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PodcastsL'Épopée des musiques noires

L'Épopée des musiques noires

L'Épopée des musiques noires
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  • Hommage à Cassandra Wilson

    19/09/2026
    La chanteuse afro-américaine Cassandra Wilson nous a quittés le 2 septembre 2026 à l’âge de 70 ans. Révélée au sein du collectif M-Base du saxophoniste Steve Coleman dans les années 80, c’est en faisant paraître son premier album, Blue Light ‘Til Dawn en 1993, que sa voix profonde et pénétrante jaillira à l’échelle internationale.
    Née en 1955 à Jackson, dans le Mississippi, Cassandra Wilson a très vite épousé l’idée de se démarquer, de prendre le contre-pied de l’air du temps. Femme de caractère, elle ne cherchait pas les flagorneries hypocrites. Elle s’en tenait à son jugement personnel. Ses choix artistiques comme ses goûts musicaux reflétaient un éclectisme assumé qu’elle revendiquait haut et fort. Cassandra Wilson a toujours pris des chemins de traverse. Une adaptation d’un classique de Miles Davis était l’occasion d’expérimenter, de tenter une aventure musicale inédite. Les progrès technologiques, les outils numériques ne l’effrayaient pas. Tant que le talent et l’authenticité transpiraient dans une œuvre, elle ne s’inquiétait pas de perdre son âme.
    Au début des années 90, le nom de Cassandra Wilson commence à scintiller dans le paysage musical américain. Le label Blue Note Records lui offre un espace de liberté conséquent pour que sa créativité débridée s’épanouisse totalement. Cassandra Wilson tient à affirmer son identité spécifique et injecte dans son répertoire des touches de pop, de folk, de blues, qui feront mouche. Elle prend confiance en elle, ses albums se vendent, sont salués par des Grammy Awards et lui permettent de laisser libre cours à son imagination. Consciente du devoir de transmission qui lui incombe, elle s’autorise, avec une pointe d’audace, à relire à sa manière le patrimoine de ses aînés, Miles Davis ou Billie Holiday.
    Sur l’album Glamoured, en 2003, dans lequel elle adapte avec révérence le titre « Throw it away », emprunté à sa marraine de cœur Abbey Lincoln, Cassandra Wilson joue encore les trouble-fêtes en s’appropriant les compositions de Sting, de Bob Dylan, de Willie Nelson et de Muddy Waters, en d’autres mots, toutes les formes d’expression populaires qui traduisent son ouverture d’esprit. Cassandra Wilson est au sommet de son art et profite de son aura pour délivrer insidieusement des messages à travers des mélodies poétiques irrésistibles. Ses convictions, son refus du racisme, son désir de justice et son attachement à la terre de ses ancêtres, sont au cœur des ses préoccupations artistiques. « Je viens de réaliser un test ADN, et je peux officiellement vous dire que j'ai des origines béninoises, togolaises, et ghanéennes. J'ai également des racines au Cameroun et en Irlande. Voilà un mélange intéressant, non ? Finalement, tout cela a un sens pour moi. Les Irlandais ont dans leur musique cette mélancolie que j'exprime parfois dans mon chant. Tout devient plus limpide. Et je comprends aujourd'hui pourquoi je me sens si proche d'Angélique Kidjo. Elle est Béninoise, et d'une certaine manière, moi aussi… Notre connexion était inévitable. Je pense qu'il est essentiel d'apprendre de nos ancêtres et de nos origines. C'est une quête existentielle qui occupe une bonne partie de mon esprit. Il nous faut relier les différentes pièces du puzzle pour se souvenir des traditions anciennes. Pour nous, Américains, il est très difficile de retrouver le chemin qui nous mènera à la source originelle. Bien sûr, nous faisons un travail de mémoire mais nous sommes souvent confrontés à un mur invisible que l'esclavage a dressé entre les Africains et nous. Il ne faut donc jamais interrompre les recherches pour parvenir à recomposer les différents éléments de notre existence ». (Cassandra Wilson, au micro de Joe Farmer)
    L’un des plus frissonnants albums de Cassandra Wilson, paru en 2015, s’intitulait Coming forth by day. Il rendait un hommage appuyé à la regrettée chanteuse Billie Holiday. Ce fut l’occasion pour sa disciple et digne héritière de se plonger dans une histoire, à la fois sombre et majestueuse, celle d’une femme noire qui résista tant qu’elle le put à la ségrégation raciale jusqu’à l’inéluctable désespoir mortifère. Il paraissait logique que Cassandra Wilson, femme engagée, insoumise et libre, s’empare de son répertoire pour affirmer, à son tour, son horreur face aux exactions racistes du XXIè siècle. Au-delà des critiques, bonnes ou mauvaises, que ce disque suscita, c’est la témérité d’une artiste que l’on devait saluer car incarner Billie Holiday, sans se fourvoyer, pouvait être très périlleux et intimidant. « Je préfère parler de défi. Billie Holiday m'a constamment accompagnée. Elle fait partie de mon ADN musical. La seule chose qu'il est difficile de retranscrire, c'est la force de caractère de cette femme. C'était une icône, une féministe, dans le sens le plus littéral du terme. Elle était une femme déterminée qui assumait ses choix, qui vivait sa vie en fonction de ses humeurs, et je regrette aujourd'hui que l'on ait davantage insisté sur la dimension mélodramatique de son existence, sur ses excès divers et variés, sur l'oppression du gouvernement à son égard. Certes, il s'agit d'une facette tragique de son épopée mais je préfère m'intéresser à la puissance et au génie de cette femme car peu de chanteuses, qui lui ont rendu hommage, ont réussi à refléter cet aspect de sa personnalité. Elle avait tellement de cœur qu'il faut s'investir profondément dans l'interprétation pour être digne de son combat. L’approche des biographes a trop longtemps été sombre et portée sur le sensationnalisme. Il est grand temps de se souvenir des aspects positifs de sa vie, de la beauté de cette femme, et de la puissance de sa musique ». (Cassandra Wilson en 2015 sur RFI)
    Cassandra Wilson comprenait le monde avec une telle acuité que toute injustice lui était insupportable. Alors, elle œuvrait pour que le message de ses aînés ne disparaisse pas dans les oubliettes de l’histoire. Cet admirable artiste a rejoint les étoiles de l’art vocal, le 2 septembre 2026. Elle avait 70 ans, mais le ton de sa voix restera intemporel.
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Cry me a river » par The Count Basie Orchestra Feat. Cassandra Wilson extrait de Ella 100 - Live at the Apollo
    - « If you only know how » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base
    - « Lies » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base
    - « Blue in Green » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base
    - « Blue light til dawn » par Cassandra Wilson extrait de Blue light til dawn
    - « Throw it away » par Cassandra Wilson extrait de Glamoured
    - « Broken Drum » par Cassandra Wilson extrait de Glamoured
    - « Arere » par Cassandra Wilson extrait de Loverly
    - « Redbone » par Cassandra Wilson extrait de Blue light til dawn
    - « The way you look tonight » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day
    - « Strange Fruit » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day
    - « Crazy he calls me » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day
    - « I wished in the moon » par Cassandra Wilson extrait de Sings standards
    - « I want to be loved » par Cassandra Wilson extrait de Thunderbird.
  • Justin Hicks, la poésie irrésistible d’une voix ensorcelante

    12/09/2026
    Ne cherchez pas la prouesse vocale en écoutant Justin Hicks. Laissez-vous davantage séduire par son talent de conteur mis en musique par deux indiscutables orfèvres de la production musicale inspirée : Chris Bruce et Meshell Ndegeocello. L’album Man of Style est une perle dont l’éclat illuminera l’automne. Rencontre avec les trois artisans de cette aventure artistique audacieuse.
    Enregistré en l’espace de deux jours, Man of Style est le fruit d’un travail collectif à la lisière de la soul-music et du jazz. Si le nom de Justin Hicks apparaît discrètement sur la pochette du disque, c’est justement pour signifier l’intention collégiale de ce projet. Certes, identifier le principal interprète est utile, mais cet album a été pensé à trois. « Disons les choses simplement : on s’aime bien tous les trois ! Dès qu’un projet se fait jour, nous nous enthousiasmons immédiatement. Certaines des chansons de mon album, par exemple, sont en moi depuis bien longtemps. Je les ai en tête depuis des lustres. Par conséquent, je savais que je pouvais compter sur un partenariat total avec Meshell et Chris. » (Justin Hicks sur RFI)
    Justin Hicks peut s’enorgueillir d’entretenir une relation amicale avec la chanteuse, bassiste et productrice, Meshell Ndegeocello. Insatiable créatrice, son esprit libre la distingue de ses homologues instrumentistes. Ses choix artistiques et ses fortes convictions nourrissent son répertoire. Sa sensibilité et son indépendance sont une force qu’elle sait exprimer avec une délicate intelligence. Aux côtés de Justin Hicks, elle ne s’impose pas. Elle accompagne une idée, une envie, un regard. « Il faut comprendre que nous sommes d’abord un collectif. Ce n’est pas l’orchestre de Meshell Ndegeocello. Nous collaborons avant toute chose. Chacun apporte sa pierre à l’édifice. Alors oui, il arrive que je donne mon avis et que je filtre un peu la somme d’idées que nous produisons tous ensemble. Il est vrai que j’essaye de donner une direction à tout ce que nous imaginons mais nous essayons réellement de travailler comme si nos trois cerveaux ne faisaient plus qu’un. Justin a beaucoup de finesse dans son jugement. Je m’en remets d’ailleurs souvent à son avis définitif. » (Meshell Ndegeocello au micro de Joe Farmer)
    Une telle complicité suppose une compréhension mutuelle immédiate, quasi instinctive. D’aucun parlerait d’un langage spirituel partagé, mais l’expérience et le talent sont indispensables. Justin Hicks, Meshell Ndegeocello et Chris Bruce sont des virtuoses et savent parfaitement mettre en forme leurs fulgurances en jouant à l’unisson. « Pour moi, le dénominateur commun entre nous, c’est notre écoute mutuelle. Nous cherchons à apprendre les uns des autres. En tant que musiciens afro-américains, nous avons une culture très riche qui ne nous limite pas à certains genres musicaux. Être noir ne signifie pas forcément jouer de la musique noire. Nous sommes des esprits ouverts et nous nous nourrissons de tout type d’influences pour créer notre propre identité. Pour moi, les artistes doivent transmettre des valeurs de courage, d’honnêteté, de réconfort et d’évasion. Les meilleurs artistes doivent vous faire réfléchir. Souvent, l’émotion transmise par un artiste transcende le langage. Il n’est pas nécessaire de connaître la langue d’un artiste pour ressentir son émotion. Il m’arrive très souvent d’écouter des chansons dont je ne comprends pas le sens mais je vibre, malgré tout, sur les intonations verbales et musicales d’une langue. J’ai même le sentiment de comprendre l’intention de l’auteur. » (Chris Bruce sur RFI)
    Man of Style n’est donc pas un album anodin. Il est la somme d’émotions et de réflexions que trois personnalités ont su soigneusement révéler. Justin Hicks est la voix singulière d’un redoutable triumvirat. Il vous donne rendez-vous le 5 octobre 2026 à Paris au New Morning, puis à Prague (6 octobre), Varsovie (8 octobre) et Marseille (10 octobre).
    ►Discographie Justin Hicks
    Quant à Meshell Ndegeocello, elle annonce un nouvel album dans lequel elle invite les grandes voix féminines d’aujourd’hui, Chaka Khan, Cynthia Erivo, Lianne La Havas… Synonym paraîtra le 2 octobre 2026.
    ►Site internet de Meshell Ndegeocello.
     
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Poly » par Justin Hicks extrait de Man of Style
    - « Man of Style » par Justin Hicks extrait de Man of Style>
    - « Oh ! » par Justin Hicks extrait de Man of Style
    - « Wendy » par Justin Hicks extrait de Man of Style
    - « Bread will rise » par Justin Hicks extrait de Man of Style.
  • Jacques Schwarz-Bart entre en résistance !

    05/09/2026
    Depuis Boston, où il vit actuellement, le saxophoniste Jacques Schwarz-Bart a perçu l’évolution progressive de la société américaine et s’inquiète des dérives autoritaires dont souffrent les démocraties occidentales en ce début de XXIe siècle. Face à ce péril, il convoque l’esprit de partage et d’unité que la musique peut nourrir. Avec Resistance, il entend agir sur les consciences et susciter un sursaut citoyen.
    Jacques Schwarz-Bart a toujours ressenti ce désir de justice, certainement insufflé par le modèle parental. Sa mère, Simone, est une illustre écrivaine inspirée et engagée. Son père, André, a été résistant pendant la Seconde Guerre mondiale et fut l’auteur d’un ouvrage majeur, Le Dernier des justes, prix Goncourt 1959. Il paraissait donc logique que cet élan frondeur résiste à l’érosion du temps et nourrisse la créativité de Jacques Schwarz-Bart dont les œuvres militent pour un idéal multiculturel que sa terre de Guadeloupe incarne naturellement.
    Resistance est donc un disque important. Chaque titre évoque une personnalité, un combat ou des valeurs humaines universelles. « Maya » honore la mémoire de la regrettée Maya Angelou, poétesse et activiste afro-américaine, auteure du fameux récit autobiographique Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage. « Sarah » fait une révérence à Sarah Maldoror, réalisatrice et actrice française, anticolonialiste et femme de caractère. « Violetta » salue la mémoire de Violetta Chaville, présidente de l’association des cuisinières de Guadeloupe, dont les constants efforts pour préserver les traditions caribéennes la hissent au rang de pionnière. Jacques Schwarz-Bart n’oublie pas pour autant les liens familiaux et le devoir de transmission. Il dédie « Song for Abraham » à son père et « Ezra » à son fils.
    Produire un disque dont le propos exprime clairement un sentiment contestataire ne doit pas l’enfermer dans la critique stérile et frontale. La nuance, la tempérance, la modération et l’espoir doivent aussi animer le discours de l’artiste. Jacques Schwarz-Bart y veille avec cette touche de malice qui identifie chacun de ses albums. Resistance n’échappe pas à la règle. Au-delà du sens que l’auditeur choisira de donner à ce nouveau répertoire, il est amusant de noter que le saxophoniste n’a fait appel ni à un pianiste ni à un guitariste. Il a préféré jouer avec la force rythmique du batteur Arnaud Dolmen et du contrebassiste Reggie Washington. Ce choix esthétique témoigne, une fois de plus, de l’ingéniosité piquante de cet incontestable virtuose.
    Vous pourrez vous en convaincre les 15, 16, 17 octobre 2026, au Sunset-Sunside à Paris.
    Site internet Jacques Schwarz-Bart
    Titres diffusés cette semaine :
    « Resistance » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Maya » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Violetta » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Monté Pi Ho » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
    « Sarah » par Jacques Schwarz-Bart extrait de Resistance (2026)
     
    À écouter aussiJacques Schwarz-Bart + Grégory Privat = «22»
  • 1926-2026 : Lou Donaldson aurait eu 100 ans

    29/08/2026
    1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 1er novembre 1926 à Badin en Caroline du Nord, Lou Donaldson fut un saxophoniste pétulant à la lisière du swing et de la soul-music balbutiante. Il enregistra pendant près de 50 ans des albums palpitants dont certains devinrent des classiques comme Alligator Bogaloo. Il nous quitta à l’âge respectable de 98 ans.
    Louis Andrew Donaldson Jr montre très tôt des aptitudes pour la musique. D’abord clarinettiste, c’est finalement au saxophone qu’il révèle son réel talent. Fortement influencé par Charlie Parker, il fait partie d’une génération nourrie par le blues ancestral et le Be Bop des années 40. À cette époque, de jeunes loups fougueux bousculent leurs aînés en proposant une lecture du jazz plus audacieuse. Les grands orchestres ne font plus recette après la crise économique de 1929 et de nouveaux virtuoses dynamitent le paysage sonore en petites formations. Les Miles Davis, Dizzy Gillespie, Thelonious Monk, redonnent de l’éclat à une forme d’expression qui épouse l’air du temps et les luttes sociales de plus en plus vives. Lou Donaldson a 20 ans et s’inscrit parfaitement dans cette mouvance artistique que l’on dit « révolutionnaire ».
    Pourtant, très vite, les goûts du public changent et d’autres couleurs jaillissent. Lou Donaldson a, entre-temps, su se forger une réputation. Au milieu des années 50, il a déjà séduit Art Blakey, Horace Silver, Clifford Brown, Gene Ammons et Milt Jackson, entre autres, qui lui offrent un espace de jeu conséquent, propice au développement de son identité stylistique. Outre ses prestations remarquées aux cotés des grandes figures du moment, il commence à enregistrer ses propres disques pour le label Blue Note auquel il restera fidèle pendant plusieurs décennies. Sa tonalité s’affine et flirte avec les accents du Rhythm’n’Blues, annonciateur du Rock’n’Roll.
    L’apparition du Free Jazz, à l’aube des années 60, va le déconcerter. Cette nouvelle approche très politique de l’interprétation ne lui sied guère. Peu enclin à suivre cette voie contestataire, il préfère le groove d’une Soul-Music plus consensuelle et spirituelle. Fils de pasteur, il n’a jamais oublié les préceptes de l’église même si son répertoire ne restituait pas forcément le caractère sacré d’une éducation religieuse. C’est en compagnie de l’organiste Jimmy Smith qu’il trouve le compromis idéal. Sans renier ses convictions musicales initiales, il parvient à imprimer un timbre et un tempo qui le distinguent de ses homologues.
    Lou Donaldson a traversé le XXe siècle en faisant fi des modes et des genres. Il choisît de suivre son instinct. Cette philosophie de vie fut son élixir de jouvence. Lors de la célébration de son 97eme anniversaire, il fît l’effort de se rendre au Dizzy’s Club de Manhattan pour entendre et applaudir ses œuvres dignement interprétées par ses plus fidèles disciples. Il disparut un an plus tard, le 09 novembre 2024.
    ► Le site de Lou Donaldson.
     
    Titres diffusés cette semaine :
    - « What now my love » par Lou Donaldson (1995)
    - « Parker’s mood » par Charlie Parker (1948)
    - « Minor mood » par Clifford Brown Feat. Lou Donaldson (1953)
    - « Hornin’ in » par Thelonious Monk Feat. Lou Donaldson (1956)
    - « Lou’s Blues » par Lou Donaldson (1957)
    - « Hot Dog » par Lou Donaldson (1969)
    - « All day long » par Jimmy Smith Feat. Lou Donaldson (1956)
    - « One cylinder » par Lou Donaldson (1967).
  • 1926-2026 : Ray Brown aurait eu 100 ans

    22/08/2026
    1926 marque la naissance de grands personnages. Miles Davis et John Coltrane sont certainement les plus célèbres, mais ne minimisons pas l’apport d’autres instrumentistes émérites que notre mémoire ne doit pas éluder. Né le 13 octobre 1926 à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Ray Brown fut un contrebassiste majeur dont la destinée a épousé celle des grands noms du jazz au XXᵉ siècle, de Louis Armstrong à Ella Fitzgerald, dont il fut l’époux.
    Rien ne prédestinait Ray Brown à la contrebasse. S’il étudie d’abord le piano, il ne parvient pourtant pas à s’enthousiasmer pour cet instrument dont les 88 touches lui paraissent difficiles à maîtriser. Les quatre cordes de la contrebasse lui donnent l’illusion que l’apprentissage sera plus aisé. Cette réflexion simpliste et puérile sera rapidement démentie par la réalité. Quelle que soit la discipline, l’effort et la constance s’imposent immédiatement si l’on veut devenir un maestro. Le jeune Raymond Matthews Brown s’attellera donc consciencieusement à la contrebasse, seul instrument, de surcroît, boudé par ses camarades de classe. Cette heureuse initiative va décider de sa destinée future. Avec application, l’élève va progressivement acquérir la virtuosité du maître et inciter ses contemporains à le solliciter dans leurs diverses formations.
    En 1946, Ray Brown a 20 ans. Il se rend à New York où l’effervescence musicale rythme le quotidien des clubs de la 52ᵉ rue à Manhattan. C’est là qu’il saisit les premières opportunités de jouer dans des orchestres fameux. Le trompettiste Dizzy Gillespie le remarque et le convie à le rejoindre sur scène. Aussitôt, son aisance artistique séduit et lui permet de fréquenter les étoiles du moment, Charlie Parker, Bud Powell, Max Roach… Il est la coqueluche que l’on encense et les labels ne manquent pas de le courtiser. Cela explique certainement une discographie imposante qui couvre un demi-siècle de swing trépidant. Sa maîtrise parfaite, son tempo assuré, sa rondeur sonore, et son attitude réfléchie, rassurent ses interlocuteurs. Ray Brown se retrouve instantanément dans la cour des grands, en compagnie de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Sonny Rollins, Duke Ellington, et beaucoup d’autres…
    L’un de ses colistiers préférés fut le pianiste Oscar Peterson, avec lequel il jouera pendant plus de quinze ans, mais il serait injuste de réduire l’épopée de Ray Brown à cette longue et fructueuse collaboration. Il fut d’abord un compositeur et un accompagnateur de grande valeur qui a traversé les décennies et les révolutions stylistiques sans jamais se compromettre. Fidèle à l’art du trio, il conservait une tradition authentiquement jazz héritée de ses aînés, Jimmy Blanton, Slam Stewart, Oscar Pettiford, Milt Hinton, Georges Duvivier… Converser avec Ray Brown pouvait être intimidant car sa voix posée et son ton professoral imposaient de fait le respect. Véritable gentleman, il soutenait avec une discrète vigueur le jeu fougueux de ses nombreux partenaires de scène et de studio. Il enregistra ses derniers disques en compagnie du pianiste jamaïcain Monty Alexander et du guitariste américain Russell Malone.
    Le 2 juillet 2002, après une après-midi de golf à Indianapolis, il partit se reposer à son hôtel avant le concert du soir. Il ne se réveilla jamais de cette sieste qu’il s’imposait quotidiennement. Ray Brown nous quitta à l’âge de 75 ans.
    Titres diffusés cette semaine :
    - « Rockin Chair » par Roy Eldridge feat. Ray Brown (1955)
    - « Solo for unaccompanied Bass » par Ray Brown (1956)
    - « Cheek to Cheek » par Ella Fitzgerald et Louis Armstrong feat. Ray Brown (1956)
    - « Rock a bye your baby » par Ray Brown (1960)
    - « Gravy Waltz » par Oscar Peterson feat. Ray Brown (1963)
    - « The Blues » par Duke Ellington feat. Ray Brown (1974)
    - « April in Paris » par Ella Fitzgerald et Oscar Peterson feat. Ray Brown (1975)
    - « Everything but you » par Clark Terry feat. Ray Brown (1980)
    - « Battle hymn of the republic » par le London Symphonic Orchestra feat. Ray Brown (1993)
    - « Brown Funk » par Ray Brown, John Clayton et Christian McBride (1997)
    - « Brown Bossa » par Ray Brown (2001).
Acerca de L'Épopée des musiques noires
Blues, Gospel, Negro Spirituals, Jazz, Rhythm & Blues, Soul, Funk, Rap, Reggae, Rock’n’Roll… l’actualité de la musique fait rejaillir des instants d’histoire vécus par la communauté noire au fil des siècles. Des moments cruciaux qui ont déterminé la place du peuple noir dans notre inconscient collectif, une place prépondérante, essentielle, universelle ! Chaque semaine, L’épopée des musiques noires réhabilite l’une des formes d’expression les plus vibrantes et sincères du 20ème siècle : La Black Music !  À partir d’archives sonores, d’interviews d’artistes, de producteurs, de musicologues, Joe Farmer donne des couleurs aux musiques d’hier et d’aujourd’hui. Réalisation : Nathalie Laporte. *** Diffusions le samedi à 13h30 TU vers toutes cibles, à 22h30 sur RFI Afrique (Programme haoussa), le dimanche à 18h30 vers l'Afrique lusophone, et à 21h30 TU vers toutes cibles. En heure de Paris (TU + 2 en grille d'été).
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