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PodcastsL'Épopée des musiques noires

L'Épopée des musiques noires

L'Épopée des musiques noires
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  • «We Want Miles», Marcus Miller revitalise une formation légendaire

    18/07/2026
    À l’occasion du centenaire de Miles Davis, le bassiste Marcus Miller réunit autour de lui ses anciens partenaires de l’album We Want Miles : Mike Stern (guitare), Bill Evans (saxophone), Mino Cinelu (percussions). Ces quatre piliers de l’orchestre de Miles Davis dans les années 80 réinventent un répertoire historique sur scène durant tout l’été. Le 4 juillet 2026, lors du 45è festival Jazz à Vienne, le théâtre antique plein à craquer a vécu un moment unique ! Nous y étions…
    En 1981, Miles Davis est convalescent. Lorsqu’il réapparaît sur les scènes internationales après cinq années de lutte contre ses démons et ses addictions, il entend donner l’image d’un homme neuf, d’un instrumentiste toujours inventif et d’un chef d’orchestre attentif aux goûts du public. Pour cela, il s’entoure de jeunes virtuoses capables de faire entrer son swing dans une nouvelle décennie plus pop, plus funk, plus audacieuse. Le retour de Miles Davis dans le feu des projecteurs intimide cependant ses propres colistiers car le célèbre trompettiste est devenu une légende du jazz au fil des décennies. Cela fait déjà plus de 30 ans que son nom symbolise la force créative afro-américaine.
    Aujourd’hui encore, les plus fins musicologues reconnaissent que ce grand personnage a toujours su flairer l’air du temps et adapter sa musique, son look, son attitude à son époque. Il fut aussi un sacré découvreur de talents capable de déceler les aptitudes de ses contemporains. En testant la valeur de ses jeunes recrues devant un public souvent médusé par tant d’inventivité et de hardiesse, il offrait une exposition de choix à ses apprentis jazzmen dont la carrière ne pouvait que décoller rapidement. « L’expérience que nous avons eue avec Miles nous a permis de prendre différentes directions artistiques. Cependant, nous avons tous en commun une approche du jazz insufflée par Miles. C’est comme si nous avions tous un même parent. Nous avons suivi notre propre chemin, nous avons beaucoup voyagé, nous avons tenté de nouvelles expériences, mais nous avons le même père, en quelque sorte… », racontait Marcus Miller au micro de Joe Farmer, le 4 juillet 2026.
    La tournée « We Want Miles » a ravivé des souvenirs mais aussi insidieusement rappelé que le répertoire de Miles Davis résiste à l’érosion du temps. Certes, les enregistrements d’époque ont un peu vieilli mais les compositions ne se sont pas flétries. En ressuscitant les œuvres d’antan, avec la maturité acquise pendant 45 ans, Marcus Miller et ses compagnons de route prouvent que le patrimoine légué par leur illustre aîné n’est pas figé dans l’histoire. Il vit et se développe à condition que de furieux improvisateurs s’en emparent et l’actualisent. Les élans percussifs de Mino Cinelu donnent aujourd’hui un nouveau relief au groove d’autrefois. Les envolées guitaristiques de Mike Stern revitalisent les saillies éclectiques d’hier. Le lyrisme du saxophoniste Bill Evans fait entrer Miles Davis dans le XXIè siècle. Et pourtant, la nostalgie n’est pas loin quand les principaux protagonistes de cette histoire acceptent de jeter un œil dans le rétroviseur. « Miles appréciait beaucoup le groupe que nous avions formé. Je me souviens de ses mots : "Vous êtes le meilleur groupe que je n’ai jamais eu !" Il était heureux de ce come-back après cinq ans d’absence. Nous avons pris ce compliment avec beaucoup d’humilité car, autrefois, il avait eu d’autres orchestres bien plus fameux que le nôtre. Pour être totalement honnête avec vous, nous n’étions pas vraiment au point musicalement parlant. Il y avait une sacrée part d’improvisation et d'hésitation, mais, lorsque l’on réécoute l’enregistrement de cette tournée de 1981, cette impréparation a une certaine saveur. On entend quelques moments épatants de création instantanée », relate Mike Stern, à Vienne, le 4 juillet 2026.
    La tournée européenne « We Want Miles » s’achèvera le 30 juillet 2026 à Bari en Italie, mais cette année de célébration du centenaire de Miles Davis se poursuivra certainement encore quelques mois à travers divers projets imaginés par quelques disciples, héritiers ou admirateurs du maestro.
    ► Pour en savoir plus
    Marcus Miller
    Mike Stern
    Bill Evans 
    Mino Cinelu
    Miles Davis
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Jean-Pierre » par Miles Davis extrait de « We Want Miles » (1981)
    - « Aïda » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026)
    - « My man’s gone now » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026)
    - « Jean-Pierre » par Marcus Miller & Friends - Live « Jazz à Vienne » (2026).
  • Miles Davis et John Coltrane, le centenaire de deux icônes !

    11/07/2026
    L’année 2026 est certainement et symboliquement la première manifestation palpable du centenaire du jazz. Certes, cette forme d’expression vit le jour avant 1926, mais elle ne fut réellement incarnée que par une génération d’instrumentistes nés il y a un siècle. Miles Davis et John Coltrane font partie de ces virtuoses dont on célèbre aujourd’hui avec faste l’anniversaire. Le trompettiste Terence Blanchard et le saxophoniste Ravi Coltrane ont décidé de revitaliser un répertoire historique avec la révérence qui s’impose.
    Entre 1955 et 1960, deux esprits libres s’associent pour créer un univers musical inédit. L’un est trompettiste, l’autre saxophoniste, mais tous deux rivalisent d’inventivité pour que leur musique traduise l’air du temps. À cette époque, la condition des citoyens afro-américains est encore très fragile et la lutte pour l’égalité des droits n’a pas encore porté ses fruits. Le jazz représente donc une force de contestation diffuse qui défie l’académisme conservateur aux États-Unis. Marquer sa différence, c’est imposer sa place dans une société qui ne vous l’octroie pas. Ensemble ou séparément, Miles Davis et John Coltrane ont inscrit leur musicalité dans cette résilience artistique que l’on continue de saluer aujourd’hui. Ils ont identifié une génération, une humeur sonore, une expressivité, magnifiées par leur audace mélodique, rythmique et harmonique.
    Certes, le swing de ces deux trublions n’avait pas la même tonalité. Certes, leur attitude et leur caractère personnel ne narraient pas forcément la même destinée mais une intention les réunissait. John Coltrane était un être tourmenté dont les longues envolées débridées au saxophone dissimulaient difficilement le tiraillement entre rage et spiritualité. Miles Davis était un chef d’orchestre peu disert, mais un trompettiste appliqué dont le lyrisme reflétait un désir de respectabilité. Que ces deux hommes si différents aient pu converser sur un album comme Kind of Blue, chef d’œuvre absolu du jazz, prouve qu’un dialogue animé par un élan commun donne du sens à un engagement.
    Aujourd’hui, Terence Blanchard et Ravi Coltrane ont le devoir d’honorer la promesse de leurs aînés sans en calquer l’originalité. La relecture d’œuvres passées doit s’inscrire au XXIè siècle pour ne pas les figer dans le temps. Le défi est de taille quand l’héritage est si lourd, mais la marque des grands interprètes passe par cet exercice de style. Du 29 juin au Grand Rex à Paris au 12 juillet 2026 à Rotterdam aux Pays-Bas, en passant par le 4 juillet au théâtre antique de Vienne, près de Lyon, les centenaires Miles Davis et John Coltrane sont dignement célébrés cet été en Europe.
    Pour en savoir plus
    Miles Davis
    Terence Blanchard
    Ravi Coltrane
    John Coltrane - Explore 100
    Jazz à Vienne.
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « So What » par Miles Davis et John Coltrane extrait de l’album Kind of Blue (1959)
    - « In Green Dolphin Street » par Terence Blanchard et Ravi Coltrane au festival « Jazz à Vienne » (2026)
    - « Someday my prince will come » par Terence Blanchard et Ravi Coltrane au festival « Jazz à Vienne » (2026)
    - « Two Bass Hit » par Terence Blanchard et Ravi Coltrane au festival « Jazz à Vienne » (2026).
  • Le Thanda Choir au «chœur» de la tradition sud-africaine

    04/07/2026
    Depuis quelques mois, le Thanda Choir, jeune formation vocale sud-africaine, vit un rêve éveillé. Invitée par la chanteuse américaine Melody Gardot en juillet 2025 pour participer à sa série de concerts à l’Olympia à Paris, cette chorale composée d’une quinzaine de chanteurs et chanteuses originaires de Kayelitsha, près de Cape Town, a fait sensation et n’en finit plus de charmer les spectateurs du monde entier. Le 11 mai 2026, grâce aux équipes du festival « Jazz sous les pommiers » à Coutances en Normandie, la force expressive de l’Afrique australe a jailli devant les micros de RFI.
    Écouter le Thanda Choir, c’est se plonger dans le patrimonial sud-africain ancestral. Instantanément, l’écho de chœurs historiques résonne dans nos oreilles. Les Manhattan Brothers qui révélèrent Miriam Makeba, les Ladysmith Black Mambazo, le Soweto Gospel Choir, tous ces groupes portés par de somptueuses harmonies vocales ont accompagné en chansons la destinée d’un pays malmené par des choix politiques insensés et par une ségrégation féroce dont les stigmates restent palpables aujourd’hui. Le but du Thanda Choir est donc de chercher l’apaisement à travers des mots choisis et des notes inspirées. « Beaucoup de gens pensent encore que la politique sud-africaine est très instable mais nous ne voulons pas que cette image caricaturale nous détourne de notre but initial. Mandela s’est battu pour nous pendant des décennies et il est de notre devoir de montrer au monde entier que nous sommes un peuple libre. Notre pays n’est pas aussi divisé qu’on le dit. Nous nous soutenons les uns les autres, quelles que soient nos ethnies et nos traditions. Dans toutes les disciplines, le sport, l’art, la musique, nous cherchons à montrer l’unité du pays ». (Siviwé Nkozombi au micro de Joe Farmer)
    La musique est certainement un vecteur de transmission paisible du savoir, de la connaissance et des émotions. Ressentir physiquement le message d’un interprète est possible tant que sa voix est entendue. Longtemps, l’apartheid a muselé les artistes. L’exil était la seule solution pour tenter d’exposer sa culture au-delà des frontières sud-africaines. Cet ostracisme a bâillonné un peuple pendant des décennies. L’élection de Nelson Mandela à la tête du pays en 1994 a certainement permis une ouverture démocratique mais il fallut du temps pour pouvoir savourer les trésors artistiques de cette contrée lointaine. Aujourd’hui encore, les traditions sud-africaines restent à explorer. « Le monde entier doit encore apprendre de nos traditions. Il existe beaucoup de cultures différentes en Afrique du Sud. C’est la raison pour laquelle nous essayons de montrer, à travers nos chants, la diversité de notre pays natal. Nous cherchons à faire entrer le public dans notre univers, lui donner une perspective différente à travers la musique. Nous montrons donc aux spectateurs la manière dont nous chantons, la manière dont nous dansons, afin de donner une meilleure visibilité de notre patrimoine ancestral à travers la musique ». (Zinziwé Mazotsho sur RFI)
    Nul doute que les voix scintillantes du Thanda Choir révéleront progressivement les richesses musicales sud-africaines à l’échelle internationale. Le documentaire de Jack Zakrajsek et Jordan Wollman, qui leur est consacré, contribuera à donner une meilleure lecture d’une épopée, celle de jeunes gens, symboles d’une Afrique du Sud vivante, vivace et vivifiante !
    ►The Thanda Choir : Official documentary teaser.
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Mbube » par les Ladysmith Black Mambazo (1994)
    - « Ingqumbo » par le Thanda Choir (Session privée à Coutances, le 11 mai 2026)
    - « Shosholoza » par les Ladysmith Black Mambazo (1999)
    - « Uthando » par le Thanda Choir (Session privée à Coutances, le 11 mai 2026)
    - « Pata Pata » par Miriam Makeba (1967).
  • Kubix mixe activisme et lyrisme

    27/06/2026
    Lorsqu’en 2020, nous découvrions le premier album personnel du fantastique guitariste français, Kubix, nous percevions immédiatement son lyrisme, son implication et son intention. Six ans plus tard, le propos de ce véritable virtuose s’est encore affiné. Music Activist n’est pas qu’un manifeste contre les dérives d’un monde en tourment, c’est un appel à croire en l’avenir. La philosophie musicale du reggae sous-tend l’engagement artistique et citoyen de cet instrumentiste éclairé qu’il nous fallait rencontrer.
    Depuis de nombreuses années, Xavier « Kubix » Bègue fait scintiller sa guitare au contact des grandes figures internationales du reggae. Ses ornementations mélodieuses ont dignement servi le répertoire d’artistes aussi divers que Lee « Scratch » Perry, Alpha Blondy, Clinton Fearon ou Harrison Stafford, le leader de Groundation. S’il connaît parfaitement l’idiome jamaïcain, il ne veut pas pour autant se laisser enfermer dans un registre musical exclusif. Amateur de jazz, il cite volontiers parmi ses héros, George Benson, Wes Montgomery ou Kenny Burrell. Kubix a plus d’une source d’inspiration dans ses doigts agiles. Le guitariste David Gilmour, pilier du groupe Pink Floyd, le fait également vibrer et nourrit ses propres compositions. Comme Ernest Ranglin et Monty Alexander avant lui, la diversité des couleurs sonores guide sa créativité.
    La musique a mille et une vertus. Elle peut réconforter, enthousiasmer, mobiliser, questionner et, parfois, accompagner la poésie de grands orateurs. Le 10 décembre 1957, Albert Camus reçut le prix Nobel de littérature. Il prononça ce jour-là un discours historique à Stockholm, en Suède, lors d’une cérémonie fastueuse. Ses mots choisis résonnent encore avec force au XXIè siècle : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse ». Frappé par le poids de cette déclaration, Kubix eut le désir de mettre en musique ce texte lu avec conviction, il y a 60 ans, par un homme libre. « 1957 » est une composition audacieuse qui scande la voix posée d’un auteur majeur dont les œuvres méritent d’être redécouvertes par une nouvelle génération d’auditeurs et de lecteurs. La pensée de Kubix est louable en ces temps de défiance généralisée. La famille d’Albert Camus a non seulement autorisé cet emprunt judicieux mais a même sollicité le guitariste pour d’autres prestations dans l’avenir.
    Music Activist est donc un disque utile qui défend une vision altruiste du monde et virevolte sur les différentes tonalités de notre époque sans qu’elles paraissent désuètes. Le Ska, le Jazz, le Reggae, fusionnent joyeusement et, même si Kubix reconnaît volontiers s’enticher de genres musicaux d’antan, son toucher reste très actuel et vivifiant. « Naître en 1946 m’aurait permis de voir l’évolution de grands courants artistiques », nous a-t-il confié avec un sourire amusé. Qu’importe cette propension nostalgique que nous avons finalement en chacun de nous tant que la pertinence du propos saute aux oreilles.
    ► Kubix feat. Albert Camus - 1957 [Official video]
     
    Titres diffusés cette semaine :
    « Darkness & Light » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music)
    « 1957 » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music)
    « While My Guitar Gently Weeps » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music)
    « Stress Less » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music)
    « Early Morning » par Kubix extrait de Music Activist (Baco Music).
  • Hommage à Abdullah Ibrahim

    20/06/2026
    Tout au long de sa vie, le pianiste sud-africain Abdullah Ibrahim a cherché la sérénité. Son enfance bousculée par un apartheid cruel guidera son développement artistique et personnel vers une quête de liberté irrépressible. Les plus fins musicologues ont souvent tenté de décrire sa musicalité, pétrie de swing américain, de lyrisme européen et de traditions africaines ancestrales, mais la vérité était ailleurs. Elle s’exprimait à chacune de ses prestations, sur l’instant, car vivre intensément le présent était un acte de résilience.
    S’agissait-il d’une forme d’activisme ? Abdullah Ibrahim préférait s’en remettre à la spiritualité de la musique. Trouver la paix intérieure supposait une discipline et une introspection que ses doigts sur le piano révélaient constamment. « Le processus créatif est quelque chose qui est souvent mal compris. Dans les traditions africaines, faire de la musique, c’est être en communication avec soi-même et avec l’univers. Sur le continent africain, nous ne définissons pas ce que nous faisons. D’autres s’en chargent éhontément et décrètent que nous jouons du jazz, de la musique classique ou de la musique africaine. Soyons clairs, les peuples d’Afrique ne jouent pas de la musique « africaine » ! Ils jouent de la musique ! Les Japonais ne font pas de la musique « japonaise », ils font de la musique ! On pose beaucoup trop d’étiquettes sur les différentes formes d’expression planétaires. Dans les traditions africaines, il y a les musiques que l’on interprète en public et d’autres formes musicales que vous n’entendrez jamais car elles nous sont très personnelles. Comment voulez-vous qualifier ces types de musique-là ? Ce sont vos maîtres, vos guides, qui insufflent en vous cet univers sonore spirituel. Pour moi, il n’y a qu’un son, tout le reste n’est qu’un écho. Par conséquent, quoi que vous jouiez, et même si vous pensez être profondément inspirés par Debussy, Ravel ou Chopin, vous n’êtes qu’un étudiant. J’ai personnellement passé beaucoup de temps durant ma jeunesse à travailler sur ce que l’on appelle « L’American songbook », c’est-à-dire la musique populaire américaine. Je connaissais même, par cœur, les paroles des chansons. J’écoutais aussi les pianistes de boogie boogie et un pianiste jazz nommé Herbie Nichols. De plus, j’avais à ma disposition toute la culture sud-africaine et toutes les formes d’expression régionales de mon pays, y compris les langues locales. Je me suis nourri de toute cette diversité mais je restais un étudiant ». (Abdullah Ibrahim au micro de Joe Farmer - janvier 2022)
    L’humilité confondante avec laquelle Abdullah Ibrahim évoquait son apprentissage perpétuel n’avait d’égale que sa maestria. Encensé à l’échelle planétaire, il conservait pourtant cette attitude modeste certainement héritée d’une culture sud-africaine enracinée dans son être tout entier. Contemporain des grandes légendes du jazz, il n’en tirait aucune gloire et préférait laisser les commentateurs hisser sa notoriété au rang de ses homologues. « Rencontrer Ellington a la même importance que le fait de vous rencontrer car, dans les traditions africaines, un personnage comme Duke Ellington n’est pas, à nos yeux, un… Américain. Il est plutôt perçu comme un vieil homme sage, le chef du village en quelque sorte à qui l’on s’adresse lorsque l’on a un problème. Billy Strayhorn et Duke Ellington, sans oublier Thelonious Monk, sont les chefs du village. Nous ne nous intéressons pas aux nationalités des gens que nous rencontrons. Cela fait 65 ans que j’étudie les arts martiaux traditionnels japonais et j’ai compris que les nationalités n’ont pas d’importance car le son est une vibration universelle. Il faut rester humble et accepter l’anonymat. Je vous dis cela car lorsque vous écoutez la musique de John Coltrane, de Duke Ellington et, surtout, quand vous les rencontrez, vous réalisez qu’ils ne parlent pas de musique. J’étais terrifié à l’idée de converser avec des personnalités dotées d’un tel savoir mais j’avais tort. Quand j’ai rencontré Thelonious Monk pour la première fois, je lui ai dit : « Merci de nous avoir inspiré ! ». Il m’a observé quelques instants avec ce regard étrange et m’a répondu : « Vous êtes le premier à me tenir de tels propos ». J’ai alors réalisé que tout ce que l’on disait de Monk, toutes les critiques concernant son jeu si particulier, sa personnalité iconoclaste, n’étaient pas fondées. Lorsque je vivais en Afrique du Sud, j’avais perçu sans préjugés la maestria et l’identité de ce pianiste. La musique ne doit pas être un art compliqué. Ce doit être une forme d’expression accessible même pour un enfant. Ce sont nous, les adultes, qui compliquons les choses ». (Abdullah Ibrahim dans « L’épopée des Musiques Noires » sur RFI)
    Abdullah Ibrahim est parti discrètement le 15 juin 2026 à l’âge de 91 ans. L’écho de sa disparition sera certainement beaucoup plus bruyant qu’il ne l’aurait souhaité. Sachons nous souvenir dans un silence respectueux de sa virtuosité délicate quand il laissait simplement parler son âme.
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Excursions » par Abdullah Ibrahim extrait de Cape Town Flowers
    - « In Tempo » par Abdullah Ibrahim extrait de Solotude
    - « Once upon a midnight » par Abdullah Ibrahim extrait de Solotude
    - « Signal on the hill » par Abdullah Ibrahim extrait de Solotude
    - « Thaba Bhosigo » par Abdullah Ibrahim extrait de African Magic.
Acerca de L'Épopée des musiques noires
Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 18h30 vers l'Afrique lusophone, et à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU + 2 en grille d'été).
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