique lors de ma première année. À la Cité, il y a cette notion de brassage. Toutes les Maisons doivent envoyer des résidents dans d’autres Maisons pour favoriser le mélange culturel. Il y a 60 % des résidents de la nationalité de la Maison et 30 % d’une autre nationalité. Cela crée une dynamique très intéressante, car ce n’est pas simplement une division par nationalités, mais un véritable melting-pot. J’ai été à la Fondation suisse, puis à la Maison Fondation Biermans-Lapôtre, et enfin, en dernière année, à la Fondation hellénique. C’est comme changer de pays, mais rester dans la même ville. J’ai eu la chance d’avoir fréquenté quatre Maisons différentes. C’est à la Fondation suisse que j’ai commencé mon projet photographique. C’est une Maison incroyable, conçue par Le Corbusier. Les chambres, notamment, m’ont beaucoup inspirée. Les couleurs, l’atmosphère, tout cela donne une sensation de bâtiment très artistique. C’est là que j’ai lancé mon projet photographique. »
    La Cité Universitaire est un espace de création. Pour Sared Ramirez, il existe de nombreux moyens, comme des ateliers, des laboratoires photo, et des opportunités de projets collaboratifs, qui lui ont permis de monter plusieurs expositions. « Je fais beaucoup de choses en tant qu’artiste. J’ai expérimenté la sculpture, la photographie, le cinéma. Je suis aussi assistante réalisatrice. Je pense que je ne commence pas par la forme, mais par une idée que je souhaite exprimer. Ensuite, je cherche la forme, en laissant parfois faire le destin, avec les outils que j’ai sur le moment. À la Cité, j’avais un laboratoire photo et j’étais passionnée déjà de photo. Avec la photographie, c’était plus simple, je savais que faire du cinéma était plus compliqué, car cela nécessite une équipe. Je savais aussi que je n’avais pas beaucoup de temps, mais je voulais tout de même raconter des histoires. Pour moi, c’est essentiel. Même dans la photographie ou la sculpture, je veux toujours transmettre quelque chose. Mon processus consiste à être attentif à ce que la vie me donne sur le moment, et à faire avec. J’avais un laboratoire photo, ce bâtiment de Le Corbusier, et des personnes très intéressantes autour de moi. J’ai décidé de faire un portrait, et j’ai raconté des histoires à travers la photographie, en laissant parler mon instinct. »
    Sared Ramirez participe à la célébration du centenaire de la Cité. En s’inspirant de l’esthétique des premières photos prises sur ce campus atypique, l'artiste mexicaine a documenté les chambres des résidents. « J’ai photographié beaucoup de personnes cette année : 95 en tout, réparties dans 43 Maisons. C’est un travail intensif. J’ai passé beaucoup de temps avec chacun pour réaliser ces photos. Tous ces gens que je ne connaissais pas, je leur écrivais dans les groupes WhatsApp de chaque Maison : "Je suis photographe, je réalise un projet. Qui veut être photographié ?" La première personne qui répondait, je la choisissais et je me rendais dans sa chambre. Elle savait que je passerais. Cela créait déjà une certaine familiarité. Je commençais par un petit entretien enregistré, car c’est aussi un projet audiovisuel. En fin de compte, il ne s’agit pas seulement de photos, mais aussi de témoignages sonores. Je posais trois questions : nom, âge, origine, pourquoi Paris, puis la résidence, la chambre, et enfin ce qu’il pensait de la Cité. Avec ces réponses, je pouvais mieux connaître la personne et préparer la séance photo. »
    « Pour la prise de vue, je demandais à la personne d’être en action, de se mettre en scène. Par exemple, si elle aimait lire dans sa chambre, je lui demandais où elle lisait, ce qu’elle lisait. Je voulais que la photo reflète ce qu’elle faisait ou ressentait. Comme c’était de l’argentique, je ne pouvais prendre que quinze photos par chambre, donc je prenais mon temps. Parfois, les gens me proposaient de boire un café, et on discutait longtemps avant de faire la photo, pour que ce soit le plus naturel possible. »
    La résidence de Sared Ramirez à la Cité U lui a permis de valoriser ses échanges avec d’autres étudiants d’horizons variés. Elle a aussi pu s’initier à d’autres formes d’art. « C’est vrai qu’en arrivant à la Cité universitaire, j’ai rencontré beaucoup de personnes qui faisaient de l’art, dans des disciplines très diverses. C’est pour cela que j’ai commencé à faire de la sculpture, même si je n’y avais jamais pensé auparavant. Quand j’ai rencontré des architectes intéressés par la sculpture, j’ai trouvé cela très enrichissant. Le mélange des profils, des disciplines, est extrêmement stimulant. Il y a une sélection très exigeante à la Cité : chaque Maison choisit ses résidents de manière rigoureuse. Parmi eux, un ami a été nommé aux Oscars l’année dernière pour son court-métrage. Ce sont vraiment des personnes très intéressantes. On est dans un environnement où l’on doit constamment apprendre et évoluer. »
    Au-delà de sa démarche artistique, Sared Ramirez souhaite laisser une trace de sa génération et de son attachement à la Cité internationale universitaire de Paris. « Je viens de terminer mon master. Mon prochain projet est de réaliser un livre pour laisser une trace, une archive de ce que j’ai fait. J’ai photographié les 43 Maisons, inspirée par les photos des années 1930. Je pense qu’il faudrait faire un documentaire sur notre génération. Ce sera peut-être mon prochain projet. Je veux créer un livre imprimé, car cela restera une archive. Peut-être que, dans le futur, cela sera utile pour comprendre comment on a vécu la Cité en 2025. Je pourrais retourner au Mexique, mais pour l’instant je suis heureuse d’être ici, artiste. La France valorise beaucoup les arts, et je peux le ressentir. J’aime cette énergie. »
     
    Abonnez-vous à « 100% création »
     « 100% création » est disponible à l’écoute sur toutes les plateformes de podcasts : PURE RADIO, Apple Podcast Castbox Deezer Google Podcast Podcast Addict Spotify ou toute autre plateforme via le flux RSS.  
    Si vous aimez ce podcast, donnez-lui 5 étoiles et postez un commentaire sur ces applications pour qu'il soit visible et donc encore plus écouté.
    Retrouvez-nous aussi sur nos réseaux sociaux : Instagram 100% Création Facebook 100% Création-RFI

Acerca de 100 % création

Mode, accessoires, décoration, stylisme, design. Dans la chronique 100 % création de Maria Afonso, RFI vous fait découvrir l’univers de créateurs. Venez écouter leur histoire, leur parcours, leurs influences, leur idée de la mode chaque dimanche à 04h53, 6h55 et 12h54 TU vers toutes cibles. 
Sitio web del podcast
Aplicaciones
Redes sociales
v8.3.0 | © 2007-2026 radio.de GmbH
Generated: 1/25/2026 - 10:34:22 PM