Saltar al contenido
PodcastsL'Épopée des musiques noires

L'Épopée des musiques noires

L'Épopée des musiques noires
Último episodio

91 episodios

  • Justin Hicks, la poésie irrésistible d’une voix ensorcelante

    12/09/2026
    Ne cherchez pas la prouesse vocale en écoutant Justin Hicks. Laissez-vous davantage séduire par son talent de conteur mis en musique par deux indiscutables orfèvres de la production musicale inspirée : Chris Bruce et Meshell Ndegeocello. L’album Man of Style est une perle dont l’éclat illuminera l’automne. Rencontre avec les trois artisans de cette aventure artistique audacieuse.
    Enregistré en l’espace de deux jours, Man of Style est le fruit d’un travail collectif à la lisière de la soul-music et du jazz. Si le nom de Justin Hicks apparaît discrètement sur la pochette du disque, c’est justement pour signifier l’intention collégiale de ce projet. Certes, identifier le principal interprète est utile, mais cet album a été pensé à trois. « Disons les choses simplement : on s’aime bien tous les trois ! Dès qu’un projet se fait jour, nous nous enthousiasmons immédiatement. Certaines des chansons de mon album, par exemple, sont en moi depuis bien longtemps. Je les ai en tête depuis des lustres. Par conséquent, je savais que je pouvais compter sur un partenariat total avec Meshell et Chris. » (Justin Hicks sur RFI)
    Justin Hicks peut s’enorgueillir d’entretenir une relation amicale avec la chanteuse, bassiste et productrice, Meshell Ndegeocello. Insatiable créatrice, son esprit libre la distingue de ses homologues instrumentistes. Ses choix artistiques et ses fortes convictions nourrissent son répertoire. Sa sensibilité et son indépendance sont une force qu’elle sait exprimer avec une délicate intelligence. Aux côtés de Justin Hicks, elle ne s’impose pas. Elle accompagne une idée, une envie, un regard. « Il faut comprendre que nous sommes d’abord un collectif. Ce n’est pas l’orchestre de Meshell Ndegeocello. Nous collaborons avant toute chose. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Alors oui, il arrive que je donne mon avis et que je filtre un peu la somme d’idées que nous produisons tous ensemble. Il est vrai que j’essaye de donner une direction à tout ce que nous imaginons mais nous essayons réellement de travailler comme si nos trois cerveaux ne faisaient plus qu’un. Justin a beaucoup de finesse dans son jugement. Je m’en remets d’ailleurs souvent à son avis définitif. » (Meshell Ndegeocello au micro de Joe Farmer)
    Une telle complicité suppose une compréhension mutuelle immédiate, quasi instinctive. D’aucun parlerait d’un langage spirituel partagé, mais l’expérience et le talent sont indispensables. Justin Hicks, Meshell Ndegeocello et Chris Bruce sont des virtuoses et savent parfaitement mettre en forme leurs fulgurances en jouant à l’unisson. « Pour moi, le dénominateur commun entre nous, c’est notre écoute mutuelle. Nous cherchons à apprendre les uns des autres. En tant que musiciens afro-américains, nous avons une culture très riche qui ne nous limite pas à certains genres musicaux. Être noir ne signifie pas forcément jouer de la musique noire. Nous sommes des esprits ouverts et nous nous nourrissons de tout type d’influences pour créer notre propre identité. Pour moi, les artistes doivent transmettre des valeurs de courage, d’honnêteté, de réconfort et d’évasion. Les meilleurs artistes doivent vous faire réfléchir. Souvent, l’émotion transmise par un artiste transcende le langage. Il n’est pas nécessaire de connaître la langue d’un artiste pour ressentir son émotion. Il m’arrive très souvent d’écouter des chansons dont je ne comprends pas le sens mais je vibre, malgré tout, sur les intonations verbales et musicales d’une langue. J’ai même le sentiment de comprendre l’intention de l’auteur. » (Chris Bruce sur RFI)
    Man of Style n’est donc pas un album anodin. Il est la somme d’émotions et de réflexions que trois personnalités ont su soigneusement révéler. Justin Hicks est la voix singulière d’un redoutable triumvirat. Il vous donne rendez-vous le 5 octobre 2026 à Paris au New Morning, puis à Prague (6 octobre), Varsovie (8 octobre) et Marseille (10 octobre).
    ►Discographie Justin Hicks
    Quant à Meshell Ndegeocello, elle annonce un nouvel album dans lequel elle invite les grandes voix féminines d’aujourd’hui, Chaka Khan, Cynthia Erivo, Lianne La Havas… Synonym paraîtra le 2 octobre 2026.
    ►Site internet de Meshell Ndegeocello.
     
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Poly » par Justin Hicks extrait de Man of Style
    - « Man of Style » par Justin Hicks extrait de Man of Style>
    - « Oh ! » par Justin Hicks extrait de Man of Style
    - « Wendy » par Justin Hicks extrait de Man of Style
    - « Bread will rise » par Justin Hicks extrait de Man of Style.
  • Jacques Schwarz-Bart entre en résistance !

    05/09/2026
    Depuis Boston, où il vit actuellement, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart a perçu l’évolution progressive de la société américaine et s’inquiète des dérives autoritaires dont souffrent les démocraties occidentales en ce début de XXIe siècle. Face à ce péril, il convoque l’esprit de partage et d’unité que la musique peut nourrir. Avec Resistance, il entend agir sur les consciences et susciter un sursaut citoyen.
    Jacques Schwarz-Bart a toujours ressenti ce désir de justice, certainement insufflé par le modèle parental. Sa mère, Simone, est une illustre écrivaine inspirée et engagée. Son père, André, a été résistant pendant la Seconde Guerre mondiale et fut l’auteur d’un ouvrage majeur, Le Dernier des justes, prix Goncourt 1959. Il paraissait donc logique que cet élan frondeur résiste à l’érosion du temps et nourrisse la créativité de Jacques Schwarz-Bart dont les œuvres militent pour un idéal multiculturel que sa terre de Guadeloupe incarne naturellement.
    Resistance est donc un disque important. Chaque titre évoque une personnalité, un combat ou des valeurs humaines universelles. « Maya » honore la mémoire de la regrettée Maya Angelou, poétesse et activiste afro-américaine, auteure du fameux récit autobiographique Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage. « Sarah » fait une révérence à Sarah Maldoror, réalisatrice et actrice française, anticolonialiste et femme de caractère. « Violetta » salue la mémoire de Violetta Chaville, présidente de l’association des cuisinières de Guadeloupe, dont les constants efforts pour préserver les traditions caribéennes la hissent au rang de pionnière. Jacques Schwarz-Bart n’oublie pas pour autant les liens familiaux et le devoir de transmission. Il dédie « Song for Abraham » à son père et « Ezra » à son fils.
    Produire un disque dont le propos exprime clairement un sentiment contestataire ne doit pas l’enfermer dans la critique stérile et frontale. La nuance, la tempérance, la modération et l’espoir doivent aussi animer le discours de l’artiste. Jacques Schwarz-Bart y veille avec cette touche de malice qui identifie chacun de ses albums. Resistance n’échappe pas à la règle. Au-delà du sens que l’auditeur choisira de donner à ce nouveau répertoire, il est amusant de noter que le saxophoniste n’a fait appel ni à un pianiste ni à un guitariste. Il a préféré jouer avec la force rythmique du batteur Arnaud Dolmen et du contrebassiste Reggie Washington. Ce choix esthétique témoigne, une fois de plus, de l’ingéniosité piquante de cet incontestable virtuose.
    Vous pourrez vous en convaincre les 15, 16, 17 octobre 2026, au Sunset-Sunside à Paris.
    Site internet Jacques Schwarz-Bart
    Titres diffusés cette semaine :
    « Resistance » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Maya » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Violetta » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Monté Pi Ho » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Sarah » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
     
    À écouter aussiJacques Schwarz-Bart + Grégory Privat = «22»
  • 1926-2026 : Lou Donaldson aurait eu 100 ans

    29/08/2026
    1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 1er novembre 1926 à Badin en Caroline du Nord, Lou Donaldson fut un saxophoniste pétulant à la lisière du swing et de la soul-music balbutiante. Il enregistra pendant près de 50 ans des albums palpitants dont certains devinrent des classiques comme Alligator Bogaloo. Il nous quitta à l’âge respectable de 98 ans.
    Louis Andrew Donaldson Jr montre très tôt des aptitudes pour la musique. D’abord clarinettiste, c’est finalement au saxophone qu’il révèle son réel talent. Fortement influencé par Charlie Parker, il fait partie d’une génération nourrie par le blues ancestral et le Be Bop des années 40. À cette époque, de jeunes loups fougueux bousculent leurs aînés en proposant une lecture du jazz plus audacieuse. Les grands orchestres ne font plus recette après la crise économique de 1929 et de nouveaux virtuoses dynamitent le paysage sonore en petites formations. Les Miles Davis, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, redonnent de l’éclat à une forme d’expression qui épouse l’air du temps et les luttes sociales de plus en plus vives. Lou Donaldson a 20 ans et s’inscrit parfaitement dans cette mouvance artistique que l’on dit « révolutionnaire ».
    Pourtant, très vite, les goûts du public changent et d’autres couleurs jaillissent. Lou Donaldson a, entre-temps, su se forger une réputation. Au milieu des années 50, il a déjà séduit Art Blakey, Horace Silver, Clifford Brown, Gene Ammons et Milt Jackson, entre autres, qui lui offrent un espace de jeu conséquent, propice au développement de son identité stylistique. Outre ses prestations remarquées aux cotés des grandes figures du moment, il commence à enregistrer ses propres disques pour le label Blue Note auquel il restera fidèle pendant plusieurs décennies. Sa tonalité s’affine et flirte avec les accents du Rhythm’n’Blues, annonciateur du Rock’n’Roll.
    L’apparition du Free Jazz, à l’aube des années 60, va le déconcerter. Cette nouvelle approche très politique de l’interprétation ne lui sied guère. Peu enclin à suivre cette voie contestataire, il préfère le groove d’une Soul-Music plus consensuelle et spirituelle. Fils de pasteur, il n’a jamais oublié les préceptes de l’église même si son répertoire ne restituait pas forcément le caractère sacré d’une éducation religieuse. C’est en compagnie de l’organiste Jimmy Smith qu’il trouve le compromis idéal. Sans renier ses convictions musicales initiales, il parvient à imprimer un timbre et un tempo qui le distinguent de ses homologues.
    Lou Donaldson a traversé le XXe siècle en faisant fi des modes et des genres. Il choisît de suivre son instinct. Cette philosophie de vie fut son élixir de jouvence. Lors de la célébration de son 97eme anniversaire, il fît l’effort de se rendre au Dizzy’s Club de Manhattan pour entendre et applaudir ses œuvres dignement interprétées par ses plus fidèles disciples. Il disparut un an plus tard, le 09 novembre 2024.
    ► Le site de Lou Donaldson.
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « What now my love » par Lou Donaldson (1995)
    - « Parker’s mood » par Charlie Parker (1948)
    - « Minor mood » par Clifford Brown Feat. Lou Donaldson (1953)
    - « Hornin’ in » par Thelonious Monk Feat. Lou Donaldson (1956)
    - « Lou’s Blues » par Lou Donaldson (1957)
    - « Hot Dog » par Lou Donaldson (1969)
    - « All day long » par Jimmy Smith Feat. Lou Donaldson (1956)
    - « One cylinder » par Lou Donaldson (1967).
  • 1926-2026 : Ray Brown aurait eu 100 ans

    22/08/2026
    1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 13 octobre 1926 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Ray Brown fut un contrebassiste majeur dont la destinée a épousé celle des grands noms du jazz au XXᵉ siècle, de Louis Armstrong à Ella Fitzgerald, dont il fut l’époux.
    Rien ne prédestinait Ray Brown à la contrebasse. S’il étudie d’abord le piano, il ne parvient pourtant pas à s’enthousiasmer pour cet instrument dont les 88 touches lui paraissent difficiles à maîtriser. Les quatre cordes de la contrebasse lui donnent l’illusion que l’apprentissage sera plus aisé. Cette réflexion simpliste et puérile sera rapidement démentie par la réalité. Quelle que soit la discipline, l’effort et la constance s’imposent immédiatement si l’on veut devenir un maestro. Le jeune Raymond Matthews Brown s’attellera donc consciencieusement à la contrebasse, seul instrument, de surcroît, boudé par ses camarades de classe. Cette heureuse initiative va décider de sa destinée future. Avec application, l’élève va progressivement acquérir la virtuosité du maître et inciter ses contemporains à le solliciter dans leurs diverses formations.
    En 1946, Ray Brown a 20 ans. Il se rend à New York où l’effervescence musicale rythme le quotidien des clubs de la 52ᵉ rue à Manhattan. C’est là qu’il saisit les premières opportunités de jouer dans des orchestres fameux. Le trompettiste Dizzy Gillespie le remarque et le convie à le rejoindre sur scène. Aussitôt, son aisance artistique séduit et lui permet de fréquenter les étoiles du moment, Charlie Parker, Bud Powell, Max Roach… Il est la coqueluche que l’on encense et les labels ne manquent pas de le courtiser. Cela explique certainement une discographie imposante qui couvre un demi-siècle de swing trépidant. Sa maîtrise parfaite, son tempo assuré, sa rondeur sonore, et son attitude réfléchie, rassurent ses interlocuteurs. Ray Brown se retrouve instantanément dans la cour des grands, en compagnie de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sonny Rollins, Duke Ellington, et beaucoup d’autres…
    L’un de ses colistiers préférés fut le pianiste Oscar Peterson, avec lequel il jouera pendant plus de quinze ans, mais il serait injuste de réduire l’épopée de Ray Brown à cette longue et fructueuse collaboration. Il fut d’abord un compositeur et un accompagnateur de grande valeur qui a traversé les décennies et les révolutions stylistiques sans jamais se compromettre. Fidèle à l’art du trio, il conservait une tradition authentiquement jazz héritée de ses aînés, Jimmy Blanton, Slam Stewart, Oscar Pettiford, Milt Hinton, Georges Duvivier… Converser avec Ray Brown pouvait être intimidant car sa voix posée et son ton professoral imposaient de fait le respect. Véritable gentleman, il soutenait avec une discrète vigueur le jeu fougueux de ses nombreux partenaires de scène et de studio. Il enregistra ses derniers disques en compagnie du pianiste jamaïcain Monty Alexander et du guitariste américain Russell Malone.
    Le 2 juillet 2002, après une après-midi de golf à Indianapolis, il partit se reposer à son hôtel avant le concert du soir. Il ne se réveilla jamais de cette sieste qu’il s’imposait quotidiennement. Ray Brown nous quitta à l’âge de 75 ans.
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Rockin Chair » par Roy Eldridge feat. Ray Brown (1955)
    - « Solo for unaccompanied Bass » par Ray Brown (1956)
    - « Cheek to Cheek » par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong feat. Ray Brown (1956)
    - « Rock a bye your baby » par Ray Brown (1960)
    - « Gravy Waltz » par Oscar Peterson feat. Ray Brown (1963)
    - « The Blues » par Duke Ellington feat. Ray Brown (1974)
    - « April in Paris » par Ella Fitzgerald et Oscar Peterson feat. Ray Brown (1975)
    - « Everything but you » par Clark Terry feat. Ray Brown (1980)
    - « Battle hymn of the republic » par le London Symphonic Orchestra feat. Ray Brown (1993)
    - « Brown Funk » par Ray Brown, John Clayton et Christian McBride (1997)
    - « Brown Bossa » par Ray Brown (2001).
  • 1926-2026 : Chuck Berry aurait eu 100 ans

    15/08/2026
    1926 marque la naissance de grands personnages. Dans le jazz, Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais l’univers du rock’n’roll compte aussi quelques piliers incontournables. Né à Saint-Louis dans le Missouri, le 18 octobre 1926, Chuck Berry a révolutionné la musicalité du Rhythm’n’Blues héritée du swing des grands orchestres jazz afro-américains.
    Charles Edward Anderson Berry est issu de la classe moyenne afro-américaine. Son père est charpentier et homme d’église. Sa mère est institutrice. Son intérêt pour la musique se révèle très tôt sous l’influence culturelle de chants sacrés entendus durant les messes dominicales où il se rend, enfant, avec ses frères et sœurs. Pour autant, sa destinée artistique va progressivement s’éloigner de la bienséance religieuse pour une autre forme d’expression plus brute : le blues. Le jeu du vétéran T-Bone Walker l’inspire et le convainc de s’éloigner des cantiques pour des airs populaires et profanes.
    Jeune homme fougueux et forte tête, il brave les interdits et se retrouve régulièrement confronté aux injonctions des forces de police dans une société qui ne laisse, de toutes façons, que peu de liberté aux citoyens noirs. Jusqu’au milieu des années 1950, Chuck Berry se cherche, multiplie les petits boulots et parvient progressivement à trouver un équilibre social. Il est un jeune père de famille qui doit résister à la précarité imposée par une Amérique inégalitaire et ségrégationniste. C’est à Chicago que son histoire s’accélère. Il y fait la connaissance du bluesman Muddy Waters qui l’encourage à aller rencontrer les frères Chess. Ces deux jeunes entrepreneurs polonais ont fondé le label Chess Records qui édite les enregistrements d’artistes de blues en vogue depuis 1947. Conscients de l’impérieuse nécessité de répondre aux attentes du public, ils adaptent leur catalogue discographique à l’air du temps.
    En 1955, le Rhythm’n’Blues fait sensation mais doit encore mûrir. Il lui manque la vitalité d’intrépides instrumentistes capables de jouer avec les accents de la country-music et la rugosité du blues originel. Chuck Berry est l’homme idéal pour relever ce défi. En adaptant « Ida Red », une vieille ritournelle immortalisée en 1939 par Bob Wills, il parvient à insuffler une nouvelle tonalité au paysage sonore du moment. Le Rock’n’Roll balbutiant va bientôt déferler sur la planète. Nous sommes en 1955 et le titre « Maybellene », relecture savante de « Ida Red », entre dans le grand livre des classiques intemporels. Le nom de Chuck Berry devient, dès lors, un étendard pour le label Chess. « Rock’n’Roll Music », « Roll Over Beethoven », « Johnny B.Goode », « Sweet Little Sixteen », les succès s’enchaînent et font le bonheur du public et des frères Chess.
    Fort de sa notoriété, le trublion Chuck Berry se pense intouchable mais la réalité le rattrape inexorablement. Les autorités lui rappellent avec zèle que les lois américaines en vigueur ne souffrent aucune contestation et que la célébrité n’est pas une immunité notamment lorsque votre peau est noire. Après diverses infractions sévères et quelques procès retentissants, c’est derrière les barreaux que Chuck Berry fêtera son 35ème anniversaire. Après deux ans d’incarcération dans une prison fédérale de l’Indiana, le héros déchu peine à retrouver sa flamme d’antan. Il aura la bonne fortune de compter sur un intérêt certain d’une nouvelle génération de musiciens britanniques passionnés par le patrimoine africain-américain. Grâce aux Rolling Stones et aux Beatles, le nom de Chuck Berry reprend des couleurs au début des années 60, mais l’imprévisible créateur du Rock’n’Roll reste un personnage frondeur et foncièrement indépendant. En 1966, il quitte Chess Records pour le label Mercury et tente ainsi de relancer sa carrière mais son comportement erratique et intransigeant agace ses nouveaux interlocuteurs. En 1970, Chuck Berry retourne finalement chez Chess dans l’espoir de renouer avec le succès. Curieusement, c’est une bluette vantant les mérites de l’onanisme qui le hissera au sommet des hit-parades. « My Ding-a-Ling » fait sensation en 1972 et lui offre la première place des classements discographiques américains.
    Intraitable lors de la négociation de ses contrats, Chuck Berry choisira progressivement la scène pour faire valoir son statut de pionnier du Rock’n’Roll. Jusqu’à sa disparition en 2017, à l’âge de 90 ans, il privilégiera les prestations en public plutôt que les fastidieuses séances de studio. Un album posthume, sobrement intitulé Chuck, paraîtra deux mois après son décès. Un disque de bonne facture qu’une presse clémente et révérencieuse jugea enfin à sa juste valeur.
    ► Le site de Chuck Berry.
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Maybellene » par Chuck Berry (1955)
    - « Wee Wee Hours » par Chuck Berry (1957)
    - « Johnny B. Goode » par Chuck Berry (1958)
    - « You Never Can Tell » par Chuck Berry (1964)
    - « My Ding-a-Ling » par Chuck Berry (1972).
Acerca de L'Épopée des musiques noires
Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 18h30 vers l'Afrique lusophone, et à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU + 2 en grille d'été).
Sitio web del podcast