L'Épopée des musiques noires
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- 1926 marque la naissance de grands personnages. Dans le jazz, Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais l’univers du rock’n’roll compte aussi quelques piliers incontournables. Né à Saint-Louis dans le Missouri, le 18 octobre 1926, Chuck Berry a révolutionné la musicalité du Rhythm’n’Blues héritée du swing des grands orchestres jazz afro-américains.
Charles Edward Anderson Berry est issu de la classe moyenne afro-américaine. Son père est charpentier et homme d’église. Sa mère est institutrice. Son intérêt pour la musique se révèle très tôt sous l’influence culturelle de chants sacrés entendus durant les messes dominicales où il se rend, enfant, avec ses frères et sœurs. Pour autant, sa destinée artistique va progressivement s’éloigner de la bienséance religieuse pour une autre forme d’expression plus brute : le blues. Le jeu du vétéran T-Bone Walker l’inspire et le convainc de s’éloigner des cantiques pour des airs populaires et profanes.
Jeune homme fougueux et forte tête, il brave les interdits et se retrouve régulièrement confronté aux injonctions des forces de police dans une société qui ne laisse, de toutes façons, que peu de liberté aux citoyens noirs. Jusqu’au milieu des années 1950, Chuck Berry se cherche, multiplie les petits boulots et parvient progressivement à trouver un équilibre social. Il est un jeune père de famille qui doit résister à la précarité imposée par une Amérique inégalitaire et ségrégationniste. C’est à Chicago que son histoire s’accélère. Il y fait la connaissance du bluesman Muddy Waters qui l’encourage à aller rencontrer les frères Chess. Ces deux jeunes entrepreneurs polonais ont fondé le label Chess Records qui édite les enregistrements d’artistes de blues en vogue depuis 1947. Conscients de l’impérieuse nécessité de répondre aux attentes du public, ils adaptent leur catalogue discographique à l’air du temps.
En 1955, le Rhythm’n’Blues fait sensation mais doit encore mûrir. Il lui manque la vitalité d’intrépides instrumentistes capables de jouer avec les accents de la country-music et la rugosité du blues originel. Chuck Berry est l’homme idéal pour relever ce défi. En adaptant « Ida Red », une vieille ritournelle immortalisée en 1939 par Bob Wills, il parvient à insuffler une nouvelle tonalité au paysage sonore du moment. Le Rock’n’Roll balbutiant va bientôt déferler sur la planète. Nous sommes en 1955 et le titre « Maybellene », relecture savante de « Ida Red », entre dans le grand livre des classiques intemporels. Le nom de Chuck Berry devient, dès lors, un étendard pour le label Chess. « Rock’n’Roll Music », « Roll Over Beethoven », « Johnny B.Goode », « Sweet Little Sixteen », les succès s’enchaînent et font le bonheur du public et des frères Chess.
Fort de sa notoriété, le trublion Chuck Berry se pense intouchable mais la réalité le rattrape inexorablement. Les autorités lui rappellent avec zèle que les lois américaines en vigueur ne souffrent aucune contestation et que la célébrité n’est pas une immunité notamment lorsque votre peau est noire. Après diverses infractions sévères et quelques procès retentissants, c’est derrière les barreaux que Chuck Berry fêtera son 35ème anniversaire. Après deux ans d’incarcération dans une prison fédérale de l’Indiana, le héros déchu peine à retrouver sa flamme d’antan. Il aura la bonne fortune de compter sur un intérêt certain d’une nouvelle génération de musiciens britanniques passionnés par le patrimoine africain-américain. Grâce aux Rolling Stones et aux Beatles, le nom de Chuck Berry reprend des couleurs au début des années 60, mais l’imprévisible créateur du Rock’n’Roll reste un personnage frondeur et foncièrement indépendant. En 1966, il quitte Chess Records pour le label Mercury et tente ainsi de relancer sa carrière mais son comportement erratique et intransigeant agace ses nouveaux interlocuteurs. En 1970, Chuck Berry retourne finalement chez Chess dans l’espoir de renouer avec le succès. Curieusement, c’est une bluette vantant les mérites de l’onanisme qui le hissera au sommet des hit-parades. « My Ding-a-Ling » fait sensation en 1972 et lui offre la première place des classements discographiques américains.
Intraitable lors de la négociation de ses contrats, Chuck Berry choisira progressivement la scène pour faire valoir son statut de pionnier du Rock’n’Roll. Jusqu’à sa disparition en 2017, à l’âge de 90 ans, il privilégiera les prestations en public plutôt que les fastidieuses séances de studio. Un album posthume, sobrement intitulé Chuck, paraîtra deux mois après son décès. Un disque de bonne facture qu’une presse clémente et révérencieuse jugea enfin à sa juste valeur.
► Le site de Chuck Berry.
Titres diffusés cette semaine :
- « Maybellene » par Chuck Berry (1955)
- « Wee Wee Hours » par Chuck Berry (1957)
- « Johnny B. Goode » par Chuck Berry (1958)
- « You Never Can Tell » par Chuck Berry (1964)
- « My Ding-a-Ling » par Chuck Berry (1972). - 1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Randy Weston fut l’un d’eux. Né le 6 avril 1926 à Brooklyn, New York, il fut un pionnier, une figure éminente du jazz qui croisa la route des légendes d’antan, Duke Ellington, Dizzy Gillespie, Hank Jones, mais aussi Fela Anikulapo Kuti au Nigeria. Son ouverture d’esprit et sa passion pour les cultures africaines ont façonné son écriture pianistique, sa musicalité et son existence tout entière.
Randy Weston avait une mission : rendre au continent africain sa valeur patrimoniale indéniable. Lorsqu’il découvre le Maroc en 1967, c’est le choc. Il se sent immédiatement chez lui et se fond dans les musiques gnawas. Il décidera d’ailleurs de s’installer à Tanger et y créera son propre club de jazz où ses contemporains passeront lui rendre fréquemment visite. Ainsi, Max Roach, Ahmad Jamal, Ahmed Abdul-Malik, Dexter Gordon, Stevie Wonder, James Brown, Marvin Gaye, Billy Harper, et tant d’autres, feront vivre ce lieu cosmopolite judicieusement nommé « African Rhythm Club ». Pour Randy Weston, le cœur battant des connaissances et du savoir ne pouvait être qu’en Afrique. « La preuve a été faite que l’humanité tout entière trouve ses origines en Afrique. Nous avons tous un lien avec l’Afrique : l'Europe, l’Asie, les Amériques, l’Océanie… Nous sommes tous liés à l’Afrique. Cela n’a pas été assez répété dans les écoles mais la musique peut être un excellent professeur. Pendant longtemps, les percussions africaines n’étaient pas admises dans la musique moderne. Aujourd’hui, vous les retrouvez partout. Pourquoi ? Parce que le rythme est une force spirituelle. Que ce soit Charlie Parker, Louis Armstrong ou les Gnawas du Maroc, la musique est une force vitale ». (Randy Weston au micro de Joe Farmer en juillet 2016)
Randy Weston montrait un vrai attachement à ses racines ancestrales. Cette obsession fut nourrie par des rencontres déterminantes. Le Mâalem Abdallah El Gourd guida ses premiers pas au Maghreb mais, bien avant de se rendre en Afrique du Nord, le jeune Randolph Edward Weston reçut une éducation parentale spirituelle et artistique stricte. « Mon père m’a très tôt parlé de mes racines africaines. Il m’a fait comprendre que j’étais un Africain né aux États-Unis, que les Noirs américains ont tous une histoire, une tradition. Il m’a signifié l’importance d’aller en Afrique mais, surtout, d’aider à la reconstruction de ce continent qui a connu tant de désastres. Ainsi, j’ai gardé en moi ce devoir d’agir en Afrique. Ce continent a tellement apporté au monde et si peu reçu en retour. Il est donc essentiel de jouer, d’enregistrer et de restaurer l’Afrique afin qu’elle retrouve sa grandeur passée ». (Randy Weston sur RFI en juillet 2016)
Chaque fois que Randy Weston s’exprimait, c’est un livre d’histoire qui s’ouvrait. Lorsqu’il nous quitta le 1er septembre 2018 à l’âge honorable de 92 ans, un pan entier de « L’épopée des Musiques Noires » sembla subitement s’évanouir mais la ferveur des hommages à l’échelle internationale fut si puissante qu’elle parvint à maintenir l’aura de cet homme de cœur qui trouvait alors certainement au-delà des cieux les réponses à ses nombreuses interrogations.
Randy Weston aurait eu 100 ans en 2026. Sachons honorer l’altruisme et la sagesse d’un virtuose, fils de l’Afrique et universaliste.
► Le site de Randy Weston.
Titres diffusés cette semaine :
- « Hi Fly » par Randy Weston (1958)
- « Penny Packer Blues » par Randy Weston (1969)
- « Tanjah » par Randy Weston (1973)
- « Jamaica East » par Randy Weston (1973)
- « Sarala » par Hank Jones et Cheick Tidiane Seck (1995). - Du 3 au 18 juillet 2026, les abords du lac Léman en Suisse devenaient le centre névralgique du swing afro-planétaire. Pour fêter sa 60ᵉ édition, ce rendez-vous musical majeur en Europe n’a pas lésiné sur les moyens, les surprises et les affiches exceptionnelles. De John Legend à Gregory Porter, de Deep Purple à Billy Cobham, de Marcus Miller à Vulfpeck, en passant par The Roots, Raye et (cerise sur le gâteau) Alicia Keys, ils étaient tous là et nous aussi…
Créé en 1967, le Montreux Jazz Festival a accueilli des milliers d’artistes en six décennies, mais qui se souvient du premier musicien ayant essuyé les plâtres ? Il s’agissait du saxophoniste et flûtiste Charles Lloyd. À 88 ans, ce fringant gentleman est revenu honorer de sa présence le bouquet final de cet anniversaire fastueux en livrant une prestation vivifiante le 17 juillet 2026. Homme de paix, instrumentiste libre et audacieux, esprit vif et sage penseur, ce virtuose incontestable a traversé le temps avec la volonté farouche de susciter la sérénité et l’écoute dans un monde de plus en plus turbulent et imprévisible. « Nous sommes sur une petite planète au milieu de centaines de systèmes solaires, alors pourquoi ne parviendrions-nous pas à nous entendre sur ce bout de terre perdu dans l’immensité de l’espace ? Nous devrions tous travailler à rendre notre maison bleue plus saine. Arrêtons de détruire tout ce qui nous permet de vivre. La condition humaine est l’une de mes priorités. Je me pose souvent cette question : « Quelle peut être ma contribution pour que ma musique touche suffisamment le cœur de ceux qui m’écoutent et qu’elle élève leur esprit afin qu’ils agissent pour un monde plus juste ? ». Vous l’avez compris, je suis un idéaliste qui croit à une force supérieure, qui en appelle aux sages de cette planète. Dans un orchestre, chaque musicien peut apporter de l’eau au moulin et cette collaboration honnête et authentique permet souvent de faire avancer l’ensemble d’une formation. Nous devrions tous nous en inspirer ». (Charles Lloyd au micro de Joe Farmer)
Il y a mille façons de mobiliser les consciences. L’indignation est nécessaire mais peu productive. Agir est essentiel au XXIᵉ siècle. L’art peut-il donner l’élan décisif ? Charles Lloyd en est convaincu. La musique est un langage universel qui fait appel aux émotions, à notre intellect, nous rassemble et nourrit la solidarité. Est-ce suffisant ? Le pianiste et compositeur Brian Jackson s’interroge. Ancien colistier du poète, conteur et activiste Gil Scott-Heron, il fut un citoyen engagé dont les prises de position tranchées ont marqué une époque tourmentée quand la communauté afro-américaine bataillait pour obtenir justice et égalité des droits. À 73 ans, Brian Jackson n’a rien perdu de sa verve légendaire et continue de militer pour un sursaut populaire efficace que la jeunesse doit provoquer. « Je crois que nos enfants ont déjà en eux ce désir de renverser la table ! Ils comprennent parfaitement le monde dans lequel ils vivent, mais ils ne voient pas comment atteindre leur objectif. Nous leur donnons un très mauvais exemple. Nous, adultes, passons notre temps à nous critiquer les uns les autres. Voilà l’image que nous donnons à la jeune génération. Ce ne sont pas eux les coupables. C’est nous ! Franchement, est-il normal que les jeunes d’aujourd’hui ne soient pas excités à l’idée de se construire un avenir ? Nous devons impérativement susciter en eux l’enthousiasme qu’ils ont perdu. En tant que parents, nous avons failli à notre tâche. J’apprends beaucoup des jeunes. J’apprends à regarder le monde avec d’autres yeux. Je me rends compte que j’ai progressivement oublié la manière candide et juvénile avec laquelle je percevais mon présent. Quand je parle avec des jeunes et que nous partageons nos idées, subitement, je retrouve les sensations d’autrefois, lorsque j’étais curieux, intrépide et attentif. Nous avons trop tendance à compartimenter nos relations, à nous reposer sur nos obsessions, à laisser nos convictions d’adulte guider notre esprit et, finalement, à parvenir toujours aux mêmes conclusions : l’avenir est bouché et nous courons à notre perte. Il faut rechercher sans cesse des vibrations nouvelles, celles que nos enfants savent capter instantanément. De toute façon, ils n’ont pas vécu notre quotidien d’il y a 50 ans. Ils n’étaient pas nés à cette époque. Ils réagissent donc à leur présent et nous avons besoin de les écouter pour vivre à leurs côtés l’instant présent. C’est la meilleure chose que ces jeunes gens peuvent nous enseigner ». (Brian Jackson à Montreux, le 16 juillet 2026)
Les motivations culturelles de Charles Lloyd et Brian Jackson se rejoignent et, même si leur expression diffère quelque peu, un désir commun de plénitude les anime. Le Montreux Jazz Festival a cette vertu d’offrir aux artistes de tous horizons une liberté de ton et un espace de créativité débridée que sa longévité a progressivement légitimés.
► Pour en savoir plus
Le 60ᵉ Montreux Jazz Festival
Charles Lloyd
Brian Jackson.
Titres diffusés cette semaine :
- « Jai Ganga » par Charles Lloyd extrait de Sangam & Friends
- « Sam on the Ganges » par Charles Lloyd extrait de Sangam & Friends
- « Lift every voice and sing » par Charles Lloyd extrait de Lift every voice
- « Home is where the hatred is » par Brian Jackson extrait de Now more than ever
- « Lady day & John Coltrane » par Brian Jackson extrait de Now more than ever
- « It’s your world » par Brian Jackson extrait de Now more than ever
- « The get out of the ghetto blues » par Gil Scott-Heron extrait de Free Will. - Du 3 au 18 juillet 2026, les abords du lac Léman en Suisse devenaient le centre névralgique du swing planétaire. Pour fêter sa 60ᵉ édition, ce rendez-vous musical majeur en Europe n’a pas lésiné sur les moyens, les surprises et les affiches exceptionnelles. De John Legend à Gregory Porter, de Deep Purple à Billy Cobham, de Marcus Miller à Charles Lloyd, en passant par The Roots, Raye et (cerise sur le gâteau) Alicia Keys, ils étaient tous là et nous aussi…
Cette constellation d’étoiles éclairait les légendes d’hier et d’aujourd’hui car l’histoire d’un festival s’écrit au quotidien. Ainsi, les grandes figures d’antan retrouvaient une seconde jeunesse grâce aux révérences appuyées de leurs contemporains ou de leurs héritiers. Le 16 juillet 2026, il y avait foule dans les coulisses. Deux orchestres semblaient vouloir raviver la flamme d’un créateur unique, l’illustre Miles Davis. Le batteur Billy Cobham (82 ans) fut le premier à monter sur scène. Certes, sa prestation n’était pas destinée à honorer le répertoire du regretté trompettiste, mais l’humeur jazz-rock de son groupe « Time Machine » nous rappelait combien sa contribution aux expérimentations électriques de son aîné avait marqué les esprits au début des années 70. « Miles m’a dit un jour : "Joue-moi quelque chose qui swingue !" Je me suis exécuté et il a ajouté : "Super ! Joue exactement ça demain ! " Le lendemain en studio, il me dit : "Te souviens-tu de ce que je t’ai dit hier ?" J’étais dans mes petits souliers et j’ai hoché de la tête. Il a surenchéri : "Et bien, joue-moi ça !" J’ai entamé un groove et soudain Miles me dit : "Ce n’est pas le rythme dont on parlait hier mais… continue, j’adore !" Pour jouer avec Miles Davis, il fallait être prêt et respecter l’exigence du maestro. Il fallait surtout être en parfaite symbiose avec le chef d’orchestre et ses camarades de jeu. Il fallait être capable de créer un univers musical dans lequel la compétition n’existait pas. Il fallait pouvoir suivre instantanément les fulgurances du leader. Ce n’est pas donné à tout le monde, croyez-moi ! » (Billy Cobham au micro de Joe Farmer)
À l’affiche, ce 16 juillet 2026, Marcus Miller ressuscitait plus directement le patrimoine de Miles Davis en actualisant l’album « We Want Miles » enregistré à l’origine en 1981. Entouré de ses colistiers de l’époque, Bill Evans (saxophone), Mike Stern (guitare) et Mino Cinelu (percussions), le célèbre bassiste a transporté le public suisse dans les méandres de la nostalgie en prenant soin de ne pas altérer les compositions originelles. Cette filiation invisible entre les différents instrumentistes qui ont accompagné « L’épopée Miles Davis » était presque palpable à Montreux en cet été caniculaire. « Une note de Miles nous réunissait tous. Il cherchait en chacun de nous cette crédulité qui faisait jaillir notre créativité. Quiconque a joué avec Miles fait partie de la famille. Il suffit de nous regarder pour comprendre que nous avons un lien indéfectible. » (Mino Cinelu à Montreux, le 16 juillet 2026)
Si les icônes d’autrefois continuent de fasciner les jeunes pousses et de hanter la mémoire des aînés, l’inéluctable évolution des genres musicaux, des goûts du public, des modes de communication, impose aux programmateurs de trouver le bon équilibre. Le 60ᵉ Montreux Jazz Festival a su conjuguer sa légende à tous les temps. Et parfois, les générations se parlaient à travers la musique, notamment quand la jeune chanteuse britannique Sienna Spiro (20 ans) évoquait avec émotion le concert frissonnant de l’immense Nina Simone, 50 ans plus tôt, sur cette même scène. L’une tendait la main à l’autre au-delà des décennies. Même si le temps passe, la transmission se poursuit et façonne le paysage musical du XXIᵉ siècle.
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Le 60ᵉ Montreux Jazz Festival
Billy Cobham
Mino Cinelu
Titres diffusés cette semaine :
- « Times of my life » par Billy Cobham (2026)
- « Jack Johnson » par Miles Davis Feat. Billy Cobham (1971)
- « Incoming » par Billy Cobham (1989)
- « Song for Julie » par Mino Cinelu (2020)
- « Fast Track » par Miles Davis Feat. Mino Cinelu (1982)
- « Jean-Pierre » par Miles Davis Feat. Mino Cinelu (1982) - À l’occasion du centenaire de Miles Davis, le bassiste Marcus Miller réunit autour de lui ses anciens partenaires de l’album We Want Miles : Mike Stern (guitare), Bill Evans (saxophone), Mino Cinelu (percussions). Ces quatre piliers de l’orchestre de Miles Davis dans les années 80 réinventent un répertoire historique sur scène durant tout l’été. Le 4 juillet 2026, lors du 45è festival Jazz à Vienne, le théâtre antique plein à craquer a vécu un moment unique ! Nous y étions…
En 1981, Miles Davis est convalescent. Lorsqu’il réapparaît sur les scènes internationales après cinq années de lutte contre ses démons et ses addictions, il entend donner l’image d’un homme neuf, d’un instrumentiste toujours inventif et d’un chef d’orchestre attentif aux goûts du public. Pour cela, il s’entoure de jeunes virtuoses capables de faire entrer son swing dans une nouvelle décennie plus pop, plus funk, plus audacieuse. Le retour de Miles Davis dans le feu des projecteurs intimide cependant ses propres colistiers car le célèbre trompettiste est devenu une légende du jazz au fil des décennies. Cela fait déjà plus de 30 ans que son nom symbolise la force créative afro-américaine.
Aujourd’hui encore, les plus fins musicologues reconnaissent que ce grand personnage a toujours su flairer l’air du temps et adapter sa musique, son look, son attitude à son époque. Il fut aussi un sacré découvreur de talents capable de déceler les aptitudes de ses contemporains. En testant la valeur de ses jeunes recrues devant un public souvent médusé par tant d’inventivité et de hardiesse, il offrait une exposition de choix à ses apprentis jazzmen dont la carrière ne pouvait que décoller rapidement. « L’expérience que nous avons eue avec Miles nous a permis de prendre différentes directions artistiques. Cependant, nous avons tous en commun une approche du jazz insufflée par Miles. C’est comme si nous avions tous un même parent. Nous avons suivi notre propre chemin, nous avons beaucoup voyagé, nous avons tenté de nouvelles expériences, mais nous avons le même père, en quelque sorte… », racontait Marcus Miller au micro de Joe Farmer, le 4 juillet 2026.
La tournée « We Want Miles » a ravivé des souvenirs mais aussi insidieusement rappelé que le répertoire de Miles Davis résiste à l’érosion du temps. Certes, les enregistrements d’époque ont un peu vieilli mais les compositions ne se sont pas flétries. En ressuscitant les œuvres d’antan, avec la maturité acquise pendant 45 ans, Marcus Miller et ses compagnons de route prouvent que le patrimoine légué par leur illustre aîné n’est pas figé dans l’histoire. Il vit et se développe à condition que de furieux improvisateurs s’en emparent et l’actualisent. Les élans percussifs de Mino Cinelu donnent aujourd’hui un nouveau relief au groove d’autrefois. Les envolées guitaristiques de Mike Stern revitalisent les saillies éclectiques d’hier. Le lyrisme du saxophoniste Bill Evans fait entrer Miles Davis dans le XXIè siècle. Et pourtant, la nostalgie n’est pas loin quand les principaux protagonistes de cette histoire acceptent de jeter un œil dans le rétroviseur. « Miles appréciait beaucoup le groupe que nous avions formé. Je me souviens de ses mots : "Vous êtes le meilleur groupe que je n’ai jamais eu !" Il était heureux de ce come-back après cinq ans d’absence. Nous avons pris ce compliment avec beaucoup d’humilité car, autrefois, il avait eu d’autres orchestres bien plus fameux que le nôtre. Pour être totalement honnête avec vous, nous n’étions pas vraiment au point musicalement parlant. Il y avait une sacrée part d’improvisation et d'hésitation, mais, lorsque l’on réécoute l’enregistrement de cette tournée de 1981, cette impréparation a une certaine saveur. On entend quelques moments épatants de création instantanée », relate Mike Stern, à Vienne, le 4 juillet 2026.
La tournée européenne « We Want Miles » s’achèvera le 30 juillet 2026 à Bari en Italie, mais cette année de célébration du centenaire de Miles Davis se poursuivra certainement encore quelques mois à travers divers projets imaginés par quelques disciples, héritiers ou admirateurs du maestro.
► Pour en savoir plus
Marcus Miller
Mike Stern
Bill Evans
Mino Cinelu
Miles Davis
Titres diffusés cette semaine :
- « Jean-Pierre » par Miles Davis extrait de « We Want Miles » (1981)
- « Aïda » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026)
- « My man’s gone now » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026)
- « Jean-Pierre » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026).
Acerca de L'Épopée des musiques noires
Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music ! À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 18h30 vers l'Afrique lusophone, et à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU + 2 en grille d'été).
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